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Quand le bac philo devient la caisse de résonance de la politique sénégalaise
Proposer deux sujets issus d'un seul et même domaine frise l'indigence pédagogique. C'est le coup de gueule poussé par les professeurs de philosophie sénégalais face aux épreuves du baccalauréat de cette année
 
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1006255
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Depuis quelques années, le choix des sujets de philosophie au baccalauréat semble suivre l’actualité politique au Sénégal. Rien d’anormal. Sauf que le choix de deux thèmes dans le même domaine est jugé trop pauvre par des enseignants en philosophie qui y voient même une connotation politique à la... politicienne.

«Vaut‐il mieux être gouverné par un homme vertueux ou par des lois justes ?», «Le langage est‐il un instrument de pouvoir ?», « Le, La Les...», «La politique est‐elle nécessairement l’art du mensonge ?», «Le pouvoir politique doit‐ il s’exercer par la force ou par la persuasion ?», «La démocratie garantit‐elle la liberté des citoyens ?». Ce sont là des sujets qui reviennent souvent comme épreuves de philosophie au baccalauréat. Des sujets qui portent régulièrement sur l’État, la démocratie, le pouvoir et la justice. En effet, ils sont conçus pour évaluer la réflexion critique et l’ancrage républicain des candidats dans la politique.

Le constat est unanime. Les sujets de philosophie semblent suivre des débats d’actualité jusque dans leur expression la plus empirique. Rien d’anormal. C’est d’ailleurs une réalité reconnue de tous, notamment des professeurs de philosophie. Toutefois, ces derniers n’apprécient pas la connotation politique à la ... politicienne qui parfume ces sujets. Là où le bât blesse, dit le professeur de philosophie, Alassane Kitane, c’est dans l’occurrence de ce thème. La politique ! «On dirait que depuis quelques années toutes les activités y compris celles scientifiques se sont inféodées à la politique politicienne», a‐t‐il fait remarquer.

Dans son raisonnement, il indique que le bac poursuit la politique dans «un door daxé» louche. D’où sa préoccupation. «C’est quoi cette tendance à se focaliser sur l’État et la politique depuis plusieurs années ?», s’est‐il interrogé. Pour ce professeur de philosophie au lycée Ahmadou Ndank Seck de Thiès, «la vocation de l’école n’est pas d’être le réceptacle ou l’écho du discours politique. C’est plu‐ tôt un lieu d’acquisition de la science, d’émulation des facultés rationnelles et d’in‐ citation à la pensée critique. Elle n’est pas des‐ tinée à ingurgiter la mode et les problèmes ponctuels. L’école ne peut être assujettie aux controverses en cours au point d’apparaître comme une caisse de résonance de la poli‐ tique»

Il rappelle à qui veut l’entendre qu’ « il y a énormément de thèmes dans le programme. Quatre domaines avec une infinité de thèmes et de notions. Il faut des sujets sur des domaines différents. Deux sujets sur le même domaine, c’est trop pauvre», a‐t‐il martelé. M. Kitane indique qu’»aucun argument de quantum horaire insuffisant pour faits de grève ne saurait valoir ici».

Il signale par ailleurs que la différence entre le bac et le Concours général est que le premier est pour l’élève moyen, là où le second est pour l’élite. Sur ce, il affirme que le libellé de sujets gagnerait donc à penser au niveau moyen. Il fait allusion aux deux sujets choisis cette année. «Vaut‐il mieux être gouverné par un homme vertueux ou par des lois justes ?» et «Le langage est‐il un instrument de pouvoir » ? Pour lui, le premier sujet qui parle de vertu et de lois est loin d’être une épreuve facile et ce, même pour des adultes.

En tous les cas, ce sujet invite les candidats à montrer d’abord qu’un homme vertueux peut sembler offrir un gouvernement plus juste et plus humain. Que les lois justes aussi constituent une garantie plus stable contre les dérives du pouvoir. Ce qui montre qu’un bon gouvernement suppose l’association de dirigeants vertueux et de lois justes.

«Il faut des hommes et des lois vertueuses»

S’adressant à ceux qui pensent que les su‐ jets font de la politique, M. Kitane dira ceci : «La première vertu du citoyen est l’obéissance aux lois. Un homme qui viole les lois et qui ruse avec la justice ne peut pas être vertueux. Il faut remarquer d’ailleurs que des lois justes sans des hommes justes, c’est peine perdue. Il faut savoir aussi que la proclamation de lois comme justes ne garantit pas leur justesse. Mieux qu’est‐ce qui peut évaluer une loi et la qualifier de juste si ce n’est la morale ? Kant a dit que la politique ne pourra pas faire un pas avant d’avoir rendu hommage à la morale. Il doit certainement avoir raison. Car pour concevoir et instituer des lois justes, il faut des citoyens et des hommes politiques justes, c’est‐à‐dire dire vertueux».

Pour lui, «il n’y a pas d’alternative possible : il faut des hommes politiques vertueux pour avoir des lois justes (les malfaiteurs violent l’esprit des lois en y insérant une volonté de puissance et des désirs égoïstes) et l’existence de loi justes n’exonère personne du devoir d’être vertueux. Il faut à la fois des hommes politiques vertueux et des lois vertueuses (justes) pour une société viable. Puisque comme dit Hegel, sans la politique, la morale ne marche pas, il faut redonner à l’État sa véritable vocation, c’est‐à‐dire d’être «l’Idée morale en acte», d’être le bras qui rend effective la moralité». 

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