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Contraste saisissant pour la grève nationale des transporteurs routiers
Si la région de Dakar a globalement ignoré le mot d'ordre pour maintenir une mobilité presque normale, les villes de l'intérieur du pays se sont réveillées totalement paralysées ce lundi
 
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1003717
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La grève nationale de 72 heures déclenchée depuis hier, lundi 30 mars 2026, par la Fédération des Syndicats des transports routiers, regroupant au moins quatorze syndicats et regroupements des transports routiers, a connu fortunes diverses. Contrairement à l’intérieur du Sénégal où la mobilité des personnes a été paralysée, dans la région de Dakar, le mouvement d’humeur a été un échec.

Dans Dakar et sa banlieue, la grève nationale de 72 heures déclenchée depuis hier, lundi 30 mars 2026, par quatorze syndicats et regroupements des transports routiers, réunis au sein de la Fédération des Syndicats des transports routiers, n’a pas été bien suivi par les acteurs ; même si le secteur des transports urbain s’est retrouvé perturbé. En plus des bus de la société de transport public Dakar Dem Dikk qui a maintenu ses services, plusieurs minibus de l’Association de financement des transports urbain (AFTU), des cars « Ndiaga-Ndiaye », des taxis urbains et autres moyens de transports en commun n’ont pas respecté le mot d’ordre. En atteste, à Keur Massar, un département-carrefour qui accueille ou par lequel passe l’essentielle des minibus AFTU qui desservent la région de Dakar, toutes les lignes ou presque étaient de service. 

Dakar se désolidarise

Mieux, dans un communiqué de presse publié dans la journée d’hier, lundi 30 mars 2026, le Conseil exécutif des transports urbaines durables (CETUD) dévoile les dispositions prises par les autorités pour la continuité de la mobilité des personnes en toute sécurité durant cette période de mouvement d’humeur des transporteurs privés. « Sous l'impulsion du Ministère des Transports terrestres et aériens (MITTA), le Conseil exécutif des Transports urbains durables (CETUD) informe les usagers et l'ensemble des populations que, face au mouvement de grève initié par certains syndicats, des dispositions ont été prises afin d'assurer la continuité du service public de transport dans la région de Dakar. L'ensemble des opérateurs du réseau de transport urbain, notamment Dem Dikk, l'AFTU et Dakar Mobilité (BRT), sont pleinement mobilisés pour répondre aux besoins quotidiens de déplacement des populations », indique l’autorité. Et le CETUD de préciser : « Afin de mieux accompagner les usagers, des dispositions spécifiques ont été mises en place pour renforcer l'offre de transport, avec une exploitation qui pourrait être prolongée jusqu'à 22h sur les principales lignes du réseau ». Toutefois, il reconnait quelques perturbations dans certaines gares AFTU de Dakar. « S'agissant spécifiquement du réseau exploité par les opérateurs affiliés à l'AFTU, il est constaté qu'environ 98% du service est assuré, avec quelques perturbations relevées dans certaines gares. À cet effet, les Forces de défense et de sécurité ont été mobilisées afin de garantir la sécurité des personnels et des usagers », lit-on dans le document dans lequel « Le CETUD appelle l'ensemble des acteurs à privilégier le dialogue et la concertation, dans l'intérêt supérieur des populations ». 

Menaces de représailles et « brigades » anti-défaillants pour faire respecter le mot d’ordre dans les régions 

Bref, il n’y a pas que les minibus AFTU qui ont assuré hier. Le même constat est fait à la gare routière des « Ndiaga-Ndiaye » (de la commune de Keur Massar) où le trafic voyageur n’a connu aucune interruption ; il y avait des cars sur toutes les pites de départ pour différents quartiers ou destinations à Dakar. Quid des taxis urbains, des taxis « clandos » et autres véhicules de transports de passagers qui ont également fait fi de l’appel de leurs syndicats. Cependant, la situation à Dakar et sa région contraste d’avec celle constatée dans des régions, particulièrement à Matam et Kaolack où le secteurs des transports en commun a été complétement paralysé ; une paralysie qui s’explique grandement par des menaces de représailles des acteurs contre ceux des leurs qui ne respecteraient pas le mot d’ordre, avec des « brigades » installées au niveau des entrées/sorties principales des localités et dans les gares routières pour imposer le respect de leur décision. 

Les revendications des transporteurs 

Les grévistes ont mis sur la table du gouvernement des revendications d’ordre juridique et institutionnel. Ils dénoncent le refus, selon eux, des autorités de reconnaître officiellement la fédération syndicale constituée le 16 février 2026, qu’ils interprètent comme une tentative délibérée de fragiliser leur mouvement et d’en contester la légitimité. Les transporteurs s’insurgent également contre ce qu’ils qualifient de « harcèlement » et « corruption » persistants sur les routes du pays. Ils réclament à cet égard l’application effective des accords déjà conclus sur la réduction des points de contrôle, des engagements qu’ils estiment non respectés par les autorités compétentes. 

En outre, les grévistes déplorent un « manque de sérieux » et le non respect des « procédures » dans le cadre des discussions avec le gouvernement, une attitude qu’ils jugent peu propice à un dialogue constructif. Il y a aussi le rappel, par le ministre des Transport terrestres et aérien de tous les minibus communément appelés « Cheikhou Charifou » pour des visites techniques obligatoires à Dakar dans u délais de 2 mois. Des véhicules de transport interurbain souvent au cœur de plusieurs accidents corporels et mortels de la circulation et dont l’excès de vitesse des conducteurs sur les routes nationales intrigue plus d’un. 

Kaolack, le mot d'ordre largement suivi

La grève nationale déclenchée hier, lundi 30 mars 2026, par la Fédération des Syndicats nationaux du transport routier pour une durée de trois (3) jours (les 29, 30 et 31 mars) a été largement suivie dans la région de Kaolack. 

Dès 6 h du matin, le système du transport routier est à l'arrêt. Partout dans les différentes gares routières de Kaolack, les pistes et hangars de stationnement sont désertés. Pas l'ombre d'un seul véhicule de transport en commun ; ni de véhicule de transport interurbain encore moins de taxis urbains n'est aperçu dans ces grands espaces publics habitués à accueillir du monde. En ville et au niveau des différentes artères, les nombreux embouteillages qu'on a l’habitué de voir et surmonter durant les heures de pointe se sont subitement effrités ; ce qui, du coup, a rendu la circulation totalement fluide. 

A la hauteur des quatre (2) sorties de ville, les grévistes ont décidé d'envoyer des équipes de surveillance pour s'assurer véritablement du respect du mot d'ordre et interdire tout véhicule de transport en commun de sortir. Ces équipes sont renforcées par d'autres "brigades" circulant en permanence dans les ruelles et partout sur les lieux stratégiques de la ville pour observer et si possible immobiliser les véhicules d'éventuels récalcitrants. 

Concernant le reste des gares routières de Nioro, Guinguinéo, Kaffrine, Fatick, Mbirkelane, Ndoffane et autres, les collaborateurs du président national des chauffeurs, Dame Lô, n'ont pas dérogé à la règle et ont préféré suivre au pas leurs camarades des autres régions, départements et communes. Ceci dans une ambiance d'inquiétudes, en ce sens que, sur le terrain, les populations éprouvent beaucoup de peines pour se déplacer. Car, faute de moyens de transport qu’elles étaient habituées à utiliser dans leurs déplacements, les populations sont alors obligées de prendre des charrettes, motos-taxis "Jakarta" pour vaquer à leurs occupations. Parfois même louer les services des motos "Jakarta" ou prendre les véhicules du transport parallèle communément appelés "War Gaïndé" pour rallier une ville à une autre dans la région ou le reste du pays. Le président national des chauffeurs et transporteurs, Dame Lô, qui s'est confié à la presse hier, tard dans la matinée, s'est dit satisfait de la solidarité dont ses pairs du secteur des transport terrestre ont fait montre en ce début des 72 h de grève. Il a par principe annoncé que son syndicat, leur fédération, n'exclut pas d’entamer un dialogue avec l'État dans le but de confronter les mesures édictées par le gouvernement à la plateforme revendicative des professionnels du transport. Un éventuel dialogue pour lequel les syndicats brandissent comme priorités la levée de l'arrêté interdisant le transport interurbain à partir de 00 h, le choix exclusif de Dakar pour abriter les opérations de visite technique pour une catégorie de véhicule, et la concurrence jugée déloyale imposée par des véhicules privés non réglementés. 

Saint-Louis paralysée, Les populations entre difficultés quotidiennes et appel urgent au dialogue

La grève des transporteurs routiers du Sénégal a été durement ressentie hier, lundi 30 mars 2026 à Saint-Louis où une grande partie du réseau de transport urbain et interurbain est restée à l’arrêt. A l’exception de quelques minibus de type Tata et des motos Jakarta visibles sur certaines artères de la ville, l’essentiel des moyens de déplacement a disparu du paysage.

Cette situation a fortement perturbé la mobilité des populations tout au long de la journée avec des répercussions immédiates sur les activités économiques et sociales. Face à ces désagréments, de nombreux usagers appellent l’Etat et les transporteurs grévistes à privilégier le dialogue afin de parvenir à une issue rapide et apaisée. À l’image de plusieurs autres régions du pays, le mot d’ordre de grève a été largement suivi dans la capitale du Nord, rendant particulièrement difficile l’accès aux lieux de travail, aux services administratifs et aux structures de santé. 

A l’image de plusieurs autres régions du pays, le mot d’ordre de grève des transporteurs routiers du Sénégal est largement suivi dans la capitale du Nord, rendant particulièrement difficile l’accès aux lieux de travail, aux services administratifs et aux structures de santé. Les rares véhicules en circulation n’ont pas suffi à répondre à la demande, plongeant de nombreux habitants dans une situation de quasi-immobilité. Les motos Jakarta, en particulier, ont tenté de pallier ce déficit, sans compenser l’absence des autres moyens de transport. 

Dans ce contexte, les témoignages recueillis traduisent un profond désarroi. « C'est très difficile parce qu'on constate que nos déplacements relèvent d’un parcours du combattant. Les transporteurs routiers sont en grève et c’est très difficile pour nous parce que ce n'est pas favorable à la population. Chaque jour les gens veulent se déplacer d’un point A vers un point B. Mais si cela ne peut pas se faire, sûrement il y aura des conséquences », a laissé entendre un passant sous le couvert de l’anonymat. 

Rencontré sur l’avenue Macky Sall, anciennement Général De Gaulle, cet homme accompagnait son épouse souffrante vers une structure hospitalière, illustrant concrètement les difficultés engendrées par la paralysie du transport. Il a poursuivi en soulignant l’ampleur des contraintes imposées aux usagers. « C'est une situation difficile et pénalisante parce que nous ne pouvons pas vaquer à nos occupations. Nous ne trouvons aucun véhicule pour nous convoyer », a-t-il déploré. De manière générale, les populations rencontrées s’accordent à dire que cette grève ne sera pas sans conséquences sur l’économie locale et nationale. Elles estiment que le transport constitue un maillon essentiel du fonctionnement économique et social. « Cela va impacter sur l'économie parce que qui dit transport dit économie. Donc le transport est un secteur très important pour permettre aux populations de regagner leurs lieux de travail. Nous invitons les transporteurs à réduire leur mot d’ordre de grève de 72 heures », ont-elles préconisé, tout en appelant les autorités publiques et les grévistes à engager des discussions constructives pour mettre fin à cette situation jugée éprouvante. 

Toutefois, cette conjoncture défavorable pour la majorité des usagers semble profiter à certains acteurs. Les conducteurs de motos Jakarta, en particulier, tirent avantage de la rareté des moyens de transport conventionnels et voient leur activité connaître un regain notable, confirmant ainsi que dans un contexte de crise, certains segments informels peuvent temporairement combler les défaillances du système 

Matam, entre contestation des réformes et détresse des usagers

De Oréfondé à Dembancané, en passant par Ourossogui, Vélingara Ferlo, et Bakel, l’ensemble de la région de Matam a connu hier, une interruption quasi-totale des activités de transport en raison de la grève massivement suivie par les chauffeurs et transporteurs. Les gares routières habituellement animées, ont été désertées, traduisant l’ampleur du mouvement et ses effets immédiats sur la vie économique et sociale. Cette mobilisation s’inscrit dans un contexte de fortes tensions entre les professionnels du transport et les autorités, autour de réformes jugées contraignantes. Mamadou Thioub, président de la gare routière d’Ourossogui et représentant des transporteurs de la région de Matam, met en lumière les motivations derrière cette mobilisation. Il dénonce un « harcèlement » systématique et une succession de mesures qu’il considère comme pénalisantes pour le secteur. Selon lui, ces dispositions viennent aggraver des difficultés déjà persistantes et fragilisent davantage une activité essentielle à la mobilité des populations. Parmi les réformes mises en cause figure la réduction du nombre de passagers autorisés dans les véhicules de transport. Les minibus de 19 places ont ainsi été limités à 15 passagers, une mesure que les transporteurs affirment avoir acceptée dans un esprit de compromis. 

Toutefois, Mamadou Thioub souligne qu’en moins d’un an, d’autres exigences sont venues s’ajouter à cette première contrainte, accentuant le sentiment d’incompréhension et de surcharge réglementaire. Il indique notamment que les minicars assurant les liaisons interurbaines et disposant d’une capacité comprise entre 12 et 19 places sont désormais tenus de se rendre à Dakar dans un délai de deux mois pour y effectuer leurs visites techniques. Cette obligation logistique et financière est perçue comme particulièrement lourde pour les transporteurs basés dans des zones éloignées. 

Par ailleurs, certaines catégories de véhicules ont vu leur capacité réduite à 11 passagers, ce qui affecte directement leur rentabilité. Le responsable évoque également une mesure supplémentaire qui suscite de vives inquiétudes au sein de la profession, à savoir la menace de retrait de la carte grise pour les véhicules anciens. Dans ce contexte, il rappelle la précarité dans laquelle évoluent de nombreux acteurs du secteur. Il affirme que « dans un pays où les conditions de vie sont de plus en plus difficiles, l’État devrait soutenir les transporteurs qui se battent pour maintenir leur activité au prix d’énormes sacrifices ». Face à l’accumulation de ces contraintes, les syndicats et représentants des transporteurs ont donné pour consigne aux chauffeurs de cesser toute activité et de rester chez eux. Cette décision a entraîné un arrêt complet des transports publics privés dans la région, avec des conséquences immédiates pour les populations. Les habitants, privés de moyens de déplacement habituels, se voient contraints de recourir à des alternatives souvent coûteuses et peu sécurisées, telles que les motos-taxis dites Jakarta, les charrettes ou encore des véhicules non réglementés communément appelés « clandos ». Cette situation engendre une hausse notable des tarifs de transport. Pour une distance d’environ dix kilomètres, les coûts varient désormais entre 1 000 et 3 000 francs CFA selon le moyen utilisé, ce qui pèse lourdement sur les budgets des ménages. Les voyageurs souhaitant rejoindre des destinations plus éloignées, telles que Dakar, Bakel ou Saint-Louis, se trouvent confrontés à des difficultés encore plus importantes, accentuant le sentiment d’isolement de la région. 

Dans l’ensemble, cette crise met en lumière les tensions qui traversent le secteur du transport, entre impératifs de régulation et réalités économiques des acteurs. Elle souligne également l’urgence d’un dialogue approfondi entre les autorités et les professionnels afin de concilier exigences de sécurité, viabilité économique et continuité du service public de transport. 

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