Alors que le front social est en ébullition depuis l’annonce de la hausse du prix de l’électricité, le monde universitaire est entré dans la danse. Suite au mot d’ordre de grève de 24 heures décrété par les enseignants membres des syndicats SAES et SUDES pour exiger la libération de leur collègue, le Pr Babacar Diop, les étudiants ont jeté de l’huile sur le feu de la contestation en menant hier une guérilla face aux forces de l’ordre à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar. Des manifestations violentes pour fustiger l’arrestation de cinq des leurs dans le cadre de la marche contre la hausse du prix de l’électricité.
L’avenue Cheikh Anta Diop et ses alentours ont été transformés en un champ de bataille durant la matinée d’hier. Jets de pierres et explosions de grenades lacrymogènes ont rythmé les affrontements entre les étudiants et les bérets rouges du Groupement mobile d’Intervention (GMI). Du fait de ces échauffourées, les voitures qui empruntent cet axe très fréquenté ont été obligées de rebrousser chemin à l’entrée de Fann résidence. Sur le sens inverse, les automobilistes n’ont eu d’autre choix que de bifurquer dans les ruelles du quartier de Fass et effectuer de longs détours au milieu d’embouteillages monstres pour rejoindre leur destination. Au même moment, les étudiants usaient de pierres et de divers projectiles face à des policiers qui leur balançaient des grenades lacrymogènes. Une guerre asymétrique au niveau du portail de l’université. Les quelques passants qui s’étaient affrontés sur ce théâtre d’opérations ont été pris en tenailles entre les forces de l’ordre et les étudiants.
L’arrestation des manifestants (parmi lesquels cinq étudiants et un professeur d’université) ayant pris part à la marche interdite de l’autre weekend contre la hausse du prix de l’électricité est à l’origine de l’effervescence estudiantine d’hier. « Aujourd’hui, c’est toute une indignation parce que la place de ces étudiants n’est pas dans une prison, mais dans les amphithéâtres. Les inscriptions ont déjà démarré et nos camarades emprisonnés sont dans l’impossibilité de s’acquitter de ce droit parce que privés de liberté », s’indigne l’étudiant Marcel Diedhiou, portant la voix de ses camarades.
La fougue en bandoulière, le jeune pensionnaire de l’Ucad a interpellé les autorités étatiques pour les mettre en garde afin d’éviter que la situation ne dégénère. « Certes, nos camarades ne paient pas d’électricité mais nous magnifions leur combat qui est dans l’intérêt de la nation. S’ils ne sont pas libérés, nous allons descendre sur le terrain comme nous avons l’habitude de le faire», menace Marcel Diédhiou. Pour un autre étudiant, cette situation d’injustice ne serait que la partie visible de l’iceberg des maux qui sévissent dans le campus universitaire. « En plus du hausse du prix de l’électricité, nos bourses sont toujours en retard. Beaucoup d’entre nous n’arrivent même pas à trouver de quoi se nourrir dans le campus social. Et vous voyez maintenant que les cours sont aux arrêts par ce que les profs aussi sont dans le même combat que nous », confie cet étudiant au front pour affronter les policiers. Une chose est sûre : hier, à l’Université Cheikh Anta Diop, les étudiants et leurs professeurs ont fait front commun pour exiger la libération pure et simple qui de leurs camarades qui de leur collègue emprisonnés à la suite d’une manifestation pour exiger la baisse du prix de l’électricité.