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Mariama Sonko : les semences paysannes, entre héritage spirituel et démarche scientifique
Pour Mariama Sonko, les semences paysannes ne sont pas de simples aliments : elles portent une mémoire, des savoirs et une spiritualité. Dans cet entretien, elle défend la préservation du vivant face au brevetage des multinationales et ...
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=fBFqqlY3Qdw

Pour Mariama Sonko, les semences paysannes ne sont pas de simples ressources agricoles : elles portent une mémoire, une spiritualité et des savoirs ancestraux. Dans cet entretien, une figure du mouvement paysan sénégalais défend la préservation du vivant face au brevetage des multinationales et met en lumière la rigueur scientifique des femmes semencières rurales.

La symbolique des semences va largement au-delà de l’alimentation dans les traditions africaines et chez les paysans. Les semences relient deux mondes : celui du visible et de l’invisible, celui des morts et des vivants. Forts de cette conception, de nombreux agriculteurs refusent le brevetage de leurs semences, comme l’explique Mariama Sonko dans cette interview accordée à Science au Sud TV et AfricaGlobe TV.

Farouchement opposés à la privatisation des semences au profit des multinationales semencières qui s’en accaparent à des fins commerciales, les défenseurs des semences paysannes estiment que leur authenticité doit être préservée, car elles revêtent une dimension à la fois culturelle, spirituelle et identitaire. Les semences paysannes font partie de l’identité des populations qui les utilisent et constituent surtout un héritage reliant les vivants aux ancêtres. L’agriculture elle-même porte ainsi une dimension profondément spirituelle.

« Pour nous, la semence n’est pas seulement un aliment. C’est un produit qui nous relie à nos valeurs traditionnelles. Nous utilisons les semences pour des événements culturels et cultuels. Donc, si aujourd’hui nous perdons ces semences, nous allons perdre toutes nos valeurs traditionnelles. C’est ce qui fait que, pour nous, la semence n’est pas un produit qu’on doit privatiser. Nous disons non au brevetage du vivant, parce qu’il s’agit d’un bien communautaire et non individuel. Si aujourd’hui ces multinationales se sont enrichies grâce à ces semences, c’est parce qu’un travail inlassable de préservation a été mené par les paysans avant elles. Il doit donc y avoir une reconnaissance envers les acteurs qui ont travaillé jusqu’à ce qu’elles puissent en bénéficier », soutient Mariama Sonko.

Figure du mouvement paysan basée dans le sud du Sénégal, Mariama Sonko défend avec détermination les semences paysannes et l’agroécologie. Présidente de l’association panafricaine Nous Sommes la Solution, qui promeut l’agriculture traditionnelle, elle est aujourd’hui l’une des voix les plus influentes du mouvement paysan sénégalais.

Dans cette interview, elle revient également sur le rôle central des femmes rurales dans la préservation et la transmission des savoirs ancestraux, notamment dans le domaine agricole. En Casamance, explique-t-elle, certaines pratiques rituelles accompagnent encore l’utilisation des semences. Elle invite ainsi les jeunes générations à se rapprocher des femmes rurales afin de s’abreuver de ces savoirs non livresques dont elles sont les détentrices.

Mariama Sonko met également en exergue le précieux travail de préservation et de transmission accompli par les femmes dans l’agriculture traditionnelle. Elle énumère les défis auxquels elles font face, dénonce l’appauvrissement des sols lié à l’usage des produits chimiques et plaide pour une agriculture plus saine et durable.

Cette interview a été réalisée à Ndiémane, lors de la première édition de la Foire locale des semences paysannes, tenue dans le département de Mbour et organisée par l’ASPSP.

Par ailleurs, Mariama Sonko décrit le processus de tri, de sélection et de caractérisation des semences mis en œuvre par les femmes paysannes pour organiser et préserver leurs variétés. Une démarche rigoureuse qui n’a rien à envier aux pratiques des scientifiques de laboratoire. Leur manière de travailler repose en effet sur l’observation, l’expérimentation et la classification : des méthodes rigoureuses qui relèvent pleinement d’une démarche scientifique, même lorsqu’elles s’inscrivent dans des savoirs endogènes.

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