Le président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), Abd’El Kader Ndiaye, tire la sonnette d’alarme sur la situation économique du pays. Dans une tribune transmise à la rédaction le Témoin, il dénonce la marginalisation du secteur privé dans les concertations nationales et appelle les autorités à faire de l’économie une priorité. Cependant, la CNES a annoncé la tenue d’une conférence de presse le 18 juin prochain à Dakar.
Le président de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), Abd’El Kader Ndiaye, s’inquiète de la place accordée aux questions économiques dans le débat public. Dans une tribune intitulée « Concertations nationales : l’économie ne peut plus attendre », il estime que le secteur privé est aujourd’hui marginalisé alors qu’il constitue un acteur essentiel de la création de richesse et d’emplois.
Selon lui, depuis l’arrivée du nouveau régime, les entreprises font face à un manque de considération de la part des pouvoirs publics. « Depuis l’avènement du nouveau régime, un constat s’impose : les autorités publiques snobent le secteur privé à tous les échelons de la hiérarchie », affirme‐t‐il.
Le président de la CNES souligne que les opérateurs économiques sont confrontés à plusieurs difficultés simultanées. Il cite notamment les retards dans le paiement de la dette intérieure de l’État, les tensions sociales liées au non‐respect des engagements du Pacte national de stabilité sociale et le manque de visibilité pour les entreprises.
À ses yeux, cette situation s’inscrit dans la continuité de plusieurs crises successives, notamment les conséquences de la pandémie de Covid‐19, les troubles sociopolitiques survenus entre 2021 et 2024, les périodes électorales pro‐ longées ainsi que les répercussions de l’affaire dite de la « dette cachée ».
« L’espace public est saturé par des débats politiques souvent stériles, pendant que l’appareil productif s’asphyxie », déplore‐t‐il.
Abd’El Kader Ndiaye estime que le Sénégal traverse une période économique délicate susceptible de s’aggraver davantage.
« Il faut le dire avec gravité : le Sénégal traverse une crise économique persistante. Cette crise risque d’être aggravée par une crise politique qui, si rien n’est fait, débouchera sur une crise institutionnelle aux conséquences imprévisibles pour la Nation », avertit‐il.
Le dirigeant patronal s’interroge également sur la place réservée aux questions économiques dans les concertations nationales organisées récemment.
Pour le président de la CNES, l’exclusion des acteurs économiques des concertations constitue un signal préoccupant. « Les forces vives économiques, composantes légitimes de l’État, en ont été délibérément écartées », soutient‐il.
Il rappelle le rôle du secteur privé dans l’économie nationale, affirmant que les entreprises contribuent à l’essentiel des investissements productifs et à la création d’emplois. « L’ignorer, c’est saboter la relance », martèle‐t‐il.
Face à ce qu’il qualifie de « dialogue de sourds », le patronat entend désormais faire entendre sa voix dans l’espace public et auprès des partenaires techniques et financiers
Pour porter leurs revendications et présenter leurs propositions, les organisations patronales prévoient une conférence de presse le 18 juin prochain à Dakar.
Abd’El Kader Ndiaye assure toutefois que cette démarche ne s’inscrit pas dans une logique de confrontation. « Nous ne sommes pas dans la contestation. Nous sommes des forces de propositions », affirme‐t‐il, avant de réitérer la disponibilité du secteur privé à participer aux efforts de relance économique
« Il n’y aura pas de souveraineté économique sans des entreprises et des industries fortes. Il n’y aura pas de relance sans confiance. L’heure n’est plus aux discours », conclut le président de la CNES.