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Ouakam s’effondre !
COMMENTAIRE DU JOUR
 
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On se croirait dans un décor d’apocalypse - tiens, c’est le seul adjectif qui n’est pas encore employé dans la ronde des catastrophes, drames, tragédies liés non pas à la nature mais à la bêtise humaine et qui commencent à rythmer le quotidien des sénégalais- C’est comme s’il suffisait d’en parler pour naufrager les bateaux, allumer les feux, secouer les immeubles. On n’a pas fini d’éteindre le feu macabre qui vient de dévorer 9 pauvres enfants à la Médina, que le béton, encore une fois, s’écroule sur six personnes, ensevelissant à jamais deux d’entre elles. On entendra encore les uns s’émouvoir et s’engager dans une dynamique du « Plus jamais ça ! »

Le temps que les autres s’en remettront à un fatalisme atavique et, le béton re-taquinera les cieux dans un dédale anarchique de « Je m’en foutisme ». La seule constante, ici, renvoie malheureusement au constat du professeur Bachir Dieng qui déclarait dans un discours introductif à l’occasion de la sortie du livre « Discours de la construction » de Allé Diouf, ingénieur-conseil en BTP : « Le monde de la construction se signale souvent à l’opinion par des tragédies et des crises… » Il ne croyait pas si bien dire.

En 2008, le hangar près de la mosquée de Yoff avait fait huit morts et neuf blessés. Un an plus tard, en septembre 2009, le quartier Yeumbeul Sud déplorait ses 7 talibés et leur oustaz blessés après l’affaissement d’un balcon. En avril 2005, la grande mosquée de Touba-Kane s’est effondrée avant son inauguration, occasionnant la mort d’un ouvrier. Combien de victimes y aurait-il si l’effondrement avait lieu le jour de l’inauguration ? La liste n’est pas dans l’ordre et, est loin d’être exhaustive. Et puis bon, allez, soyons pas chiche et ajoutons le cas de l’effondrement partiel de la mosquée de Yoff Ndeugagne en 2008 et qui avait fait 9 morts dont deux enfants âgés de 5 et 2 ans et 8 autres blessées grièvement. Des investigations faites par les services compétents de l’administration avaient révélé que les matériaux de construction utilisés ne répondaient pas aux normes et les dispositions constructives étaient inadéquates relativement au milieu environnant.

Rappelons tout de même le cas plus récent de l'immeuble Sokhna Anta Mbacké, situé sur le rond point de Liberté 5 abritant une marque de technologie et dont les occupants ont échappé à l’irréparable, alertés et évacués le 23 août dernier après que l’inclinaison dangereuse du bâtiment qui présentait des fissures ait été signalé. On peut tout simplement imaginer, comme pour la grande mosquée de Touba-Kane, combien de victimes aurait-on déploré si l’immeuble en construction à la cité Asecna à Ouakam était déjà habité ?

Il n’est ainsi plus question de chercher à savoir les causes fondamentales de l’effondrement régulier d’immeubles au Sénégal, particulièrement à Dakar. Elles ne sont que trop connues. Elles tournent essentiellement autour du triptyque « référentiel de la construction, le cadre d’exécution des travaux en vigueur au Sénégal et la responsabilisation des différents intervenants du secteur ».

Peut-on se permettre de construire des infrastructures de qualité répondant à toutes les garanties sécuritaires et de durabilité sans référence à des normes spécifiques de conception et de réalisation et sans définir les responsabilités des différents acteurs que sont les maîtres d’ouvrage, les entreprises, les bureaux d’études, les bureaux de contrôle, entre autres ? Le Code de la Construction semble poursuivre plusieurs objectifs au premier rang desquels figure le renforcement de la sécurité dans la construction, avec une réglementation jugée appropriée et définissant les types de relations devant exister entre les différents acteurs de la construction. Il reste plus que jamais à veiller à l’application stricte de cette loi, renforcée avec des mesures allant dans le sens de sanctions exemplaires.

C’est la seule voie possible car, avec l’intrusion dans le secteur de la construction d’entrepreneurs de bâtiments, d’anciens vendeurs de matériaux de construction, de jardiniers, d’ouvriers, de retraités, entre autres, la plupart étant mus par une cupidité maladive, on a vite trouvé le filon du contournement des lois et règlements avec souvent, il faut bien le dire, la complicité coupable de l’administration, elle-même.

Dans ce contexte et au-delà des tragédies de Ouakam, Yoff, Liberté 5, entre autres, après celui de Chinua Achebe, c’est le monde du Sénégal qui risque de s’effondrer.

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