Skip to main content
Splendeurs et rentes d’un paradis écologique retrouvé
Réserve communautaire de Somone
 
ID
3561
{"id":3561,"title":"Splendeurs et rentes d’un paradis écologique retrouvé","subheadline":"Réserve communautaire de Somone","image":"/sites/default/files/migrated_images/reserve%20de%20somone.jpg","link":"/article/splendeurs-et-rentes-dun-paradis-ecologique-retrouve"}

Ce que la main de l’homme a détruit, parfois plus vite que l’érosion, le cœur l’a restauré, pour mettre dans la main des femmes les ressources de la subsistance. A Somone, bout de paradis baigné par la mer, l’écologie, réhabilitée par les communautés aidées des Services des eaux et forêts, est un facteur de promotion économique et de bien-être social.



La belle rumeur voyage plus vite que la découverte de l’espace physique. Il faut l’imaginer comme un bijou jeté en bordure côtière en une sorte d’écrin qui couve un trésor. A l’embranchement d’une route secondaire et la Nationale 1, le site se rapproche. Plus que quelques kilomètres à parcourir sur un bitume légèrement balafré par endroits, entre les vergers, habitats traditionnels et espaces non occupés. La curiosité va plus vite que le temps. Et voilà qu’apparaît Somone !

Cette place forte du dépaysement et de la quiétude bascule progressivement dans une effervescence assez soyeuse, peu après 14 heures, en ce samedi 9 mars 2013. Les visiteurs et les touristes sont attablés aux terrasses des restaurants sur cette rue qui a les allures et les couleurs d’une galerie commerciale à ciel ouvert. De part et d’autre, elle est bordée par des échoppes d’appareils électroniques, des boutiques de prêt-à-porter, des espaces de vente d’œuvres d’art. 

La nature est une attraction dans cette localité de référence sur la carte touristique et le repos des Vip dans le secret des maisons secondaires, pas loin du dialogue entre l’océan, le sable fin, les roches et les digues cernant les propriétés, afin d’amoindrir les effets de l’érosion côtière. Sur ce site, la mer est productrice de matières premières pour tirer un profit de l’ingéniosité des habitants.

Sous les arbres, les femmes affinent des œuvres d’art à partir des fruits de la mer. Sous leur doigté habitué à titiller cette science du beau, elles donnent un éclat coloré à des coquilles pour en faire des cendriers et des objets décoratifs. Dans l’eau, d’autres soulèvent et laissent des grilles contenant des huîtres, des crabes, des « pagnes » et une panoplie de fruits de mer. Leur vie est liée à cette lame d’eau. « Tous les jours, nous quittons Guéréo pour venir ici extraire les huîtres dans la mangrove. Parfois, chacune d’entre nous rentre avec 1.000 FCfa ou 2.000 FCfa par jour. Tout dépend du rythme de la vente et de l’intérêt suscité auprès de la clientèle », confesse Mariame Dione, courbée, les mains tenant une nasse.

Un régal pour les yeux et dans le plat

Ici, les unes grillent les fruits de mer, d’autres empilent les coquilles. La fluctuation de leur revenu rappelle, à bien des égards, l’alternance des hautes et basses marées. « Il faut le dire : il y a des jours où nous rentrons presque bredouilles », confie Mariame Dione. Les jours sans ne sont pas des freins au compagnonnage entre ce coin splendide de la nature et des femmes résolues à trouver, en ce bout de terre baigné par la mer, les ressources de la subsistance. La nature épanouie est un régal pour les yeux.

De l’autre côté de la lame d’eau, sur une autre zone de balancement des marées, une bande d’oiseaux prend un bain de soleil, comme ces touristes qui marchent sur la vase. Un homme d’un certain âge, les eaux lui arrivant aux genoux, s’efforce d’avancer entre les petites installations servant à piéger les huîtres, les arches, les moules, les crabes… Les populations tirent profit des fruits de la nature, disons des fruits de la conservation de cet écosystème. La juste et précieuse rente de leur engagement militant en faveur de leur environnement.

La fatigue, la faim…, la paix de l’âme !

Sous nos yeux, le décor est le plus beau témoignage de cet engagement. Une sorte de signature écologique ! Les plantations de mangrove touffues serpentent entre les plans d’eau. Les femmes ont joué un rôle clé dans sa restauration. Elles s’érigent en défenseurs de ce peuplement de mangrove, à côté des Services des eaux et forêts dont le poste de garde se trouve de l’autre côté, près d’un imposant hôtel. « Certes, il y a le Service des eaux et forêts, mais nous ne laissons pas d’autres personnes dégrader la mangrove, parce que nous avons participé à la plantation, mais aussi, c’est ici que nous tirons une bonne partie de nos revenus », s’exprime Mariama Dione. Un vent frisquet balaie la lagune et atténue la canicule qui grille les lieux. Un groupe d’élèves du Lycée de Touba Toul est en sortie pédagogique, de même que les étudiants en Master II de l’Institut des sciences  de l’environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les uns derrière les autres, sacs au dos ou appareils photos à la main, tels des pèlerins, ils arpentent un sentier rocailleux entrecoupé de légères élévations. La fatigue habite leur visage, mais l’exubérance de la verdure, le clapotement des eaux et le gazouillement des oiseaux leur donnent de l’énergie. Ils suivent leur professeur, Saliou Ndiaye. Un écriteau. Sur une hutte élevée, fabriquée avec le bois rouge, trône une affichette sur laquelle est inscrite l’interdiction de déposer des ordures. « Le sentier conçu et réalisé en novembre 2011 par Isabelle et Michel Theron », renseigne une plaque à l’entrée.  Après lecture, la pérégrination se poursuit. Une piste latéritique soutenue par des enrochements s’étale sur l’eau et éventre la mangrove. Au milieu de cette végétation, une sensation de fraîcheur semble nous envelopper. Malgré la fatigue et la faim, l’on entend çà et là des voix apprécier. Le milieu procure la paix de l’âme : l’ataraxie. « Il y a des endroits pour bien se reposer. Parfois, nous n’avons pas besoin d’aller en Europe ou ailleurs », souffle un étudiant. Le lieu est magnifique. De grosses conduites facilitent la communication de part et d’autre du sentier. Les étudiants avancent dans un tunnel de verdure.

Un lieu magnifique

Une sensation de fraîcheur allège leurs pas alourdis par des heures de marche dans les plantations de manguiers, d’orangers et le jardin botanique du pharmacien Charles, reconverti dans la recomposition des écosystèmes. Sur plusieurs centaines de mètres, les mangroves forment un dôme de verdure. Les branches s’embrassent. Les racines s’enchevêtrent dans la vasière. C’est une zone de frayère, autrement dit de reproduction des poissons. C’est l’Arche de Noé pour les poissons aculés, traqués, voire harcelés, dans tous les coins de la mer et de la lagune. Les alevins paraissent dans les eaux limpides. « C’est la zone de reproduction par excellence des poissons. C’est une nurserie », explique le professeur Saliou Ndiaye, un agronome de formation qui travaille également sur plusieurs questions liées à la protection de l’environnement. 

La mangrove, renseigne une plaque, est un milieu riche en nutriments minéraux et organiques issus d’une matière en décomposition particulièrement abondante. Celle-ci, constituée essentiellement de feuilles de palétuviers, alimente une flore bactérienne et fongique considérable à la base d’une vaste chaîne alimentaire.  Ici, la reconstitution de la mangrove n’a pas seulement permis de repeupler la lagune de Somone. Dans l’estuaire, les services forestiers notent la présence du chacal, du singe vert et de la mangouste. Les reptiles sont représentés par le varan du Nil.

 

3561
ID
3561
Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3