(SenePlus) - Alors que le Sénégal tente de renouer le dialogue avec le FMI pour obtenir un plan de sauvetage, l'évaluation exacte de son passif se heurte à un mur d'opacité. Au cœur du problème figurent les « total return swaps » (swaps de rendement total), des produits dérivés que Dakar a massivement utilisés pour se financer en toute discrétion.
Comme le détaille l'agence Reuters, ces montages alternatifs ont permis au gouvernement ouest-africain de lever des capitaux en contournant totalement les circuits traditionnels, tels que les émissions obligataires classiques ou les prêts bilatéraux standards. Si l'outil est légal, son usage intensif a eu pour effet de masquer la véritable santé financière de l'État.
Aujourd'hui, l'heure est aux comptes, mais l'intégration de ces instruments dans les registres officiels s'avère extrêmement périlleuse. Selon les informations recueillies par Libby George et Portia Crowe de Reuters lors des réunions de printemps à Washington, le FMI a d'ores et déjà tranché sur la nature de ces fonds : ces swaps seront formellement reclassés dans la catégorie de la dette extérieure.
Toutefois, les équipes techniques de l'institution internationale butent encore sur la méthodologie. Elles cherchent actuellement comment consolider et absorber ces montages très spécifiques dans le volume global de la dette sénégalaise, dont les chiffres non déclarés par la précédente administration sont déjà estimés à 13 milliards de dollars.
Les investisseurs naviguent à l'aveugle
Sur les marchés, cette zone d'ombre pèse lourdement sur le climat de confiance. L'absence cruelle de données autour de ces produits dérivés paralyse les prises de décision. Les bailleurs de fonds déplorent une rétention d'informations qui les empêche d'évaluer le risque réel du pays.
Présent à Washington pour les réunions de printemps, Leo Morawiecki, gestionnaire d'actifs pour le compte d'Aberdeen, a traduit l'exaspération générale auprès de Reuters : « Tout le monde est laissé dans l'ignorance quant aux conditions, aux échéances et aux montants. »
Privé des financements internationaux classiques en attendant que ce brouillard se dissipe, le Sénégal est aujourd'hui contraint à la débrouillardise. Le Trésor public maintient la machine étatique à flot en s'appuyant quasi exclusivement sur le marché sous-régional. Une stratégie de survie qui passe par l'émission de titres de créance à très court terme, obligeant Dakar à un roulement permanent et risqué de ses échéances financières.