Au Sénégal, les agriculteurs réaffirment leur détermination à faire reconnaître les semences paysannes et dénoncent leur marginalisation par la politique semencière, alors même qu’elles sont utilisées dans plus de 80 % de la production agricole. La foire locale des semences paysannes, tenue du 14 au 16 avril 2026 à Ndiémane, dans le département de Mbour, a été l’occasion pour les paysans de défendre ces semences traditionnelles.
En marge de cette foire, Science au Sud a interrogé le responsable du mouvement paysan, Lamine Biaye. « La semence est aujourd’hui le seul moyen qui reste pour dominer l’humanité. Ils nous ont dominés partout. Aujourd’hui, la domination qui reste consiste à aller vers l’accaparement de la matière végétale », dénonce Lamine Biaye, producteur agricole et président de l’Association sénégalaise des producteurs de semences paysannes (ASPSP).
Les agriculteurs tiennent absolument à leurs semences traditionnelles pour préserver une agriculture ancestrale, biologique et s’insurgent contre les pratiques de l’agriculture industrielle, qu’ils considèrent comme une forme d’impérialisme. Lamine Biaye rappelle l’historique du combat des paysans contre la stigmatisation des semences paysannes.
« Notre résistance a commencé depuis la création de notre structure en 2003. Nous résistons d’abord à la non-reconnaissance de nos semences. Nous voulons qu’elles soient reconnues. Nous les avons défendues avec beaucoup d’énergie. Pourtant, dans tous les pays de la sous-région, et particulièrement au Sénégal, plus de 80 % des paysans utilisent les semences paysannes », explique-t-il.
Aussi vieilles que le monde, les semences paysannes ont toujours été produites par les agriculteurs dans le cadre de l’agriculture traditionnelle. Elles sont restées saines, naturelles et durables. Mais, selon les acteurs du mouvement paysan, le capitalisme agricole cherche aujourd’hui à se les approprier, à les transformer ou à imposer leurs conditions d’utilisation dans une logique de profit.
Selon eux, plusieurs États africains se sont engagés dans des accords internationaux inspirés des modèles agricoles occidentaux. Conséquence : les semences traditionnelles, au cœur de l’agroécologie et de l’agriculture familiale, sont marginalisées, plaçant les paysans dans une forme d’illégalité.
L’agriculture traditionnelle subirait ainsi les diktats des grandes firmes internationales de semences et d’intrants chimiques, avec des conséquences importantes sur les sols, la biodiversité et les conditions de travail des agriculteurs. Au Sénégal, depuis plus de deux décennies, les paysans s’organisent pour résister à ce qu’ils qualifient d’« impérialisme semencier ». C’est dans ce contexte que l’ASPSP a organisé, du 14 au 16 avril 2026 à Ndiémane, la première édition de la foire locale des semences paysannes. Cette rencontre visait à promouvoir, partager et défendre les semences paysannes ainsi que les pratiques agroécologiques.
Selon Lamine Biaye, les paysans sont aujourd’hui dans une posture de « désobéissance civile », mais une désobéissance qu’il qualifie de « pacifique ».