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Les belles de feuilles de notre littérature, par Amadou Elimane Kane
L’enfant de Balacoss de Malick Diarra ou l’expression d’un récit historique et romanesque
EXCLUSIF SENEPLUS - C’est un récit très ample, écrit avec un certain lyrisme historique et avec une précision familière qui suppose une réalité vécue. Un roman à la voix authentique et dont les jeunes générations peuvent se saisir
 
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Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. 

Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.

Le roman historique est un récit qui associe la fiction, c’est-à-dire une histoire inventée, et l’Histoire, c’est-à-dire ce qui a réellement existé. Le roman historique présente donc une intrigue fictive mais dans un cadre réel et historique.

Un roman historique est une des formes variées du roman. Œuvre de fiction historique, elle prend pour toile de fond un épisode (parfois majeur) de l'Histoire, auquel elle mêle généralement des événements et des personnages réels et fictifs. 

Genre protéiforme, le roman historique se déroule dans un passé lointain ou immédiat du lecteur mais également et surtout de l’auteur. Parfois la frontière est ténue entre fiction, récit historique et biographie romancée de l’auteur. 

Cela semble être le cas du cadre narratif de L’enfant de Balacoss de Malick Diarra. En effet, c’est un récit très ample, écrit avec un certain lyrisme historique et avec une précision familière qui suppose une réalité vécue. Le prologue fonctionne comme un long plan séquence cinématographique où se déploie la géographie majestueuse de la ville de Saint-Louis du Sénégal. La langue est particulièrement attentive au décor esthétique et à la composition sociale qui se détermine par les quartiers et ses habitants. On trouve la courte présence du narrateur au “je” dans cette introduction. Ensuite, il disparaît au profit d’une narration extérieure qui raconte l’histoire du jeune Maawa qui a grandi dans le quartier de Balacoss. Issu d’une grande famille unie et métissée, Maawa est le seul garçon de la fratrie et il reçoit une éducation plurielle par l’école coranique, par l’école française et par une certaine forme d’instruction ouvrière car son père est mécanicien à la Compagnie des Eaux et Electricité de l’Ouest Africain. La transmission et l’initiation sont ici des éléments fondateurs du parcours de Maawa, tout comme le fil romanesque qui prend place dans un récit historique. 

L’histoire se situe dans les années 1950, à la fin de la période coloniale, et la situation administrative de la ville de Saint-Louis en fait un élément historique et romanesque très saillant. Mais déjà les militants, en rivalité contre l’occupation coloniale, s'organisent, la S.F.I.O. de Lamine Gueye et le B.D.S. de Léopold Sédar Senghor. 

De cette cité cosmopolite, Malick Diarra en fait le théâtre de la défense d’une forme de liberté qui peu à peu grossit pour s’affirmer dans la lutte pour l’indépendance. Les cérémonies sont au cœur de la ville, semblant se fondre au commandement français, mais en réalité, elles sont la vive expression de la résistance. C’est une reconstitution minutieuse où chaque parole, chaque décor, chaque personnage prend sa part dans le processus narratif. 

L’auteur s’attache à décrire, avec minutie, la vie de cette époque avec des chapitres courts qui racontent la vie sénégalaise, ses traditions, ses rites culturels avec une immersion dans la langue wolof, comme un outil pédagogique de compréhension, pour faire face à l’hégémonie de l'empire colonial. Le récit est quasiment chirurgical tant les personnages sont incarnés et imposent une force énergique, bien trempée et très vivante. 

Mais du royaume d’enfance enchanteur de Maawa survient le chaos quand il est enlevé par des caravaniers maures, lors d’une frégate du 14 juillet, qui en font un berger du désert, soumis à leur commandement. Captif et maltraité, Maawa parvient toutefois à survivre et à retourner chez lui. 

Mais une autre révolution gronde, celle du combat pour l’indépendance. Maawa formé à la résistance, par sa trajectoire tragique, par son esprit rebelle et son intelligence pragmatique reprend le chemin de l’école avant de se décider à quitter le Sénégal pour rejoindre la France, sur un bateau de fortune, via l’Algérie qui, par frontière, devient une nouvelle prison. 

Tiraillé par la houle d’un océan dévastateur et victime de nouvelles tortures, Maawa est en quête de son identité profonde. Malmené sur la route de l’exil, seul loin de sa famille et de Maawa se transforme, tout comme l’expression narrative qui redevient celle du personnage, une voix qui semble se confier pour exorciser tous les supplices. Une nouvelle fois prisonnier, Maawa vient en aide à un compagnon espagnol Umberto qui veut se convertir à l’islam. De cet acte, Maawa y gagne un billet pour la France dont il reviendra aussi, après la révolution de 1968. 

Le roman de Malick Diarra, opus littéraire entre poésie et réalisme, est un véritable témoignage historique et un récit poignant de cette période, entre deux idéaux qui déchirent les entrailles, en eaux troubles, et dont les êtres ont subi tous les fracas. C’est un roman à la voix authentique et dont les jeunes générations peuvent se saisir car il appartient à ce patrimoine littéraire qui raconte l’envers et l’endroit d’un décor disparu mais dont les traces historiques sont autant de vérités que d’inscriptions dans notre trajectoire culturelle. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète.

L’enfant de Balacoss, Malick Diarra, Publibook éditions, Paris, 2002

Section Française de l’Internationale Ouvrière 

 Bloc Démocratique du Sénégal

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