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Mamadou Hady Dème esquisse les risques qui guettent la nature du régime politique
Invité de l’émission Objection sur Sud FM Sen Radio, il estime que la réforme en cours pourrait transformer en profondeur la nature du régime politique, en opérant un glissement d’un régime présidentiel vers un régime parlementaire
 
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Mamadou Hady Dème, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), exprime de vives inquiétudes quant à l’impact de la réforme constitutionnelle sur le système politique sénégalais. Invité de l’émission Objection d’hier , dimanche 5 juillet, sur les ondes de Sen Radio, il estime que la réforme en cours pourrait transformer en profondeur la nature du régime politique, en opérant un glissement d’un régime présidentiel vers un régime parlementaire.

L a réforme constitutionnelle continue de susciter des débats au sein de la communauté académique et politique. Pour Mamadou Hady Dème, les changements envisagés ne sont pas anodins et pourraient affecter l’équilibre global des institutions. Selon lui, « cette réforme va changer même la nature de notre régime politique ».

Développant son analyse, l’universitaire avertit : « parce qu’on risque de glisser d’un régime présidentiel vers un régime parlementaire, pour deux ou trois raisons ». La principale, selon lui, réside dans la nouvelle modalité de désignation du Premier ministre. Il explique ainsi que « la première raison, c’est qu’il est prévu dans la réforme que le Premier ministre soit nommé par la majorité parlementaire. Ça, c’est un élément essentiel qui qualifie les régimes parlementaires ».

Cette évolution constituerait, à ses yeux, une rupture avec la tradition institutionnelle actuelle. Dans le modèle présidentiel sénégalais, rappelle-t-il, « le chef de l’État conserve la prérogative de nomination aux hautes fonctions civiles et militaires, ce qui garantit la centralité de l’exécutif. »

Au-delà de cette question, Mamadou Hady Dème met en garde contre un déséquilibre institutionnel potentiel. Il évoque notamment un affaiblissement du pouvoir exécutif face au législatif, aggravé par une possible asymétrie entre le droit de dissolution et les motions de censure. Une configuration qui, selon lui, pourrait ouvrir la voie à une instabilité politique accrue.

L’universitaire insiste également sur la philosophie générale des réformes constitutionnelles. À ses yeux, celles-ci ne devraient pas être « personnalisées », c’est-à-dire conçues en fonction de rapports de force ou de situations politiques conjoncturelles, mais plutôt orientées vers la consolidation durable des acquis démocratiques

Autre point de critique majeur : la place accordée au citoyen. Pour lui, « les citoyens sont les parents pauvres de la réforme ». En dehors des périodes électorales, estime-t-il, le citoyen reste dépourvu de véritables mécanismes d’influence directe. Les institutions intermédiaires, bien qu’existantes, disposeraient de marges d’action limitées, tandis que les initiatives populaires, comme les pétitions, ne bénéficieraient d’aucune portée contraignante.

Dans ce contexte, la rue resterait, selon lui, l’un des seuls moyens d’expression effectifs, sans garantie de traduction institutionnelle. Une situation qui interroge, à ses yeux, la qualité de la participation citoyenne dans le processus démocratique

Enfin, Mamadou Hady Dème évoque un risque politique pour le chef de l’État lui-même. Si le vote populaire venait à contredire l’orientation du texte défendu par l’exécutif, cela pourrait, selon lui, créer « un problème de légitimité » susceptible de fragiliser le président pour le reste de son mandat. 

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