(SenePlus) - Une coalition formée par le JNIM, affilié à Al-Qaïda, et des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad a revendiqué samedi des attaques coordonnées menées sur plusieurs sites au Mali, dans ce que plusieurs observateurs présentent comme l’une des opérations insurgées les plus audacieuses de ces dernières années. Selon l’armée malienne, les assauts ont visé des positions dans ou autour de Bamako ainsi que plusieurs localités de l’intérieur, avant d’être repoussés au terme d’affrontements meurtriers.
L’état-major affirme avoir tué « plusieurs centaines » d’assaillants et annoncé le lancement d’une vaste opération de ratissage à Bamako, dans la ville-garnison de Kati et dans d’autres zones du pays. Reuters souligne toutefois n’avoir pas pu vérifier de manière indépendante les revendications du JNIM et du FLA sur l’ampleur de leurs gains territoriaux.
Dans un communiqué relayé par SITE Intelligence Group, le JNIM a revendiqué des attaques à Kati, sur l’aéroport de Bamako, ainsi qu’à Mopti, Sévaré et Gao. Le groupe a également affirmé que Kidal avait été « capturée » dans le cadre d’une opération coordonnée avec le FLA. Plus tôt dans la journée, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, avait déclaré sur les réseaux sociaux que ses combattants avaient pris le contrôle de positions à Gao et de l’un des deux camps militaires de Kidal.
Pour Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la fondation allemande Konrad Adenauer, interrogé par Reuters « cela ressemble à la plus grande attaque coordonnée depuis des années ». L’analyse est renforcée par le choix des cibles, qui mêle centres de pouvoir, infrastructures militaires et villes symboliques du nord.
À Bamako, les conséquences ont été immédiates. L’ambassade des États-Unis a demandé à ses ressortissants de se mettre à l’abri sur place, tandis que les Britanniques ont été dissuadés de se rendre au Mali. L’aéroport a été fermé, entraînant des annulations et des déroutements de vols.
Un passager cité par l'agence de presse a raconté que des personnes tentant de rejoindre l’aéroport se sont retrouvées presque au cœur d’une zone de combat, avec de fortes détonations à proximité et des hélicoptères dans le ciel. Peu avant 6 heures du matin, deux explosions suivies de tirs nourris ont été entendues près de la principale base militaire de Kati, au nord de Bamako, et les échanges de feu se poursuivaient encore plus de quatre heures plus tard, selon un témoin de Reuters et deux habitants.
Deux témoins ont également affirmé à Reuters que la maison du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, à Kati, avait été détruite au cours de l’attaque. À Sévaré, dans le centre du pays, un témoin a indiqué que des tirs avaient éclaté dès 5 heures du matin et qu’ils provenaient « de toutes les directions ».
Pour Heni Nsaibia, analyste principal pour l’Afrique de l’Ouest au sein de l’ACLED, la sélection des cibles est particulièrement révélatrice. Kati et Bamako se trouvent « au cœur du régime », tandis que Kidal, reprise en 2023 par l’armée, occupe une place centrale dans le récit officiel de la reconquête territoriale.
L’armée avait annoncé peu après 11 heures que la situation était sous contrôle. Mais à Gao, important hub militaire du nord, un habitant a encore fait état vers midi d’une forte explosion et d’échanges de tirs entre soldats et insurgés. En soirée, un calme précaire régnait dans la ville, où le gouverneur a instauré un couvre-feu nocturne.
Ces attaques laissent entrevoir une possible nouvelle escalade dans une insurrection qui dure depuis 2012. En septembre 2024, le JNIM avait déjà frappé une école de gendarmerie près de l’aéroport de Bamako, dans une attaque qui avait fait environ 70 morts, avant d’annoncer un an plus tard un blocus sur les importations de carburant. Le Mali reste par ailleurs confronté à une longue histoire de rébellion touarègue dans le nord.
Le pouvoir actuel, dirigé par Assimi Goïta après les coups d’État de 2020 et 2021, avait promis un retour de la sécurité, mais Reuters rappelle que les autorités peinent toujours à atteindre cet objectif. Bamako s’est appuyé sur des mercenaires russes et a d’abord pris ses distances avec les partenaires occidentaux, même si le gouvernement a récemment engagé un rapprochement avec Washington.
Dans sa communication de samedi, le JNIM a affirmé n’avoir pas visé les partenaires russes de l’armée malienne et s’est dit disposé à bâtir avec eux une relation future « équilibrée et efficace », selon la traduction fournie par SITE. Quelques jours plus tôt, le ministre malien des Affaires étrangères avait déclaré à Reuters que des États voisins et des puissances étrangères soutenaient des groupes terroristes, sans citer de pays nommément.