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Felwine Sarr analyse l'échec du tandem Faye-Sonko comme symptôme d'institutions à réinventer
Face à la confusion politique qui secoue le pays, l'intellectuel appelle à repenser en profondeur les formes institutionnelles héritées de la colonisation. Un changement qui "met du temps à advenir"
 
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1005179
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  • https://www.youtube.com/watch?v=9GUWYXW2kno

(SenePlus) - "On a eu un duo qu'on souhaitait être en tandem et qui a montré ses limites", constate Felwine Sarr à propos de la situation politique sénégalaise actuelle. L'intellectuel et économiste, interrogé sur France Inter ce lundi 25 mai, a analysé la crise entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, récemment limogé.

"On a souhaité, on a espéré qu'ils deviennent un tandem et qu'ils inaugurent une forme inédite de gouvernance", explique Sarr. Mais la réalité s'est imposée : "les logiques institutionnelles du pouvoir ont pris le pas". Une situation d'autant plus paradoxale que c'est précisément grâce à la popularité d'Ousmane Sonko que Bassirou Diomaye Faye est arrivé au pouvoir, et que le parti de Sonko domine aujourd'hui l'Assemblée nationale.

Pour l'auteur de "La Fabrique du Présent" (éditions Philippe Rey), cette crise s'inscrit dans un contexte plus large. "On a eu trois ans de difficultés, on s'en est sorti, je trouve, de manière admirable", souligne-t-il, évoquant la mobilisation de la jeunesse et les turbulences qui ont précédé l'arrivée au pouvoir du nouveau régime.

Mais le penseur sénégalais refuse d'y voir une fatalité. "Le changement profond met du temps à advenir", tempère-t-il, qualifiant ces événements de "péripéties de la vie politique". Ce qui l'intéresse davantage, c'est la leçon à en tirer : "Ce que ça m'inspire, c'est la nécessité de repenser les formes institutionnelles dans nos espaces et de les réinventer."

Questionner le modèle sans rejeter la démocratie

Face à l'interrogation sur la nécessité de remettre en cause le modèle de démocratie représentative, Sarr est catégorique : "Je suis profondément pour la démocratie." Mais il précise immédiatement : "Je pense que les formes institutionnelles qu'elle doit prendre doivent être inventées et que les valeurs de la démocratie sont centrales. Le partage du pouvoir, l'équilibre, le partage du bien-être, la participation."

Le problème, selon lui, réside dans le "copier-coller institutionnel qui vide la démocratie de son contenu". "Chaque histoire singulière doit penser quelles formes institutionnelles assurent cela", insiste-t-il, évoquant la palabre comme exemple de forme politique ancrée dans les traditions africaines.

Pour comprendre la situation actuelle du Sénégal, pays pourtant pionnier de la démocratie sur le continent avec Léopold Sédar Senghor, Sarr invite à remonter aux indépendances. "Lorsque le colon est parti, il a laissé ses formes institutionnelles, il a laissé sa langue, il a laissé ses savoirs, il a laissé ses formes économiques", rappelle-t-il.

"C'est ce qui s'est passé depuis 50-60 ans", poursuit l'intellectuel. Ces matrices "déterminent la marche des sociétés" et ont "réduit la possibilité de la créativité de formes de vie autres". D'où son appel : "Les nations africaines ont une culture institutionnelle ancienne, plurielle, diverse, et il y a un répertoire pour aller chercher des formes qui assurent des valeurs démocratiques, mais qui sont inscrites dans les imaginaires des communautés."

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