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Institutions et Citoyenneté, par Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil
Au nom du peuple et de la République, mesdames et messieurs les députés, opposez-vous !
EXCLUSIF SENEPLUS - Ces modifications introduites sans véritable concertation avec les forces politiques et sociales du pays, ne procèdent d'aucune exigence démocratique. La Constitution n'est pas le règlement intérieur d'une majorité circonstancielle
 
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Par Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil, anciens députés

L'Histoire jugera.

Elle jugera celles et ceux qui, investis de la confiance du peuple sénégalais, auront choisi de défendre la République plutôt que les intérêts partisans. Elle jugera également ceux qui, par calcul politique, par discipline de parti ou par silence complice, auront laissé s'effriter les fondements institutionnels qui garantissent notre stabilité nationale.

Aujourd'hui, c'est à l'Assemblée nationale que se joue une séquence décisive pour l'avenir de notre démocratie.

Sous couvert d'une révision constitutionnelle présentée comme une simple adaptation institutionnelle, la majorité parlementaire s'apprête à engager notre pays dans une transformation profonde de son architecture politique. Une transformation qui n'a jamais fait l'objet d'un véritable débat national, qui n'a été précédée d'aucune consultation des forces vives de la Nation et qui ne repose sur aucun consensus républicain.

Plus grave encore, le texte actuellement soumis au vote de l'Assemblée nationale apparaît comme une version dénaturée et radicalisée de l'avant-projet initialement porté par le président de la République. Alors même que le Conseil constitutionnel avait formulé des observations substantielles sur certaines dispositions, la majorité parlementaire a choisi d'engager une fuite en avant en introduisant de nouveaux amendements qui bouleversent davantage encore l'équilibre institutionnel de notre République.

Ces modifications, introduites dans la précipitation et sans véritable concertation avec les forces politiques et sociales du pays, ne procèdent d'aucune exigence démocratique clairement exprimée par les Sénégalais. Elles traduisent au contraire une volonté assumée de contourner l'esprit du dialogue et du compromis qui a toujours accompagné les grandes réformes institutionnelles de notre Nation.

Ce procédé, sans précédent dans l'histoire récente de notre démocratie, révèle une tentative d'imposer par la seule force du nombre une réforme dont la portée réelle n'a jamais été clairement exposée aux citoyens. En agissant ainsi, la majorité parlementaire rompt avec une tradition républicaine fondée sur la recherche du consensus lorsqu'il s'agit de modifier les règles fondamentales qui organisent le fonctionnement de l'État.

Jamais une réforme aussi déterminante pour l'avenir de nos institutions n'aurait dû être conduite dans un tel climat de précipitation, d'exclusion et de passage en force.

Les Sénégalais doivent comprendre ce qui est en jeu.

Il ne s'agit pas d'une querelle juridique entre spécialistes du droit constitutionnel. Il s'agit du mode d'organisation de notre État, de l'équilibre entre les pouvoirs, de la stabilité de nos institutions et, en définitive, de la cohésion de notre Nation.

Depuis l'indépendance, chaque réforme institutionnelle majeure a été précédée d'un dialogue politique, d'échanges avec les forces sociales et d'une recherche permanente de compromis. Même lorsque les divergences étaient fortes, les responsables politiques avaient conscience qu'on ne modifie pas les règles fondamentales de la République contre une partie importante du pays.

Cette culture du consensus a longtemps constitué l'une des plus grandes forces du modèle démocratique sénégalais. Elle a permis à notre pays de traverser les crises, d'organiser des alternances pacifiques et de préserver une stabilité institutionnelle reconnue bien au-delà de nos frontières.

Aujourd'hui, cette tradition est brutalement remise en cause.

La majorité parlementaire semble considérer que sa supériorité numérique lui confère le droit de remodeler seule les institutions de la République. Or, une majorité électorale, aussi légitime soit-elle, ne peut s'arroger le monopole de la vérité constitutionnelle. Elle ne peut transformer l'équilibre institutionnel du pays sans rechercher l'adhésion de ceux qui représentent d'autres sensibilités politiques et sociales.

La Constitution n'est pas le règlement intérieur d'une majorité circonstancielle. Elle est le pacte fondamental qui unit tous les Sénégalais.

Les amendements récemment introduits donnent le sentiment d'une volonté de faire évoluer notre régime vers une forme de parlementarisme conflictuel, exposant le pays à des risques permanents de blocages institutionnels, de crises politiques récurrentes et d'instabilité gouvernementale.

Dans le contexte économique, social et géopolitique actuel, le Sénégal a besoin de stabilité, de visibilité et de cohésion. Il n'a pas besoin d'expérimentations institutionnelles improvisées ni de réformes menées à marche forcée.

C'est pourquoi nous lançons un appel solennel aux députés du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal ainsi qu'à l'ensemble des députés non-inscrits.

L'heure n'est plus aux calculs partisans. L'heure est à la défense de la République.

Nous les invitons à faire bloc, à exercer pleinement leur mandat et à s'opposer avec détermination à cette révision constitutionnelle tant que celle-ci ne sera pas le fruit d'un dialogue national inclusif et d'un consensus suffisamment large pour garantir sa légitimité démocratique.

L'opposition parlementaire a le devoir de s'opposer lorsqu'elle estime que les intérêts supérieurs de la Nation sont menacés.

Les députés non-inscrits ont également une responsabilité historique. Leur indépendance doit aujourd'hui s'exprimer au service de l'intérêt général et non des contingences politiques du moment.

Dire non à cette réforme dans ses conditions actuelles n'est pas un acte d'obstruction.

C'est un acte de responsabilité. C'est défendre l'esprit de notre Constitution. C'est préserver les équilibres qui ont permis au Sénégal de traverser les décennies sans rupture institutionnelle majeure. C'est protéger la cohésion nationale. C'est rappeler que les institutions appartiennent au peuple et non aux majorités passagères.

Nous mettons également en garde contre les conséquences politiques d'une telle démarche.

À force de gouverner dans l'exclusion, à force de considérer le dialogue comme une faiblesse et le consensus comme une contrainte, la majorité parlementaire prend le risque d'approfondir les fractures déjà perceptibles dans notre société. La République ne se construit pas dans l'affrontement permanent.

Elle se construit dans l'écoute, dans le respect mutuel et dans la recherche du compromis lorsque l'intérêt national est en jeu.

Mesdames et Messieurs les députés,

Vous avez prêté serment de servir le peuple sénégalais. Vous êtes les gardiens de la souveraineté populaire. Vous êtes les dépositaires d'une confiance qui vous dépasse.

Lorsque les fondements de la République sont en cause, le silence devient une faute et l'abstention une démission.

L'Histoire vous regarde. Le peuple vous observe. La République vous appelle : Opposez-vous.

Pour la démocratie. Pour la stabilité institutionnelle. Pour la cohésion nationale. Mais surtout pour votre patrie :  le Sénégal.

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