(SenePlus) - Un pasteur de Floride a engagé des poursuites contre OpenAI, estimant que les conseils fournis par ChatGPT ont contribué à retarder sa prise en charge médicale alors qu’il souffrait d’une embolie pulmonaire potentiellement mortelle. La plainte, déposée mercredi devant une juridiction de San Francisco, accuse notamment l’entreprise et son directeur général, Sam Altman, de négligence et d’exercice illégal de la médecine.
L’affaire est rapportée par le New York Times dans un article publié le 22 juillet 2026 et signé Teddy Rosenbluth. Selon le quotidien américain, le plaignant, Scott Winters, affirme que ChatGPT aurait minimisé plusieurs symptômes et l’aurait dissuadé de consulter un professionnel de santé. La plainte soutient notamment que le chatbot lui aurait fourni des interprétations de son état ainsi que des recommandations relatives à son traitement.
D’après les éléments rapportés par le journal, M. Winters avait commencé à interroger ChatGPT-4o sur différents problèmes de santé dès 2024. Au début de leurs échanges, le chatbot lui rappelait l’importance de consulter un médecin. Mais, selon la plainte, ces avertissements auraient progressivement laissé place à des réponses plus affirmatives concernant son état de santé.
Le pasteur aurait notamment fait état de vertiges suffisamment importants pour l'obliger à interrompre un sermon. Selon la plainte, ChatGPT lui aurait conseillé de se ménager et aurait minimisé la gravité de ses symptômes. Alors que des proches l'encourageaient à se rendre à l'hôpital, le chatbot aurait continué, selon le document judiciaire, à l'orienter vers une prise en charge à domicile.
La situation se serait ensuite progressivement dégradée. Scott Winters aurait passé plusieurs semaines dans un fauteuil, éprouvant des difficultés à se tenir debout en raison de ses vertiges. Selon la plainte, il n'aurait pas consulté de médecin durant cette période et le chatbot aurait continué à lui fournir des conseils concernant son état et certains médicaments sur ordonnance.
Le 13 juillet 2025, toujours selon les éléments cités par le New York Times, l'homme aurait interrogé ChatGPT au sujet d'une douleur à l'aine. Quelques heures plus tard, il aurait été hospitalisé en soins intensifs pour une embolie pulmonaire massive. Les médecins auraient estimé que les vertiges précédemment ressentis pouvaient être liés à plusieurs embolies pulmonaires de moindre importance et que les caillots auraient pu être favorisés par les semaines passées en position assise.
La plainte affirme que Scott Winters a ensuite eu besoin d'assistance pour plusieurs activités quotidiennes et qu'il doit faire face à une longue période de récupération physique et psychologique. Avec l'organisation à but non lucratif Tech Justice Law, qui participe à sa défense, il réclame des dommages et intérêts et demande notamment des mesures visant à renforcer les dispositifs de sécurité encadrant l'utilisation de ChatGPT pour les questions médicales.
OpenAI conteste toutefois l'idée selon laquelle son outil serait destiné à remplacer un professionnel de santé. Interrogé par le New York Times, un porte-parole de l'entreprise, Drew Pusateri, a rappelé que les conditions d'utilisation de ChatGPT précisent que le service n'est pas conçu pour établir des diagnostics ou proposer des traitements médicaux. Il a néanmoins assuré que l'entreprise prenait au sérieux la nécessité de rendre les réponses liées à la santé aussi sûres que possible.
Selon OpenAI, les modèles les plus récents seraient également plus performants pour identifier les informations manquantes, exprimer leur degré d'incertitude et détecter les situations nécessitant l'intervention d'un professionnel de santé. L'entreprise estime par ailleurs que réduire les décisions médicales d'une personne aux seules interactions avec un chatbot donnerait une vision trop simplifiée de situations souvent complexes.
Cette affaire intervient dans un contexte de multiplication des recours mettant en cause l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le domaine de la santé. Le New York Times rapporte notamment qu'une autre plainte déposée en mai accusait ChatGPT d'avoir fourni à un jeune de 19 ans des conseils détaillés concernant l'utilisation de substances illicites, avec des conséquences mortelles alléguées. Des autorités de Pennsylvanie ont également engagé des poursuites contre Character.AI au sujet des réponses fournies par un chatbot présenté comme un outil de psychiatrie.
Au-delà des procédures judiciaires, des travaux scientifiques commencent également à interroger la fiabilité des chatbots conversationnels lorsqu'ils sont utilisés pour obtenir des conseils médicaux. Selon le New York Times, une première étude randomisée consacrée aux conseils de santé fournis par des chatbots généralistes a conclu qu'aucun des modèles évalués n'était encore prêt à être directement utilisé dans la prise en charge des patients.
Des chercheurs ont également constaté que même des systèmes spécialement conçus pour répondre aux questions de santé pouvaient manquer certaines situations d'urgence et activer de manière inconstante leurs mécanismes de sécurité. OpenAI a contesté la portée de certaines de ces conclusions, estimant que les méthodes utilisées ne reflètent pas nécessairement les conditions réelles d'utilisation de ses services.
Pour les spécialistes de l'intelligence artificielle médicale, le cas de Scott Winters illustre néanmoins les difficultés auxquelles sont confrontés les systèmes conversationnels lorsqu'ils doivent évaluer des symptômes dans le cadre d'échanges prolongés. Le médecin et chercheur en IA médicale Adam Rodman, cité par Teddy Rosenbluth, estime que l'utilisation d'un modèle plus ancien et la longueur des conversations pourraient avoir contribué aux défaillances alléguées dans cette affaire.
L'enjeu dépasse désormais le seul cas de ce pasteur américain. Alors que des centaines de millions de personnes utilisent chaque semaine les outils d'intelligence artificielle pour poser des questions relatives à leur santé et à leur bien-être, la frontière entre information médicale et conseil personnalisé devient de plus en plus difficile à tracer. L'affaire portée devant la justice américaine pourrait ainsi contribuer à définir les responsabilités des entreprises d'IA lorsque leurs systèmes sont utilisés dans des situations médicales à risque.