Quatre-vingt-dix-huit candidats au baccalauréat ont été écartés des épreuves de cette année pour n’avoir pas pu joindre une pièce d’identité à leur dossier de candidature. La plupart d’entre eux ne disposent pas d’un extrait de naissance. Privés de la session normale, ils devront attendre le rattrapage prévu en octobre prochain.
Une situation qui a outré plus d’un Sénégalais et révélé les nombreuses irrégularités qui gangrènent l’état civil dans plusieurs localités du pays. Ce système défaillant a stoppé net l’élan de ces potaches écartés de la course faute de documents administratifs en règle. Ils n’ont pas fauté, la négligence de leurs parents ou de toute une chaîne a fini par porter atteinte à leur dignité.
Ce triste scénario engendre également de profondes frustrations. Bien souvent, des parents, qui n’ont pas mesuré l’importance de déclarer la naissance de leur enfant, ne réalisent pas toujours l’ampleur des conséquences.
Depuis des années, des voix s’élèvent pour dénoncer cette situation ainsi que les nombreuses irrégularités qui entourent la gestion de l’état civil au Sénégal. Pourtant, il constitue un axe central du développement de nos nations. Force est de constater qu’il ne semble toujours pas être pris au sérieux dans plusieurs contrées du pays.
Il y a quelques années déjà, des élèves en classe de CM2 en avaient fait les frais. Faute de déclaration de naissance ou de documents administratifs conformes, nombre d’entre eux n’avaient pas pu poursuivre normalement leur parcours scolaire.
Chaque année, des milliers d’élèves en classe de CM2, à l’occasion de l’entrée en sixième, ou de Terminale, lors du baccalauréat, se retrouvent exclus des examens nationaux. Sans extrait de naissance ou avec des actes comportant des erreurs matérielles, il arrive que leur parcours scolaire s’interrompe brutalement.
Ce dysfonctionnement a également brisé l’espoir de nombreux parents qui n’ont pas pu permettre à leurs enfants de voyager. Des demandes de visa ont souvent été rejetées à cause d’insuffisances administratives.
Ce méli-mélo permet malheureusement à certains citoyens de « renaître » plus de deux fois dans notre pays. Il suffit parfois d’un simple contact dans une mairie pour modifier sa date de naissance. Des personnes âgées peuvent ainsi s’octroyer une seconde jeunesse sur le papier, défiant toute logique biologique. Juste qu’ils sont trahis par leur poids de l’âge.
Lors d’une sortie médiatique, la juriste Amsatou Sow Sidibé s’est montrée catégorique. Elle a dénoncé le phénomène des jugements supplétifs détournés ainsi que celui des faux registres.
« L’âge ne doit pas changer. L’âge inscrit sur l’acte d’état civil doit correspondre à l’âge physique et mental de la personne. Mais, au Sénégal, c’est quelque chose d’extraordinaire. »
Elle s’est aussi insurgée contre un fait. « Au Sénégal, pour un rien, on change la date de naissance d’une personne parce que l’on veut qu’une personne âgée puisse poursuivre des études ou intégrer un club de sport, entre autres », déclarait-elle dans un entretien accordé à Senenews.
À ses yeux, le droit doit être appliqué avec rigueur et les officiers d’état civil fautifs doivent être sanctionnés. La responsabilité pénale doit être engagée parce que, dénonce-t-elle, il s’agit d’un faux en écriture, mais également une responsabilité disciplinaire.
C’est parce que des dérives, favorisées par les failles persistantes dans la gestion de l’état civil, encouragent certains à contourner les règles. Dans le monde du football, les modifications frauduleuses de l’âge sont devenues monnaie courante, pénalisant au finish certains talents sénégalais sur la scène internationale.
La corruption de proximité et la vulnérabilité des registres physiques, souvent détruits par des incendies ou des inondations dans les mairies, seraient passées par là.
Certainement, les réformes engagées par le Sénégal finiront par impulser de nouvelles dynamiques à travers le programme de numérisation et d’interconnexion des centres d’état civil. Il viserait à centraliser les données afin qu’un citoyen ne puisse plus se créer une nouvelle identité à sa convenance.
Le marché noir de l’identité fera certainement moins de dégâts et fabriquera aussi moins de faux jeunes… et de vraies victimes.