(SenePlus) - Samedi 6 juin, Pastef tient à Dakar son tout premier congrès ordinaire depuis sa fondation il y a douze ans. Un événement longtemps repoussé qui prend, dans le contexte politique actuel, une dimension particulière. C'est ce que décrypte Marième Soumaré dans Jeune Afrique.
La messe est dite avant même que le congrès s'ouvre. « Ce sera une démonstration de force, un plébiscite : l'investiture d'Ousmane Sonko pour 2029 », confie un cadre du parti à Jeune Afrique, reconnaissant lui-même que « ce ne sera pas un vrai congrès ». Seul candidat déclaré à sa propre succession à la tête du parti, Sonko sera réélu sans surprise. Mais l'enjeu dépasse la formalité statutaire. Dans son propre discours de présentation du congrès, il a promis que celui-ci devra « marquer le passage d'un mouvement de rupture, devenu force électorale victorieuse, à un parti pleinement organisé pour conduire la transformation historique du Sénégal ».
En coulisses, la mécanique disciplinaire est déjà enclenchée. Les membres de Pastef ayant intégré le gouvernement Lô en dépit de la ligne officielle du parti ont été éjectés des groupes WhatsApp de leurs coordinations. Leurs « dossiers » seront examinés. « Ils seront auditionnés, avec un rapport circonstancié et une proposition de sanction qui peut aller jusqu'à la radiation », détaille Ansoumana Sambou, membre du comité exécutif, cité par JA. Le ministre de l'Urbanisme Moussa Bala Fofana, reconduit dans ses fonctions, a d'ores et déjà annoncé qu'il quittait Pastef.
La question de Bassirou Diomaye Faye plane également sur le congrès. Cofondateur du parti, il continue de se prévaloir d'un statut de président d'honneur que certains militants souhaitent lui retirer.
Lors de sa conférence de presse du 2 juin, Sonko a confirmé l'existence du fameux « protocole du Cap Manuel », ce pacte conclu en prison selon lequel Faye serait le candidat de 2024, Sonko se réservant 2029. « Je lui avais fait savoir qu'il serait mon candidat pour 2024, car j'avais refusé tout compromis d'un report de la présidentielle. Mais en 2029, je serai candidat », a-t-il déclaré. L'entourage présidentiel dément l'existence de ce pacte.
Pour les militants, la logique est simple. « Dans toutes les formations politiques, c'est le chef de parti qui se présente à la magistrature suprême », insiste un membre du Mouvement national des cadres patriotes cité par Jeune Afrique. « Ousmane Sonko ne sera pas sur la touche lors du prochain scrutin, alors qu'il a fait preuve de générosité en désignant un plan B en 2024. »
Deuxième personnage de l'État depuis son élection à la présidence de l'Assemblée nationale, Sonko dirige néanmoins un parti traversé par des tensions. Sans ministres, sans directeurs généraux, Pastef pourrait voir son implantation régionale s'affaiblir. « Ils sont hors du système », observe un opposant cité par le journal. Une fragilité que le congrès de samedi entend précisément conjurer, par la démonstration du nombre, sinon par le débat d'idées.