(SenePlus) - Le conflit qui secoue le Moyen-Orient depuis le début de l'année 2026 met à l'épreuve l'architecture même de la sécurité mondiale. Les récents bombardements ayant visé des installations énergétiques et la proximité des sites nucléaires iraniens d'Arak et d'Ardakan illustrent une dangereuse escalade militaire. Si une proposition de cessez-le-feu de 45 jours, portée par l'Égypte, le Pakistan et la Turquie, tente actuellement de débloquer le détroit stratégique d'Ormuz, la situation met en évidence l'incapacité de la communauté internationale à endiguer rapidement les crises majeures.
Cette paralysie institutionnelle s'inscrit dans un bouleversement géopolitique profond. Le système international actuel repose en grande partie sur l'ordre dit « westphalien », issu des traités de 1648 ayant mis fin à la guerre de Trente Ans. Ce modèle visait à instaurer une stabilité par le biais de la non-ingérence et de la reconnaissance mutuelle de la souveraineté des États sur leur territoire.
Dans une tribune publiée le 10 avril 2026 dans le quotidien québécois Le Devoir, l'enseignant-chercheur Thierno Guèye analyse cet effritement diplomatique. Il souligne que « l'escalade actuelle au Moyen-Orient révèle les limites d'un système international » dont les trois piliers fondateurs — « la souveraineté territoriale, la sécularisation du politique et l’équilibre des puissances » — sont aujourd'hui mis à rude épreuve. Le chercheur constate que le retour des idéologies dans la diplomatie et les interventions militaires bafouant les normes établies érodent ces principes, laissant place à un unilatéralisme où « quelques dirigeants prennent des décisions aux conséquences planétaires ».
La dimension nucléaire des tensions actuelles expose par ailleurs les faiblesses des mécanismes de prévention. Historiquement, la dissuasion s'est construite sur des alliances régionales et des stratégies d'États, à l'image du programme de partage nucléaire de l'OTAN qui vise à sécuriser la zone euro-atlantique face aux agressions potentielles. Cependant, ces dispositifs n'offrent pas de garantie globale.
L'article du Devoir dénonce « la concentration du pouvoir de vie et de mort entre les mains de quelques dirigeants » et la passivité des organes de médiation, qui finissent par banaliser l'arbitraire et instaurer un doute profond quant à l'efficacité des règles communes. Cette vulnérabilité structurelle expose les 190 États de l'ONU à des choix qui échappent à tout contrôle collectif.
Pour contrer cette dérive, l'auteur de la tribune propose d'aller au-delà des ambiguïtés stratégiques en créant « un pacte de responsabilité partagée ». Ce mécanisme engagerait l'ensemble des puissances dotées de l'arme atomique à « répondre collectivement à toute première utilisation de l’arme nucléaire par un État ».
L'objectif de cette réforme serait de rendre la riposte universelle et prévisible, permettant ainsi de « déplacer la responsabilité des individus vers une obligation collective ». En s'assurant que l'arsenal nucléaire ne puisse plus servir d'instrument d'ambition personnelle, cette proposition vise à préserver les normes internationales et à garantir « la possibilité même d'un avenir viable pour l'humanité » face à l'érosion du multilatéralisme.