(SenePlus) - Dans une analyse publiée le 3 juin 2026 sur le blog de la revue de droit constitutionnel Jus Politicum, le juriste Abdou Ben Said Assadillah, doctorant à l'Université Bourgogne Europe et enseignant en droit public à l'Université de Picardie Jules Verne, propose une lecture strictement constitutionnelle de la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Là où beaucoup ont exploré les causes politiques et les conséquences économiques du divorce, l'auteur déplace le regard vers les fondements juridiques de la crise.
Sa thèse centrale tient en une formule : la crise procède d'une « impossible dyarchie » au sommet de l'exécutif. Pour le juriste, l'illusion d'un pouvoir bicéphale, née du fait que la popularité de Sonko avait porté Faye à la présidence et que l'Assemblée reste dominée par des députés acquis à l'ancien Premier ministre, ne pouvait résister à la nature foncièrement présidentialiste de la Constitution de 2001. Il rappelle que le président nomme et révoque librement le chef du gouvernement, détermine la politique de la Nation et relègue de fait le Premier ministre à un rôle d'exécution. La révocation du 22 mai 2026 s'inscrit donc, selon lui, dans la logique du texte.
L'auteur souligne toutefois l'ambiguïté du régime, qu'il qualifie de parlementaire dualiste. Le gouvernement demeure responsable devant une Assemblée nationale qui peut le censurer. C'est de cette tension entre lecture présidentialiste et lecture parlementaire, doublée de la question non tranchée de la succession en vue de la présidentielle de 2029, que naît selon lui le conflit de leadership entre les deux hommes.
Le spécialiste évalue les marges de manœuvre du président face à une Assemblée hostile. Il juge peu probable une scission du groupe parlementaire de Pastef, et rappelle que la dissolution, juridiquement impossible avant décembre 2026, resterait politiquement hasardeuse compte tenu de la popularité intacte de Sonko. Il en conclut que la voie la plus raisonnable demeure la « cohabitation douce » revendiquée par l'ancien Premier ministre, désormais président de l'Assemblée. Mais l'auteur en pointe le caractère incertain : faute d'accord sur la composition du gouvernement et sur l'orientation économique, et si le dialogue venait à s'enrayer, le Sénégal pourrait, prévient-il, basculer vers une véritable crise institutionnelle.