Conçus dans des cabinets d’experts mandatés par le gouvernement, puis soumis au Conseil consultatif du travail et de la sécurité sociale, les projets de réforme du Code du travail et du Code unique de sécurité sociale suscitent une vive opposition du Front syndical pour la défense du travail (FSDT).
Réuni en conférence de presse au siège de la CNTS, le FSDT a exprimé son rejet catégorique d’une démarche qu’il considère comme insuffisamment concertée et porteuse de graves menaces pour les acquis sociaux des travailleurs sénégalais.
Après de multiples alertes, observations et mises en garde restées sans réponses satisfaisantes, les organisations syndicales estiment que le gouvernement persiste dans une logique de passage en force. Face à cette situation, elles n’excluent aucune forme de mobilisation, y compris le recours à une grève générale, afin d’obtenir une réorientation pro‐ fonde du processus de réforme.
Pour le FSDT, toute réforme du droit du travail et de la sécurité sociale doit impérative‐ ment reposer sur des principes de transparence, de participation et de justice sociale. À ce titre, les centrales syndicales exigent notamment : la communication préalable et intégrale de l’ensemble des projets de textes ; la réalisation d’études d’impact économiques et sociales indépendantes ; une consultation sincère et ouverte des organisations représentatives des travailleurs ; la prise en compte effective des propositions formulées par les partenaires sociaux.
Aucune réforme affectant des millions de travailleurs, de retraités et de familles ne saurait être adoptée dans la précipitation ou à travers une simple formalité consultative.
Considérant que plusieurs dispositions envisagées pourraient fragiliser les garanties collectives, réduire les droits sociaux et affaiblir les mécanismes de solidarité nationale, le Front syndical refuse toute modernisation qui se traduirait par un recul des protections conquises de haute lutte par les travailleurs.
Dans le cadre d’une stratégie de lutte graduelle, le FSDT a arrêté un calendrier de mobilisation dont la première étape interviendra le 03 juillet, suivie d’une grève générale le 10 juillet si le gouvernement maintient son projet sans modifications substantielles.
Cette montée en puissance du mouvement social intervient dans un contexte où l’État sénégalais est engagé dans d’importantes négociations économiques et financières avec les partenaires techniques et financiers, notamment le FMI. Le gouvernement gagnerait donc à privilégier le dialogue social plutôt que l’ouverture d’un conflit dont les conséquences pourraient être préjudiciables à la stabilité sociale et économique du pays.
Toutefois, le Front syndical ne s’inscrit pas dans une logique de refus systématique des réformes. Il entend au contraire contribuer à l’élaboration d’alternatives crédibles et durables.
C’est dans cet esprit qu’il propose l’organisation d’Assises nationales du travail et de la sécurité sociale, cadre inclusif devant permettre à l’ensemble des acteurs concernés de dé‐ battre des véritables défis du monde du travail et de construire un consensus national autour : d’une réforme équilibrée du droit du travail ; d’une protection sociale universelle et durable ; de politiques ambitieuses de création d’emplois pour les jeunes ; de mécanismes innovants de financement de la sécurité sociale ; de stratégies progressives de formalisation de l’économie informelle ; du renforcement du dialogue social et de la démocratie dans l’entreprise.
Le message du FSDT est sans ambiguïté : Oui à la modernisation du système de travail et de protection sociale. Oui aux réformes concertées, justes et inclusives. Non à toute réforme qui af‐ faiblit les droits des travailleurs et organise une régression de la protection sociale. Parce que le progrès social ne peut être construit contre les travailleurs.