Comment préserver la souveraineté économique du Sénégal dans un contexte de fortes contraintes budgétaires, de recompositions géopolitiques et d’urgence climatique ? La question était au cœur des débats organisés ce mardi 3 février à Dakar, à l’occasion de la Journée internationale des Think Tanks, célébrée par le Réseau Sénégalais des Think Tanks (SENRTT).
Réunis au Centre de Ressources des Acteurs non Étatiques (CRANE), responsables publics, chercheurs, économistes, représentants de la société civile et journalistes ont confronté analyses et propositions autour du thème : « Think Tanks et souveraineté en contexte de contraintes : quelle contribution aux solutions économiques, sociales et politiques du Sénégal ? »
Pour Dr Cheikhou Oumar Ba, Ministre Conseiller à la Présidence et Président du SENRTT, les Think Tanks doivent aujourd’hui s’imposer comme des acteurs centraux de l’action publique, capables de faire le lien entre recherche scientifique, décisions politiques et attentes des citoyens.
Dans un environnement marqué par la raréfaction des ressources financières, il a plaidé pour des recommandations concrètes, fondées sur l’évidence, afin d’aider l’État à arbitrer ses choix économiques et sociaux.
Même lecture du côté du Ministre Conseiller Allé Nar Diop, qui a rappelé que les mutations géopolitiques en Afrique de l’Ouest et l’impact croissant du changement climatique imposent une capacité renforcée d’anticipation et de planification stratégique. Selon lui, les Think Tanks disposent des outils nécessaires pour éclairer les décisions souveraines des États, à condition d’être pleinement intégrés aux processus de gouvernance.
Le premier panel a mis en lumière les fragilités structurelles de l’économie sénégalaise, notamment le poids de la dette publique et la faiblesse des marges budgétaires. Deux orientations ont structuré les échanges.
La première mise sur la rigueur fiscale : meilleure discipline budgétaire, élargissement de l’assiette fiscale et lutte accrue contre l’évasion pour sécuriser les finances publiques.
La seconde explore des solutions de financement internes, à travers la mobilisation de l’épargne nationale et l’intégration progressive du secteur informel dans les circuits financiers formels.
Le Dr Seydou Bocoum a notamment défendu cette dernière approche, évoquant l’existence d’une épargne locale sous-exploitée et le potentiel des outils numériques pour la canaliser vers l’investissement productif. À l’issue des discussions, les panélistes se sont accordés sur la nécessité d’une stratégie combinée, articulant réformes fiscales, innovations financières et gouvernance rigoureuse.
Le second panel s’est penché sur la gouvernance et les relations entre l’État, les Think Tanks et la société civile. Les participants ont unanimement souligné la nécessité de formaliser les cadres de collaboration, afin de garantir à la fois l’indépendance des expertises et leur prise en compte effective dans l’élaboration des politiques publiques.
Parmi les recommandations phares figurent l’ouverture systématique des données publiques, la mise en place de mécanismes permanents de concertation et le renforcement des capacités à travers des formations croisées entre administrations et chercheurs.
L’initiative Diisso, présentée par Dr Cheikh Guèye, Secrétaire général du SENRTT, a été citée comme un exemple de plateforme de dialogue continu. Pour Amadou Kanouté (CICODEV) et Elimane Kane (LEGS Africa), les Think Tanks doivent également jouer un rôle de pédagogie publique, en contribuant à expliquer les réformes et à apaiser les tensions sociales dans un contexte de restrictions économiques.