(SenePlus) - La déroute des Lions de la Teranga face à la Norvège (2-3) lors de la Coupe du monde 2026 n'était que l'arbre qui cachait la forêt. Derrière l'échec sportif de cette phase de groupes se dissimule une profonde crise managériale.
Dans un premier volet de leur enquête conjointe explosive publiée ce jeudi 2 juillet par Sport News Africa, les journalistes Romain Molina et Mansour Loum révèlent l'envers du décor de la préparation sénégalaise aux États-Unis, marquée par un bras de fer autour du contrat du sélectionneur et un train de vie scandaleux des dirigeants de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF).
Le chantage au contrat de Pape Thiaw
L'une des révélations les plus marquantes de cette enquête concerne le statut précaire du sélectionneur Pape Thiaw. Ce dernier a dirigé l'équipe nationale au début du Mondial sans le moindre contrat légal ni salaire depuis février 2026. L'imbroglio a failli virer à la mutinerie. Selon Sport News Africa, les représentants de l'entraîneur ont menacé de ne pas le laisser s'asseoir sur le banc face à la Norvège si la situation n'était pas régularisée.
« C’est un coach qui était en train de faire ses valises à 6h d’un match. Vous imaginez préparer un match dans ces conditions ? », s'indigne une source proche de l'équipe citée par le média panafricain. Face à ce coup de pression, la direction de la FSF, pilotée par son secrétaire général Abdoulaye Sow, a finalement cédé. Le contrat a été signé dans l'urgence à peine cinq heures avant le coup d'envoi, sous l'œil vigilant du conseiller du président de la République.
Ce bras de fer illustre la défiance profonde entre la fédération et son coach. D'ailleurs, les journalistes soulignent que l'ombre d'Hervé Renard, récemment recruté par la Tunisie, planait déjà au-dessus de la Tanière. Les dirigeants sénégalais auraient même envisagé de s'attacher les services du technicien français en cas de défection de Thiaw avant le départ pour les États-Unis.
Fast-food pour les joueurs, alcools millésimés pour les dirigeants
Mais le fiasco s'est aussi joué dans les couloirs de l'hôtel de la délégation. Pendant que l'équipe souffrait d'une logistique défaillante au point de contraindre des joueurs « livrés parfois à eux-mêmes » à « commander des fast-food et faire le mur », les dirigeants menaient grand train. Romain Molina et Mansour Loum décrivent une véritable « nouba géante » assumée par une délégation pléthorique et les proches de la FSF : « Bouteilles d’alcool millésimés, cadeaux, soirées en galante compagnie... », tout cela sous les yeux médusés des joueurs et d'un personnel hôtelier choqué par cette arrogance.
Alors que le président de la FSF Abdoulaye Fall peine à asseoir son autorité, l'anarchie semble avoir régné. Et pour couronner le tout, le spectre de la billetterie parallèle a refait surface. Des places attribuées par la FIFA à 60 dollars ont été illégalement revendues autour de 350 dollars, rappelant les tristes épisodes du Mondial 2022.
Face à ce chaos moral et organisationnel, la présidence de la République sénégalaise a fini par siffler la fin de la récréation. Un rapport est en cours de finalisation et des têtes risquent de tomber au sein d'une fédération qui a manifestement préféré faire la fête plutôt que de protéger l'intérêt de l'équipe nationale.