Pendant deux jours, les 6 et 7 juin 2026, le Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES) a accueilli un colloque international consacré à la vie, à l’œuvre et à l’héritage de Cheikh El Hadji Abdoulaye Ibn Sayyid Mouhamad Niass (1848‐1922). Organisée par la Commission des conférences et du patri‐ moine intellectuel de la Fayda Tijaniyya, en partenariat avec le projet d’écriture de l’Histoire générale de la Fayda, cette rencontre scientifique et spirituelle a permis de revisiter le parcours exceptionnel d’un homme considéré comme l’un des plus grands artisans de l’enracinement de la Tidjaniyya en Afrique de l’Ouest.
Cet événement a été placé sous le haut patronage du président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, et de Sa Majesté le Roi Mohammed VI du Maroc. La rencontre a réuni autorités religieuses, universitaires, chercheurs, diplomates et fidèles venus de plusieurs pays d’Afrique entre autres et du monde arabe. La cérémonie officielle d’ouverture du colloque a été présidée par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, représentant du chef de l’Etat, en présence de l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, représentant du souverain marocain, ainsi que de nombreuses autorités religieuses, coutumières, administratives et universitaires.
Prenant la parole au nom du comité d’organisation, Oustaz Ahmed Boucar Omar Niang, président du comité de pilotage du colloque, a souligné que cette rencontre internationale est «l’aboutissement de plusieurs mois de préparation et de concertation » entre les différentes parties prenantes.
Placé sous le thème : « Au confluent de la voie, la vie et l’œuvre d’El Hadji Abdoulaye Ibn Sidy Mouhamed Niass », le col‐ loque a mis en lumière la dimension spirituelle, intellectuelle, sociale et historique d’une personnalité qui continue d’influencer des millions de disciples à travers le monde. C’est un hommage à un pilier de la Tidjaniyya.
Selon Oustaz Ahmed Boucar Omar Niang, le choix du thème central du col‐ loque n’est pas fortuit. Il reflète la personnalité et l’œuvre de Cheikh El Hadji Abdoulaye Niass, qu’il a présenté comme «un homme de savoir et de spiritualité qui a su concilier l’attachement à la charia et la profondeur de la voie soufie ».
Le président du comité de pilotage a également rappelé que le patriarche de Léona Niassène a consacré son existence à « la défense de la foi islamique, à la transmission du savoir et à la formation de générations de disciples ». Un héritage qui, selon lui, continue de rayonner bien au‐delà des frontières du Sénégal et d’inspirer de nombreux chercheurs et spécialistes de l’histoire religieuse africaine.
« Son œuvre intellectuelle, ses écrits et sa correspondance constituent aujourd’hui encore une source précieuse pour la compréhension de l’histoire de l’islam en Afrique de l’Ouest et du développement de la Tariqa Tidjaniya », a‐t‐il notamment déclaré.
Durant les deux journées du colloque, plusieurs panels, communications scientifiques et conférences ont été animés par des universitaires, chercheurs et spécialistes venus de différents pays. Les travaux ont porté notamment sur l’héritage intellectuel de Cheikh El Hadji Abdoulaye Niass, ses relations avec les grandes figures de l’islam, ainsi que son rôle dans le renforcement des liens spirituels et fraternels entre les différentes familles religieuses du Sénégal.
L’État salue le rôle des familles religieuses dans la stabilité du Sénégal
Représentant le chef de l’État à cette rencontre, le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Makhtar Cissé, a mis en exergue la contribution des familles religieuses à la stabilité du Sénégal.
« Le Sénégal a la chance de se construire sur une tradition religieuse profondément attachée à la paix, au dialogue et à la cohésion nationale », a‐t‐il affirmé devant un parterre de dignitaires religieux et de chercheurs.
Selon le ministre, les foyers religieux sénégalais ont joué un rôle déterminant dans la construction d’une société où foi, citoyenneté et responsabilité collective se renforcent mutuellement.
«Les familles religieuses, par leur autorité morale, leur enracinement social et leur capacité de médiation, constituent des acteurs majeurs de paix, d’éducation, de stabilité et de cohésion», a‐t‐il soutenu.
Mouhamadou Makhtar Cissé a égale‐ ment rendu hommage au Khalife général de la Fayda Tidjaniyya, Cheikh Mahi Ibrahim Niass, saluant son engagement constant en faveur de la paix, de l’éducation religieuse et de l’unité nationale.
Pour lui, le colloque doit être considéré comme «un acte de transmission», permettant aux nouvelles générations de mieux comprendre l’apport des grandes figures religieuses à la formation des citoyens et à l’apaisement des sociétés contemporaines.
Le Maroc met en avant la profondeur des liens spirituels avec le Sénégal
Prenant la parole lors de la cérémonie d’ouverture au nom du souverain marocain, l’ambassadeur du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri, a insisté sur la portée symbolique du double parrainage sénégalo‐marocain.
Selon lui, cette initiative traduit « la pro‐ fondeur des liens historiques, spirituels et culturels qui unissent Rabat et Dakar », mais également « la place éminente qu’occupe le Cheikh dans la mémoire religieuse et culturelle du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest ».
Pour le diplomate marocain, l’hommage rendu à El Hadji Abdoulaye Niass dépasse largement le cadre d’une simple commémoration religieuse.
« Il ne fut pas seulement un savant parmi d’autres, mais le fondateur d’une école intellectuelle et spirituelle ayant profondément marqué la conscience religieuse du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest », a‐t‐il déclaré.
Hassan Naciri a rappelé que l’œuvre du guide religieux a contribué à former plu‐ sieurs générations d’érudits, de prédicateurs et d’éducateurs dont l’influence demeure perceptible jusqu’à nos jours.
L’ambassadeur a également souligné les relations historiques entre la famille Niass et le Royaume du Maroc. Évoquant le voyage de Cheikh Abdoulaye Niass à Fès au début du XXe siècle, il a indiqué que cette cité chérifienne constitue, dans la conscience des disciples Tidianes, « un centre de référence spirituelle » et non une simple ville de savoir.
Un guide spirituel engagé face aux défis de son époque
Dans les « Travaux de Recherche et de Documentation du CEVOK (Cercle d’études autour de la Vie et l’œuvre de Khalifa Mouhamad Niass) », relayé par El Hadji Idrissa Dioum qui présente El Hadji Abdoulaye Niass Al Kabir comme « le Fondateur de la Hadra Tidjani de Léona Niassène, Khalif et Grand Commandeur de la Tariqa en Afrique de l’Ouest ».
Il relate d’abord sur « l’origine du nom Niass », en s’appuyant sur un entretien accordé en 1968 à Radio Gambia par El Hadji Ibrahima Niass (dit Baye Niass, fils de El Hadji Abdoulaye Niass). Selon le document, « Rida II (Al Saani), originaire de la ville de Beyda en Lybie, arrivât au Sénégal au terme d’un Jihad ». Le texte rapporte qu’après son union avec la Linguère Djeyla Niass, naquit Samba Djeyla Niass, considéré comme l’ancêtre de la famille.
Selon les archives du CEVOK, El Hadji Abdoulaye Niass est né en 1848 à Béli, dans le Djolof. Le document indique qu’il mémorisa le Coran auprès de son père Mouhamad Niass, maître d’enseignement coranique, avant de rejoindre le Rip en 1865. L’auteur écrit qu’« El hadj Abdoulaye Niass l’y rejoignît la même année et fonda à son tour le village de Taïba Niassène »
Le texte évoque ensuite son engagement dans les résistances de l’époque et rapporte qu’il participa à plusieurs combats. Après la disparition de l’Almamy Maba Diakhou Bâ en 1867, « Abdoulaye Niass s’engage dans la lutte armée dans les rangs de Saer Maty Ba fils et successeur de Maba »
Le rapport souligne également sa formation religieuse. Le document précise qu’il fut initié à la Tariqa Tidjaniya en 1873 par son oncle maternel Ibrahima Thiam dit Serigne Kelelle et qu’il poursuivit son enseignement auprès de plusieurs érudits.
À propos du jihad, le CEVOK cite « le pro‐ fesseur El hadj Abdoulaye Diop de l’Université de Dakar » et rappelle que Mame Alhadji recommandait aux combattants de respecter certaines règles visant à protéger « les femmes, vieillards, vaincus cessant de combattre », ainsi que les biens économiques et les ressources vitales. Le document précise que « son combat était contre la colonisation, le fanatisme, l’ignorance et les déviances religieuses provenant des traditions séculaires »
Le récit revient ensuite sur son rôle dans le développement de Taïba Niassène, ses activités agricoles, son œuvre éducative ainsi que son influence croissante dans le Rip et le Saloum. L’auteur rapporte qu’«un rapport du commandant de Nioro le décrivait comme le marabout ayant le plus de disciples dans le Rip et dans le Saloum ».
Les archives évoquent également les épreuves traversées par le guide religieux. En 1901, « le village de Taïba Niassène fut détruit par les Français, ses biens confisqués, sa mosquée incendiée et pillée », conduisant à son exil en Gambie avec plu‐ sieurs de ses disciples.
Le document relate par ailleurs son pèlerinage à La Mecque et son voyage au Maroc en 1910. Selon l’auteur, ce séjour à Fès lui permit de recevoir plusieurs consécrations spirituelles, dont « l’Ijaza Itlaq », présentée dans le texte comme une « consécration suprême dans la tarikha Tidjania ».
De retour au Sénégal, « El hadj Abdoulaye Niass fît d’abord une halte à Thiès chez la famille Ndieguène avant de poursuivre vers Tivaouane ». Le document précise qu’il fut reçu par Cheikh El Hadji Malick Sy Ibn Ousmane avant son installation à Kaolack. Selon l’auteur, « à sa nouvelle terre à Kaolack il donna le nom de Léona Niassène »
Le récit s’achève sur les dernières années du guide religieux à Léona Niassène. Le CEVOK rapporte qu’« au 18 Shawwal 1340 correspondant au mercredi 14 juin 1922 du calendrier grégorien, El Hadj Abdoulaye NIASS quitta ce monde terrestre ». Son fils aîné, Khalifa El Hadji Mouhamad Niass, lui succéda à la tête de la communauté.