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La CAF vend la CAN à prix d'or aux Africains
Invité de Jury du Dimanche ce 14 décembre sur iTV, Abdoulaye Sakho a dressé un réquisitoire sans concession contre le modèle économique du football africain, entre droits TV prohibitifs, exportation massive des talents et reconversion négligée des sportif
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=kXCvz_oYI8c

L'universitaire et spécialiste du droit du sport était l'invité de l'émission Jury du Dimanche (JDD) ce dimanche 14 décembre 2025, sur iTV. Il a abordé l'histoire de la CAN, l'économie du football africain et la nécessité d'une meilleure reconversion des sportifs.

Abdoulaye Sakho revient sur l'évolution de la Coupe d'Afrique des Nations depuis sa création. "La CAN a été créée en 1956 lors d'un congrès de la FIFA. Il y avait des délégués africains qui se sont retrouvés là-bas et qui ont voulu dire à la FIFA : nous aussi, il faut qu'on existe du point de vue compétition", explique-t-il sur iTV.

La première édition en 1957 ne comptait que trois nations : l'Éthiopie, le Soudan et l'Égypte, le Soudan remportant ce premier tournoi. "L'Afrique du Sud devait participer mais on avait demandé de présenter une équipe multiraciale. Ils ont refusé", précise le professeur.

L'édition 2025 au Maroc sera la 35e et marquera un tournant historique. "Ce sera la première fois qu'on va avoir 24 nations avec l'idée que ces 24 nations ont toutes été qualifiées au moins une fois en CAN. Donc toutes les nations ont l'expérience de la CAN", souligne-t-il.

Le spécialiste du droit du sport tire la sonnette d'alarme sur le modèle économique de la Confédération Africaine de Football (CAF). "Ce qui finance le sport aujourd'hui, c'est la télévision. Quand vous prenez les bilans de la FIFA et de la CAF, les droits de télévision occupent presque la moitié des ressources", analyse-t-il sur le plateau de JDD.

Il dénonce particulièrement les tarifs prohibitifs imposés aux diffuseurs africains. "La CAF, propriétaire du spectacle, a décidé de donner à quelqu'un le soin de commercialiser. C'est une chaîne de télévision basée au Togo. Si le Sénégal voulait montrer les 52 matchs, c'est presque 2 milliards [FCFA]. Est-ce que la RTS peut faire cela ?", s'interroge-t-il.

Pour Abdoulaye Sakho, il est urgent de repenser ce modèle. "Il faudrait qu'on regarde le modèle à nouveau parce que l'équipe nationale a un statut qui n'est pas le statut d'une société privée. Quand l'équipe nationale joue, normalement tout le monde doit le voir", plaide-t-il, rappelant que "l'équipe nationale porte les couleurs nationales, elle réunit et fédère toute la nation".

L'universitaire déplore "une sorte de réservoir" où l'Afrique subit plus qu'elle ne profite du football. "Nos talents ne s'exposent pas sur le marché local. Le spectacle local n'est pas très bon, ils le savent, il n'est pas rentable et nos talents s'exportent sur le spectacle européen", constate-t-il.

Il révèle que "certains centres de formation dans beaucoup de pays africains appartiennent à des clubs de l'autre côté [en Europe]. C'est une sorte de réservoir pour ces clubs-là. Ils viennent sécuriser [les talents] dès le départ".

Le professeur observe également une évolution dans les rôles assignés aux footballeurs africains. "Pendant longtemps, les joueurs créateurs, c'était plutôt les Sud-américains et les pays de l'Est. Les joueurs défenseurs, c'était nous. On venait chercher des défenseurs ici", explique-t-il, saluant toutefois l'émergence de joueurs comme Lamine Camara qui "arrive à dribbler comme du temps des Mactar Ndiaye".

La reconversion, un enjeu majeur négligé

Abdoulaye Sakho insiste sur l'urgence de penser à la reconversion des sportifs. "Le sportif pense à sa reconversion dès le début, dès le départ où il dit que moi je vais être sportif", affirme-t-il. "Pendant que vous êtes en activité, c'est pendant cette période-là qu'on se prépare."

Il critique le manque de formation des footballeurs africains. "Nos jeunes footballeurs, quand ils quittent ici et qu'ils sont en activité, dès qu'ils arrivent dans un pays, ils prennent un professeur de langue. Les gosses maintenant parlent anglais, arabe. Pourquoi ils ne se forment pas à un métier ?", questionne-t-il.

Le spécialiste pointe du doigt le système éducatif sénégalais. "Aux États-Unis, les champions vont à l'université. Pourquoi nous, on ne peut pas mettre nos champions à l'université ? Parce que nous avons un système qui nous dit : vous n'avez pas le bac, vous ne pouvez pas", déplore-t-il.

Il propose la création d'un "bac sport" spécialisé en gouvernance et gestion sportive, ainsi qu'un "statut du sportif de haut niveau" permettant leur intégration dans la fonction publique après leur carrière. "Cette équipe de football de 2002, ce qu'elle a fait, aucun diplomate sénégalais ne peut le faire. Il faut trouver des équivalences et des passerelles", plaide-t-il.

Le professeur met en garde contre les dangers des paris sportifs qui, selon lui, "sont en train de bousiller le sport". Il cite l'exemple du match Sénégal-Afrique du Sud pour les éliminatoires de la Coupe du monde. "Cet arbitre avait été influencé par les parieurs. Les parieurs avaient décidé que le Sénégal était favori. Pour avoir le jackpot, il fallait que l'Afrique du Sud gagne. L'arbitre a été approché. On a vu dans des transactions bancaires des choses, c'est comme ça qu'on a rejoué le match", révèle-t-il.

Il alerte également sur l'implication de certains sportifs. "Aujourd'hui, il y a même des sportifs qui parient sur des matchs qu'eux-mêmes sont en train de jouer. Il y a quelques années, des handballeurs français très connus pariaient sur des matchs", rappelle-t-il.

Interrogé sur les chances du Sénégal lors de la prochaine CAN au Maroc, Abdoulaye Sakho se montre confiant. "Si Sadio [Mané] le dit, moi je le crois. Lui, il est acteur, il est à l'intérieur et il sait l'état d'esprit dans lequel ils sont", déclare-t-il.

Il souligne la solidité défensive de l'équipe nationale. "L'équipe du Sénégal, telle qu'elle est conçue actuellement, est l'une des équipes les plus difficiles à manœuvrer au monde. Elle ne prend pas beaucoup de buts. Il a fallu le Brésil, un grand Brésil, pour nous mettre 2-0", analyse-t-il, rappelant que seule l'Angleterre a inscrit trois buts contre les Lions lors de la dernière Coupe du monde, "avec une équipe affaiblie" par les blessures de Sadio Mané, Idrissa Gana Gueye et d'autres cadres.

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