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De la hantise du désordre à la poudrière régionale, la doctrine de Mohammed ben Zayed
Alors que les Émirats arabes unis essuient les frappes inédites de Téhéran, le chercheur américain Robert F. Worth décrypte les impasses de la stratégie d'endiguement militaire et d'autocratie modernisatrice menée par Abou Dhabi.
 
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1005178
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(SenePlus) - L’évolution géopolitique du Moyen-Orient contemporain s'articule désormais autour de figures de proue dont les ambitions redéfinissent les équilibres continentaux. Parmi ces acteurs incontournables, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, communément appelé MBZ, incarne une vision stratégique singulière que documente une analyse majeure publiée le 24 mai 2026 par le journaliste Mathéo Malik pour la revue Le Grand Continent. Cet article s'appuie sur le témoignage exclusif de Robert F. Worth, ancien chef de bureau du New York Times à Beyrouth et contributeur pour The Atlantic. Fort d'un accès privilégié au dirigeant émirati, l'expert américain dresse le portrait d'un homme hanté par la hantise de l’instabilité, qu’il qualifie de véritable Metternich du Golfe.

Selon les explications détaillées par Robert F. Worth au cours de cet entretien, l'ossature de la doctrine de Mohammed ben Zayed repose historiquement sur le rejet viscéral de deux dynamiques qu'il considère comme existentielles et mortelles pour son pays. D'une part, l'expert met en avant l'opposition de MBZ à l'islam politique sunnite, et d'autre part, son endiguement de l'impérialisme chiite porté par la République islamique d'Iran. Durant plus d'une décennie, Abou Dhabi a ainsi bâti un ordre régional visant à contenir ces deux poussées simultanées, façonnant une politique étrangère agressive. C'est cette architecture contre-révolutionnaire, pensée pour sanctuariser le Golfe, que le chercheur américain voit aujourd'hui se confronter à des secousses inédites.

L'actualité immédiate au printemps 2026, marquée par l'escalade directe des hostilités avec Téhéran, vient bousculer ce modèle, comme le souligne le constat central de l'entretien mené par Mathéo Malik. Robert F. Worth rappelle que les Émirats subissent de plein fouet les contrecoups d'une guerre ouverte avec l'Iran, qualifiée dans ses colonnes de pire menace sécuritaire et économique pour le pays depuis des décennies. L'analyste cite des chiffres édifiants : l'Iran a projeté près de 3 000 missiles et drones sur le territoire émirati au cours des seuls mois de mars et avril. Cette agression directe, observe l'expert, a provoqué une onde de choc au sein de la fédération, entraînant le départ d'expatriés et brisant l’illusion d'une coexistence pacifique.

Face à cette offensive d'envergure, le chercheur décrit un président émirati naviguant désormais dans un environnement caractérisé par une incertitude radicale. Robert F. Worth insiste sur le fait que le blocage persistant du détroit d'Ormuz, artère vitale pour le commerce mondial, affecte lourdement les capacités d'exportation d'énergie du pays, malgré les pipelines terrestres alternatifs. Cette asphyxie logistique s'inscrit, selon l'analyse de l'expert publiée par Le Grand Continent, dans un contexte plus large de conflagration régionale où Abou Dhabi se retrouve contraint de gérer simultanément plusieurs fronts ouverts.

Le cas du Soudan est mis en avant par l'expert américain comme l'illustration parfaite de la transposition opérationnelle de cette grille de lecture sécuritaire sur le continent africain. Robert F. Worth décrypte le choix d'Abou Dhabi d'appuyer financièrement et militairement les Forces de soutien rapide de Hemedti dès le déclenchement de la guerre civile en 2023, une stratégie visant avant tout à barrer la route à al-Burhan, perçu par MBZ comme un allié des Frères musulmans soudanais. Au-delà de cette lutte idéologique, l'intervenant pointe des intérêts hautement pragmatiques, notamment le contrôle et le raffinage à Dubaï de l'or soudanais, indispensable pour protéger les immenses investissements agricoles émiratis dans la région.

Cette implication s'inscrit dans une rupture profonde avec la posture historique des Émirats, autrefois cantonnés au rôle de puissance commerciale prudente, un tournant que Robert F. Worth attribue directement à l'influence de Mohammed ben Zayed. De l'Égypte en 2013 à la Libye aux côtés du maréchal Haftar, en passant par l'engagement militaire au Yémen et l'embargo contre le Qatar, l'expert retrace une logique implacable de confinement des forces islamistes et pro-iraniennes. Pour le dirigeant émirati, tel que le rapporte le politologue dans les pages de la revue européenne, ces différentes factions ne sont que les visages d'un même fléau visant à détruire les structures de l'État moderne.

Les origines de ce positionnement dogmatique sont également explorées par Robert F. Worth, qui rappelle un paradoxe marquant de la jeunesse du souverain, dont l'éducation avait été un temps confiée à un enseignant égyptien affilié aux Frères musulmans. Si le jeune prince s'est montré réceptif à cet univers, l'expert explique qu'il a rapidement conclu que les ambitions politiques des islamistes menaçaient directement la survie des monarchies. Le traumatisme des attentats du 11 septembre 2001 a achevé de sceller sa conviction, déclenchant, selon les recherches du journaliste américain, une refonte complète de l'appareil sécuritaire national et une réécriture des programmes scolaires.

Pour contrer l'attrait des idéologies religieuses, l'expert souligne que MBZ s'est attelé à l'édification d'un modèle de société alternatif, cherchant à transformer les Émirats en une sorte de Singapour arabe. Robert F. Worth décrit ce projet civilisationnel comme une autocratie technologiquement avancée, performante sur le plan économique et résolument libérale sur le plan des mœurs sociales. À travers la modernisation de la bureaucratie et la diversification hors du secteur pétrolier, le dirigeant ambitionne, selon l'analyse livrée à Mathéo Malik, de forger une identité nationale forte capable de résister aux assauts extérieurs.

La dimension militaire occupe une place centrale dans cette entreprise de refondation, un aspect sur lequel Robert F. Worth insiste particulièrement en rappelant la fascination de MBZ pour la chose stratégique. L'instauration du service militaire obligatoire participe de cette volonté de fabriquer des citoyens disciplinés, rompant avec la passivité supposée liée à la rente pétrolière. Cette obsession de la préparation au combat, note l'expert, a longtemps favorisé un alignement étroit avec Washington, le Pentagone ayant massivement investi dans la formation des forces émiraties au point de faire d'Abou Dhabi le partenaire le plus redoutable de la région.

Ce partenariat historique avec les États-Unis subit toutefois de profondes mutations, Robert F. Worth rappelant le sentiment de désengagement progressif de Washington de l'arène moyen-orientale depuis l'administration Obama. Face à l'inaction perçue des alliés occidentaux devant la montée des périls, l'analyste observe que les Émirats ont choisi d'assumer une autonomie stratégique croissante, oscillant entre démonstrations de force et diplomatie discrète. L'expert mentionne qu'à partir de 2019, conscient qu'une confrontation totale détruirait l'économie de son pays, MBZ a ouvert des canaux de discussion avec Téhéran, illustrant la complexité d'un positionnement qui cherche à contenir l'adversaire sans provoquer l'irréparable.

L'entretien publié par la revue Le Grand Continent met en exergue le paradoxe amer auquel fait face aujourd'hui le président émirati, selon les conclusions de ses deux auteurs. L'homme qui a passé plus d'une décennie à militariser son environnement pour prévenir l'effondrement du monde arabe se retrouve désormais au cœur d'une crise régionale majeure. L'équilibre subtil qu'il a tenté de maintenir entre endiguement de l'Iran et développement économique est mis à rude épreuve par la réalité des missiles qui frappent son territoire, forçant ce que Robert F. Worth qualifie de Metternich du Golfe à réinventer les contours de sa diplomatie.

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