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Par Amadou Mamadou Barro
Une crise de transition, pas une crise de régime
Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant important de son histoire politique, économique et sociale. À mon avis, le pays ne traverse pas une crise de régime, car les institutions continuent de fonctionner et l’ordre constitutionnel est maintenu
 
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Le Sénégal se trouve aujourd’hui à un tournant important de son histoire politique, économique et sociale. À mon avis, le pays ne traverse pas une crise de régime, car les institutions continuent de fonctionner et l’ordre constitutionnel est maintenu. Il s’agit davantage d’une crise de transition, c’est-à-dire une période durant laquelle les ambitions et les promesses qui ont accompagné l’alternance politique doivent désormais être traduites en actions concrètes et en résultats visibles pour les populations.

L’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko en 2024 a suscité un immense espoir auprès des Sénégalais, en particulier chez les jeunes. Leur projet politique reposait sur plusieurs engagements forts : la lutte contre la corruption, la transparence dans la gestion des ressources publiques, la souveraineté économique, la création d’emplois et une meilleure répartition des richesses nationales. Ces promesses ont permis de mobiliser une grande partie de la population qui aspirait à un changement profond dans la manière de gouverner le pays.

Cependant, gouverner un État est souvent plus complexe que conquérir le pouvoir. Les nouvelles autorités ont hérité d’une situation économique difficile marquée par un niveau d’endettement élevé, des contraintes budgétaires importantes, un coût de la vie en hausse et un chômage persistant, notamment chez les jeunes diplômés. Dans ce contexte, les citoyens attendent des améliorations concrètes de leurs conditions de vie. Les discours et les annonces ne suffisent plus ; la population souhaite désormais constater des résultats réels dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé, du logement et du pouvoir d’achat.

Par ailleurs, les tensions apparues entre certaines figures majeures du pouvoir ont créé une incertitude politique. Beaucoup de Sénégalais craignent que les divergences personnelles ou stratégiques entre dirigeants ne détournent l’attention des priorités nationales. Or, l’histoire montre que les conflits politiques prolongés peuvent ralentir les réformes, affaiblir la confiance des investisseurs et retarder les projets de développement dont le pays a besoin.

Malgré ces difficultés, le Sénégal possède d’importants atouts. Le pays bénéficie d’une stabilité institutionnelle relativement solide, d’une jeunesse dynamique, d’importantes ressources naturelles, notamment le pétrole et le gaz, ainsi que d’une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Si ces ressources sont bien gérées et si les réformes annoncées sont effectivement mises en œuvre, elles peuvent contribuer à accélérer le développement économique et à améliorer durablement les conditions de vie des populations.

Ainsi, l’avenir du Sénégal dépendra largement de la capacité de ses dirigeants à privilégier le dialogue, l’unité nationale et l’intérêt général. Les Sénégalais attendent moins des rivalités politiques que des solutions concrètes à leurs préoccupations quotidiennes. Si les responsables politiques parviennent à dépasser leurs divergences pour travailler ensemble au service du pays, le Sénégal pourra sortir renforcé de cette phase de transition et ouvrir une nouvelle page de son développement. Dans le cas contraire, les divisions risquent de ralentir les progrès attendus et de nourrir la déception d’une population qui a placé beaucoup d’espoir dans le changement politique intervenu en 2024.

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