(SenePlus) - Nommé garde des Sceaux en remplacement de Yassine Fall, l'avocat d'affaires Moussa Sarr hérite d'un portefeuille ministériel sous haute tension. Comme le soulignent Marième Soumaré et Mawunyo Hermann Boko dans Jeune Afrique, le nouveau ministre cristallise les attentes d'indépendance judiciaire promises par le président Bassirou Diomaye Faye, tout en faisant face à l'hostilité ouverte d'Ousmane Sonko.
Dès l'annonce du gouvernement, l'actuel président de l'Assemblée nationale n'a pas ménagé ses critiques. Sans nommer directement Moussa Sarr, Ousmane Sonko a fustigé un « casting qui ne [le] rassure pas », l'accusant à demi-mot d'avoir défendu des caciques du régime de Macky Sall visés par des enquêtes pour détournements.
Une accusation catégoriquement démentie par Oumar Youm, associé du nouveau ministre. Bien que lui-même cadre du parti de l'ex-président, il assure dans les colonnes de l'hebdomadaire panafricain que Moussa Sarr « a toujours été du côté des membres de Pastef » et ne s'est jamais commis avec les figures de l'ancien régime. Un confrère sénégalais abonde dans le même sens, rappelant à Jeune Afrique le principe fondamental de la profession : « Un avocat doit pouvoir être en mesure de défendre n’importe qui ».
Pour certains avocats cités par JA, les attaques de Sonko viseraient surtout à masquer l'échec de la "reddition des comptes" portée par la précédente ministre de la Justice, Yassine Fall. Cette dernière, vice-présidente de Pastef, avait ouvertement critiqué la lenteur du Pool judiciaire financier (PJF). La pression sur l'appareil judiciaire n'ayant pas suffi à consolider les enquêtes.
Ces injonctions de Yassine Fall avaient provoqué un tollé, l'avocat Oumar Youm dénonçant auprès de Jeune Afrique une justice « utilisée comme un instrument de règlement de comptes ». Face à cela, Ansoumana Sambou, cadre du Pastef, justifie ces pressions par l'urgence d'une "lutte antisystème", pointant un « sabotage » de certains magistrats refusant de se soumettre.
Moussa Sarr devra désormais prouver son engagement pour une justice équitable. Lui qui comme le rappelle JA, fustigeait en 2024 l'usage par le parquet de textes « liberticides » est très attendu sur la création d'un "juge des détentions et des libertés", une réforme qui a fait consensus lors des récentes Assises de la justice.
Cependant, Jeune Afrique relève, par la voix de l'ancien magistrat Ibrahima Deme, que le nouveau ministre ne s'est jamais prononcé contre l'instrumentalisation judiciaire imputée au Pastef. Les attentes restent immenses du côté des victimes de la répression.