Figure emblématique de la gauche sénégalaise, Mamadou Wane Mao observe avec espoir, mais aussi vigilance, les premiers pas du régime Diomaye-Sonko. Ancien opposant au pouvoir de Senghor et acteur de la vie politique depuis les années 60, ce sociologue engagé salue l’amorce d’une gouvernance plus éthique et souveraine, tout en fustigeant une justice qu’il juge encore trop lente et inégale dans le processus de moralisation de la vie publique enclenché par le nouveau régime.
Sociologue et militant de la gauche sénégalaise, Mamadou Wane Mao fait partie de ces figures rares qui ont traversé, en acteur et témoin privilégié, toutes les grandes étapes du Sénégal indépendant. Opposant dès les premières années du régime de Léopold Sédar Senghor, son engagement lui valut à plusieurs reprises la prison, aux côtés de ses camarades de lutte.
Aujourd’hui à la retraite, Mamadou Wane reste fidèle à ses idéaux. Membre du mouvement Sursaut citoyen, il a pris part à l’élaboration du Pacte national de bonne gouvernance, soumis aux candidats à la dernière élection présidentielle. Ce document, qui prône transparence, justice et intégrité dans la gestion publique, reste pour lui une boussole morale et politique pour refonder la confiance entre l’État et les citoyens.
Dans cette interview exclusive accordée à SenePlus, l’universitaire livre une analyse sans détour de la gouvernance du tandem Diomaye–Sonko, de la reddition des comptes et de la justice sénégalaise. Il se dit profondément optimiste face à cette alternance qu’il considère comme un tournant majeur de l’histoire politique du pays :
« On sent une volonté de rupture et une recherche d’éthique dans la gestion publique. Cela se traduit par la renégociation de contrats miniers qui, jusque-là, appauvrissaient le Sénégal, ou encore par une meilleure organisation du foncier », confie-t-il.
Mais cet espoir n’exclut pas la critique. Sur le terrain judiciaire, Mamadou Wane Mao ne cache pas son impatience :
La justice tarde à faire son travail. Beaucoup de dossiers de détournements dorment encore bien que documentés par des organes hibilités. Et quand certains sont convoqués, ils ressortent libres, après avoir payé des cautions ridicules.
Pour lui, cette situation alimente le sentiment d’une justice à deux vitesses. L’ancien fonctionnaire des Nations Unies s’interroge même sur la question de la présomption d’innocence, une notion importante en matière de justice.
« Un voleur est un voleur. Soit tu as volé, soit tu n’as pas volé. Il n’y a pas de présomption d’innocence dans le vol collectif d’un peuple », martèle-t-il, dénonçant ce qu’il appelle une “justice de privilèges”.
Mamadou Wane s’insurge contre cette justice qui semble prévue de mansuétude vis-à-vis des puissants, des possédants et des dominants au détriment des pauvres, des démunis et des marginaux de la société
Selon lui, cette conception sélective de la justice est un héritage colonial qu’il faut dépasser pour construire une société réellement juste et responsable. Stupéfait par le non-lieu accordé à Mansour Faye, il estime que la cadence actuelle de la justice n’est pas à la hauteur des attentes du peuple.
Enfin, Mamadou Wane Mao rejette l’idée d’une justice des vainqueurs évoquée par Abdourahmane Diouf, ministre dans le gouvernement de Diomaye Faye. L'ancien militant de gauche estime que la justice n'est même pas faite a fortiori parler de justice des vainqueurs. Ce discours relève de la peur de ceux qui redoutent la vérité. La justice n’appartient à aucun camp ; elle doit simplement être juste