(SenePlus) - Alors que l'Assemblée nationale s'apprête ce mardi à adopter une réforme du code électoral taillée pour rendre Ousmane Sonko éligible, le président de la République dévoile in extremis un texte concurrent. Une cacophonie institutionnelle qui alimente les spéculations sur la rivalité au sommet du pouvoir.
La scène politique nationale est témoin d'un épisode pour le moins inhabituel. Tandis que les députés Pastef s'apprêtent à adopter ce 28 avril une réforme du code électoral destinée à lever l'inéligibilité de leur leader Ousmane Sonko, le chef de l'État Bassirou Diomaye Faye vient de divulguer, ce 27 avril, quatre avant-projets de loi dont l'un propose une refonte pure et simple du même code électoral. Un coup de théâtre qui transforme ce qui devait être une simple formalité parlementaire en psychodrame institutionnel.
Selon Jeune Afrique, qui évoque cette cacophonie dans son édition du 28 avril sous la plume de Mehdi Ba, cette initiative présidentielle est de nature à rendre caduque la réforme partielle portée par le groupe parlementaire de la majorité. Plus embarrassant encore pour Ousmane Sonko : en tant que Premier ministre, il se retrouverait chargé de défendre prochainement le projet de loi présidentiel au nom du gouvernement, alors même que ses propres députés avaient pris les devants.
Le silence assourdissant du président mérite d'être souligné. Alors que le règlement intérieur de l'Assemblée nationale lui accordait dix jours pour faire connaître son avis sur la proposition de loi de Pastef, Bassirou Diomaye Faye a choisi de ne rien dire. Puis, à la veille de l'examen en plénière, il a dégaîné son propre texte, court-circuitant de fait ses alliés politiques.
Une réforme calibrée pour le Premier ministre
La proposition de loi des députés Pastef, adoptée samedi en procédure d'urgence par la commission des lois, vise à reformuler l'article L.29 et à abroger l'article L.30 du code électoral. L'enjeu est de permettre à Ousmane Sonko de recouvrer son éligibilité en vue des scrutins futurs, notamment la présidentielle de 2029.
Les condamnations judiciaires du leader de Pastef constituaient jusqu'ici un verrou. Sa condamnation par contumace à deux ans de prison ferme pour corruption de la jeunesse dans l'affaire Adji Sarr, prononcée le 1er juin 2023, et sa condamnation pour diffamation publique face à Mame Mbaye Niang le rendaient inéligible pour cinq ans selon les dispositions actuelles.
La nouvelle mouture proposée par les députés changerait radicalement la donne. Comme le souligne l'expert électoral Ndiaga Sylla cité par Jeune Afrique, le texte prévoit que ces modifications s'appliqueront aux cas d'inéligibilité prononcés ou survenus antérieurement à son entrée en vigueur. Une rétroactivité qui bénéficierait directement au Premier ministre, tout comme la suppression de la disposition rendant inéligible quiconque écope d'une amende supérieure à 200 000 FCFA.
Rivalité présidentielle en toile de fond
Cette cacophonie institutionnelle survient dans un contexte de spéculations croissantes sur une rivalité entre les deux hommes forts du régime. La récente reprise en main par Bassirou Diomaye Faye de la coalition portant son nom alimente les interrogations sur ses ambitions pour 2029.
De son côté, Ousmane Sonko avait lancé le 7 décembre 2025 : "Rien ne peut m'empêcher d'être candidat !", évoquant les scrutins à venir. La question posée par Jeune Afrique résonne avec force : le chef de l'État verrait-il d'un mauvais œil cette perspective ?
L'opposition, sans être au cœur de cette bataille interne au pouvoir, dénonce néanmoins une rupture avec la tradition consensuelle qui encadre depuis 1992 toute modification du code électoral au Sénégal. Le ministre de l'Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé avait d'ailleurs proposé une concertation avec les acteurs concernés, démarche qui se trouve désormais vidée de son sens par la procédure d'urgence adoptée à l'Assemblée.
Reste à savoir si les députés Pastef maintiendront leur calendrier malgré le texte présidentiel concurrent, ou s'ils se plieront à la volonté du chef de l'État.