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Mireille fanon : Fanon trop fragmenté et trop saucissonné
Fanon est un tout et malheureusement chacun n’y prend qu’un bout. Une fragmentation que regrette Mireille Fanon parce que c’est « la meilleure manière pour les colonisateurs de continuer à dominer et à aliéner les peuples »
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=elkXCAPTiBY

Dakar a accueilli, du 17 au 20 décembre 2025, un colloque international marquant le centenaire de la naissance de Frantz Fanon, figure majeure de la lutte anticoloniale et du panafricanisme. 

Organisé autour du thème « L’espérance africaine de Fanon », cet événement a réuni chercheurs, intellectuels, militants et acteurs de la société civile venus de plusieurs continents pour revisiter l’héritage intellectuel et politique d’un penseur dont l’œuvre demeure immense, bien qu’il n’ait vécu que 36 ans. 

En marge de ce colloque, SenePlus TV a rencontré Mireille Fanon Mendès France, fille de Frantz Fanon et coprésidente de la Fondation Frantz Fanon. Dans cet entretien, elle dresse un constat sans concession : selon elle, aucun État ni aucun gouvernement, à ce jour, n’applique véritablement la pensée fanonienne. « 

Il n’existe aujourd’hui aucun pays, aucun État, aucun gouvernement qui reflète réellement les questionnements de Fanon ou ceux des pères du panafricanisme comme Nkrumah, W.E.B. Du Bois, Sankara ou Lumumba », affirme-t-elle. 

Pour l’instant, estime-t-elle, la pensée de Fanon demeure confinée aux cercles universitaires, souvent abordée de manière fragmentée, ce qui constitue, selon elle, une grave erreur. 

Mireille Fanon déplore en effet une lecture “saucissonnée” de l’œuvre fanonienne, réduite à des champs spécifiques - la psychiatrie, l’Algérie, le panafricanisme ou encore l’identité martiniquaise - alors que Fanon, insiste-t-elle, était une pensée globale et cohérente. 

« Fanon est une pensée en action. On ne peut pas le découper sans trahir son message », souligne-t-elle. Elle rappelle que Frantz Fanon lui-même avait mis en garde contre cette fragmentation des luttes et des analyses, qu’il considérait comme un instrument de domination coloniale. 

Pour Mireille Fanon, cette division, visible en Afrique, dans les Amériques et en Asie, constitue « la meilleure manière pour les colonisateurs de continuer à dominer et à aliéner les peuples ». Selon elle, Fanon ne peut être revendiqué par une seule nation ou une seule cause. 

« Fanon n’est pas uniquement algérien, martiniquais ou africain. Il est à tous les peuples et pour tous les peuples. Et ce sont les peuples qui font vivre la pensée de Fanon, pas uniquement les intellectuels », martèle-t-elle. 

Mireille Fanon regrette enfin l’instrumentalisation de l’héritage fanonien par certaines figures qui s’érigent en détenteurs exclusifs de sa pensée. Pour elle, Fanon est un tout, une figure multidimensionnelle - psychiatre, militant, écrivain, journaliste, panafricaniste et combattant de la liberté - dont l’œuvre reste, aujourd’hui encore, un outil essentiel pour les luttes d’émancipation contemporaines.

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