(SenePlus) - Au cœur d'une polémique bruxelloise sur les financements européens, le Sénégal reçoit un soutien inattendu. Dans les colonnes d'Euractiv ce mercredi 22 avril, Barry Andrews, l'eurodéputé irlandais qui préside la commission du développement du Parlement européen, a pris position en faveur d'un choix pragmatique de Dakar concernant l'acquisition de 380 nouveaux bus pour ses transports publics.
L'affaire concerne un vaste projet de transport public estimé à 320 millions d'euros, soutenu financièrement par un consortium européen incluant la Commission et la Banque européenne d'investissement (BEI). Le marché fait grincer des dents à Bruxelles depuis que l'entreprise d'État chinoise CRRC s'est positionnée en favorite, proposant une offre financière « inférieure de plus de moitié » à celle de ses concurrents, dont le constructeur suédois Scania.
Malgré les critiques européennes qui s'inquiètent de voir des fonds de l'UE soutenir indirectement des entreprises chinoises, Barry Andrews se veut catégorique. « Mon message aux autorités sénégalaises est le suivant : faites ce qui est dans votre propre intérêt », a-t-il déclaré, cité par Euractiv. Le parlementaire irlandais va même plus loin, affirmant que le Sénégal devrait « absolument » opter pour le soumissionnaire chinois si son offre s'avère être la meilleure. « L’objectif premier ici est qu’elles obtiennent les bus. Ensuite, nous autres devons mettre de côté toutes les réserves que nous pourrions avoir », insiste-t-il.
Une fracture au sein du Parlement européen
Cette prise de position franche illustre les profondes fractures au sein des institutions européennes sur la doctrine de l'aide au développement. Comme le rappelle le journaliste Magnus Lund Nielsen, certains élus plaident pour un protectionnisme assumé. C'est le cas du législateur franco-italien Sandro Gozi, issu du même groupe politique (Renew Europe) que Barry Andrews, qui exige qu'« une préférence européenne claire » accompagne les financements de l'UE pour garantir son autonomie stratégique.
Interrogé sur les soupçons de subventions massives accordées par Pékin à la CRRC, Barry Andrews botte en touche, rappelant qu'« il y a eu beaucoup d’aides d’État pour les entreprises européennes » sans que cela ne suffise à les rendre compétitives face à leurs rivales asiatiques.
Pour le président de la commission du développement, conditionner l'aide européenne à l'achat de matériel européen serait contre-productif pour les pays bénéficiaires. Selon lui, cette pratique de « l'aide liée » gonflerait artificiellement la facture de « 15 à 30% ». Faisant directement référence à l'écart de prix abyssal entre l'offre chinoise et celle du suédois Scania, il résume l'enjeu avec une formule lapidaire : imposer une telle préférence reviendrait, « en substance », à demander « aux Sénégalais de payer deux fois [plus] ».
Un pragmatisme assumé qui rappelle que, pour ce député européen, la vocation première de l'argent du développement reste « d'éradiquer la pauvreté », et non de renflouer les carnets de commandes de l'industrie du Vieux Continent.