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Maroc–Caf : Quand le football africain prend un aller simple pour Rabat
Entre 2023 et 2026, le royaume chérifien semble être devenu le point de chute quasi systématique des grandes messes du ballon rond africain, au point que certains observateurs parlent désormais, mi‐ amusés mi‐agacés, d’un “tournoi permanent à domicile”
 
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À force de voir défiler les compétitions continentales comme des invités réguliers dans un salon VIP, une question commence à flotter dans l’air chaud des stades africains : la Confédération africaine de football (CAF) a‐t‐elle déménagé son siège… ou simplement pris un abonnement longue durée au Maroc ? Entre 2023 et 2026, le royaume chérifien semble être devenu le point de chute quasi systématique des grandes messes du ballon rond africain, au point que certains observateurs parlent désormais, mi‐ amusés mi‐agacés, d’un “tournoi permanent à domicile”.

Le bal s’est ouvert avec la CAN U23, organisée du 24 juin au 8 juillet 2023. Une mise en bouche rapidement suivie d’un autre plat de résistance : la CAN féminine, initialement prévue en mars mais repoussée du 25 juillet au 16 août, toujours sous le ciel marocain. Jusque‐là, rien d’anormal, diront les puristes. Après tout, accueillir des compétitions est aussi une preuve de capacité organisationnelle. Mais la suite ressemble davantage à une série qu’à un calendrier. Car il y a eu ensuite la très controversée CAN senior, disputée du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, remportée sur le terrain par le Sénégal, mais dont l’attribution administrative a pris des allures de match retour dans les bureaux. La commission d’appel de la CAF a, en effet, tranché “sur tapis vert”, déclenchant une contestation sénégalaise portée devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), dont le verdict est attendu après la Coupe du monde. 

En attendant, le trophée semble voyager plus que certaines équipes. Et comme si le calendrier n’était pas encore assez chargé, la CAN U17 s’ajoute à la liste, prévue du 13 mai au 2 juin. Une nouvelle occasion pour le Maroc de confirmer son statut officieux de “capitale tournante” du football africain. À ce rythme, certains plaisantent déjà : pourquoi ne pas installer définitivement la CAF entre Casablanca et Rabat, histoire d’économiser les billets d’avion ? 

Derrière cette concentration d’événements, le Maroc s’impose progressivement comme une locomotive — ou, pour reprendre l’expression populaire, une “remorque” — du football africain. Infrastructures modernes, stades aux normes internationales, capacité d’accueil éprouvée : les arguments sont solides. Mais ils ne suffisent pas à éteindre les interrogations. D’autres pays africains disposent également d’équipements de qualité et peinent pourtant à décrocher l’organisation de ces compétitions. 

À cela s’ajoute un autre phénomène : l’accueil, au Maroc, de sélections dont les terrains nationaux ne sont pas homologués. Une solution pratique, certes, mais qui renforce encore la centralité du royaume dans le paysage footballistique continental. Résultat : le Maroc ne se contente plus d’organiser, il héberge, il structure, et parfois, selon ses détracteurs, il influence.

Au cœur de cette dynamique, l’ombre – ou la lumière, selon les points de vue – du président de la Fédération marocaine de football est souvent évoquée. Son rôle dans les arcanes du football africain alimente commentaires et spéculations, entre admiration pour une stratégie efficace et critiques sur un déséquilibre croissant.

Car au‐delà de la satire, une réalité persiste : cette concentration d’événements n’est pas sans conséquences. Elle redessine les équilibres, redistribue les cartes économiques et symboliques, et pourrait raviver certaines tensions, notamment entre le football marocain et sénégalais. La CAN U17 et la CAN féminine à venir pourraient ainsi servir de terrain… pas seulement sportif. Finalement, le football africain offre aujourd’hui un spectacle à deux niveaux : celui des pelouses, où les joueurs continuent de faire vibrer les foules, et celui des coulisses, où se joue une autre compétition, plus feutrée mais tout aussi stratégique. Et dans cette partie‐ là, le Maroc semble avoir pris une longueur d’avance — au point de transformer chaque coup d’envoi en confirmation d’un règne discret, mais bien réel. 

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