Entre héritage panafricaniste et volonté de rupture, le Pastef revendique une filiation idéologique avec Thomas Sankara, Frantz Fanon et Cheikh Anta Diop. Face aux engagements pris durant la campagne électorale, Ayib Daffé précise l’orientation du pouvoir sur les questions monétaires, institutionnelles et de gouvernance. L’objectif affiché demeure la sortie du franc CFA, y compris par une initiative nationale si le cadre régional venait à faire défaut.
Au pouvoir depuis avril 2024 au Sénégal, le Pastef affirme s’être construit en référence aux grandes figures du panafricanisme, notamment Thomas Sankara, Mamadou Dia, Cheikh Anta Diop et Frantz Fanon. En marge du colloque international marquant le centenaire de Frantz Fanon, tenu en décembre dernier au musée des Civilisations noires à Dakar, nous avons rencontré Ayib Daffé, député, président du groupe parlementaire de la coalition au pouvoir et secrétaire général du Pastef.
Dans cet entretien, Ayib Daffé revient sur plusieurs axes structurants du programme politique du Pastef, en particulier la réforme monétaire, l’état d’avancement des réformes institutionnelles, les engagements pris dans le cadre du Pacte national de bonne gouvernance démocratique proposé par la société civile, ainsi que la portée symbolique et politique du changement d’intitulé du ministère en charge de la Femme.
S’agissant de la question monétaire, le député rappelle que le Pastef privilégie une approche inscrite dans le cadre de l’intégration régionale ouest-africaine. Il souligne toutefois la lenteur des processus en cours et l’inertie observée au niveau régional. Dans cette perspective, il n’exclut pas que l’État sénégalais prenne, le moment venu, des initiatives unilatérales afin d’engager la mise en place d’une monnaie souveraine, si les mécanismes régionaux ne produisent pas de résultats tangibles dans des délais jugés raisonnables.
En définitive, la ligne politique apparaît clairement établie : il s’agit de rompre avec le franc CFA, monnaie héritée de la période coloniale et de plus en plus contestée dans les débats économiques et politiques africains. Si l’hypothèse d’une monnaie commune au sein de la CEDEAO continue de susciter de fortes attentes, l’économiste Ndongo Samba Sylla, également engagé en faveur de la souveraineté monétaire, exprime de profondes réserves quant à sa viabilité dans le contexte actuel.
Selon lui, l’absence d’une union politique préalable rendrait toute monnaie commune structurellement fragile, reproduisant les déséquilibres observés dans la zone euro. Il soutient ainsi que la réussite d’une monnaie commune en Afrique de l’Ouest suppose, en amont, un approfondissement significatif de l’intégration politique. Dans l’intervalle, il plaide pour le recours à des monnaies nationales, conçues comme des instruments transitoires devant accompagner des réformes susceptibles de conduire, à terme, à une intégration monétaire régionale viable.