Skip to main content
Par El Hadji Amadou Niang
Le flambeau de la paix
EXCLUSIF SENEPLUS - Vingt-huit ans après sa disparition le 26 juin 1998, l'héritage de Maître Alioune Blondin Bèye reste une boussole morale. Hommage à un homme dont la force et le dialogue infatigable continuent d'inspirer la diplomatie internationale
 
ID
1006057
{"id":1006057,"title":"Le flambeau de la paix","subheadline":"EXCLUSIF SENEPLUS - Vingt-huit ans après sa disparition le 26 juin 1998, l'héritage de Maître Alioune Blondin Bèye reste une boussole morale. Hommage à un homme dont la force et le dialogue infatigable continuent d'inspirer la diplomatie internationale","image":"/sites/default/files/2026-06/capture_decran_2025-06-23_a_02.19.15_1_1_0.png","link":"/article/le-flambeau-de-la-paix"}

Vingt-huit ans après le sacrifice de Maître Alioune Blondin Bèye et de nos compagnons de mission

En ce 26 juin 2026, le temps semble suspendre son vol pour nous inviter au recueillement et à la mémoire. Vingt-huit années se sont écoulées depuis ce jour tragique du 26 juin 1998 où le destin frappa avec une implacable cruauté, emportant Maître Alioune Blondin Bèye, Secrétaire général adjoint de l’Organisation des Nations unies et Représentant spécial du Secrétaire général en Angola, ainsi que plusieurs de nos compagnons de mission et de fraternité.

Pour ceux qui les ont connus, aimés et servis à leurs côtés, le temps n’a pas effacé leur présence. Il a seulement transformé leur souvenir en une présence intérieure, silencieuse mais vivante, qui continue d’habiter nos consciences et d’éclairer nos engagements.

Quant à moi, c’est par une grâce céleste dont je mesure chaque jour l’insondable mystère qu’un concours de circonstances aussi providentiel qu’inexplicable m’a, à l’ultime instant, soustrait à l’étreinte tragique de ce destin. Cette survie miraculeuse m’impose depuis lors un devoir de mémoire plus impérieux encore envers ceux que le destin n’a pas épargnés.

Depuis lors, chaque 26 juin est devenu un rendez-vous avec la mémoire, un moment de gratitude, mais aussi de fidélité envers ceux dont les voix se sont tues alors que leur message demeure vivant.

Ce jour-là, dans le ciel africain, notre Beechcraft 200 Super King Air poursuivait une mission porteuse d’espérance. À son bord voyageaient des hommes d’exception, serviteurs dévoués de la paix, de la réconciliation et de la dignité humaine. Diplomates, experts et aviateurs, ils partageaient une même foi dans la force du dialogue et dans la vocation des Nations unies à rapprocher les peuples. À quelques kilomètres d’Abidjan, dans les marécages silencieux de la terre ivoirienne, l’appareil s’abîma brutalement, transformant une mission de service en un sacrifice ultime.

Ce vol ne fut pas un simple voyage ni un déplacement ordinaire. Il portait les espérances du peuple angolais, meurtri par les déchirures d’une guerre fratricide qui avait semé trop de souffrances, trop de deuils et trop de larmes. Il incarnait les efforts inlassables de ceux qui refusaient de se résigner à la fatalité de la violence et croyaient que la paix pouvait renaître des blessures les plus profondes. À son bord voyageaient des hommes convaincus que la parole demeure plus forte que les armes, que la justice peut triompher de la force brute et que la réconciliation reste toujours possible lorsque les consciences choisissent la voie de l’humanité.

Aujourd’hui, ma pensée s’élève avec respect et gravité vers la mémoire de Koffi Adjoyi du Togo, Beandegar Dessande du Tchad, Amadou Moctar Gueye du Sénégal, Ibikunle Williams du Nigeria, Alvaro Costa du Portugal, ainsi que Jason Hunter et Andrew McCurrach, nos courageux pilotes sud-africains.

Leurs noms méritent d’être prononcés avec gratitude et recueillement.

Ils étaient des hommes de devoir, des bâtisseurs de ponts entre les peuples, des artisans de paix au service d’une cause qui dépassait leurs intérêts personnels. Leur disparition a laissé un vide immense, mais leur exemple demeure vivant. Leur engagement continue de rayonner comme une flamme discrète mais indestructible, guidant celles et ceux qui poursuivent aujourd’hui l’œuvre de paix au service de l’humanité.

Au cœur de cette mémoire impérissable se dresse la figure exceptionnelle de Maître Alioune Blondin Bèye.

Certains hommes ne traversent pas seulement leur époque : ils la marquent profondément par la noblesse de leur engagement et la grandeur de leur vision. Maître Alioune Blondin Bèye appartenait à cette rare lignée d’hommes dont la présence élève les consciences, apaise les passions et rassemble les volontés.

Panafricaniste convaincu, diplomate de haute stature et artisan infatigable du dialogue, il incarnait avec une rare dignité les valeurs de tolérance, de fraternité et de paix. Son autorité ne procédait ni du pouvoir ni des honneurs, mais de la force tranquille de sa sagesse, de son intelligence du cœur et de sa profonde foi dans la capacité des hommes à dépasser leurs divisions.

Il portait la paix non comme un discours, mais comme une manière d’être.

Dans les moments les plus délicats, lorsque les tensions semblaient irréconciliables, il savait trouver les mots qui apaisent, les gestes qui rapprochent et les chemins qui rouvrent l’espérance. Il avait compris que la paix véritable ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, avec patience, humilité et persévérance.

À ses côtés, nous avons appris que servir la paix exige du courage, que servir la justice exige de l’intégrité et que servir l’humanité exige parfois le don de soi.

Pour ma part, son empreinte a profondément façonné mon existence.

Il fut bien davantage qu’un supérieur ou un mentor. Il fut un guide, une école de vie, une référence morale et humaine. Sa rigueur intellectuelle, son sens élevé du devoir, son exigence éthique et son attachement indéfectible aux principes des Nations unies ont laissé en moi une trace indélébile.

Aujourd’hui encore, son souvenir demeure une boussole intérieure qui oriente mes choix et nourrit mes engagements.

En ce jour de recueillement, ma pensée s’étend également à tous nos compagnons disparus dans cette tragédie.

Ils ont consacré leur vie à la noble mission de rapprocher les peuples, de bâtir la paix et d’en consolider patiemment les fondations. Ils croyaient en la force du dialogue, en la puissance de la diplomatie et en la dignité de la réconciliation. Ils ont offert le plus précieux des dons : leur vie, au service d’un idéal universel.

Leur mémoire ne relève pas seulement du passé. Elle demeure une présence active, une exigence morale et une source d’inspiration inépuisable pour les générations présentes et futures.

L’héritage de Maître Alioune Blondin Bèye dépasse les fonctions qu’il a exercées et les titres qu’il a portés. Il appartient désormais à la mémoire des Nations unies, de l’Afrique et de tous les artisans de paix à travers le monde.

Il nous enseigne que la véritable grandeur ne réside pas dans les honneurs, mais dans la capacité à servir une cause qui nous dépasse. Il nous rappelle que les hommes passent, mais que les valeurs qu’ils incarnent peuvent traverser le temps et continuer d’éclairer le chemin de l’humanité.

Son exemple demeure un appel permanent à l’intégrité, à la responsabilité et à l’espérance.

Que sa mémoire continue d’inspirer nos consciences.

Que le souvenir de nos compagnons disparus demeure vivant dans nos cœurs.

Que leur engagement nourrisse notre détermination à défendre partout les valeurs de paix, de justice, de dialogue et de fraternité.

Et que chaque acte accompli au service de l’humanité soit une manière de prolonger leur œuvre et d’honorer leur sacrifice.

Vingt-huit ans après leur disparition, le temps n’a rien effacé de leur héritage.

Leurs voix continuent de résonner dans notre mémoire.

Leur exemple demeure une source d’inspiration pour tous ceux qui croient à la force du dialogue, à la paix et à l’inviolable dignité de la personne humaine.

Et le flambeau qu’ils nous ont transmis continue de guider les artisans de paix à travers le monde.

Car les hommes de cette trempe ne disparaissent jamais tout à fait.

Leur souvenir devient une conscience qui éclaire les générations.

Leur engagement nourrit l’espérance de ceux qui refusent la fatalité des conflits.

Leur héritage demeure vivant dans chaque effort accompli au service de la paix, de la justice et de la réconciliation.

Ainsi se perpétue leur œuvre.

Ainsi continuent-ils de marcher à nos côtés, dans la mémoire des hommes et dans le combat inachevé pour la paix.

M. El Hadji Amadou Niang est Docteur en droit international, ancien Directeur des Affaires politiques des Opérations des Nations unies en Angola, ancien Directeur de la Commission conjointe chargée de la mise en œuvre des Accords de paix en Angola.

1006057
ID
1006057
Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3