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Momar Wade, un journaliste, d’étranges destins croisés
Souvenirs… Un jour de 1982, l’APS m’informe qu’un stagiaire dont la demande venait d’être acceptée, souhaitait passer cette période, à mes côtés. C’était Momar Wade. J’étais déjà en poste à Louga où il me rejoignit, conformément au vœu qu’il émit
 
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Les nuits kaolackoises étaient comme elles sont de nos jours, confirmant la réputation et la perception, que beaucoup en ont : chaudes et animées en saison sèche. Je n’ai plus aucune idée de la date, mais le souvenir est encore frais de ce visage juvénile que je rencontre dans la grande cour de la grande famille, l’une des alors, plus illustres de l’ancienne capitale du Sine Saloum. Il s’appelle Pape Wade, me dit-on. C’est dans la rue que Kamass et lui se sont rencontrés. L’hôte du gamin Wade se faisait marginal, parmi les siens. Des années plus tard, un jeune entre dans ma chambre au L263 du Pavillon A, à la faveur d’une visite qu’il rendit à un étudiant de la chambre d’en face. Le visage m’est peu familier, mais lui a la mémoire. Il me signale m’avoir déjà vu à Kaolack. Quelques anecdotes et tout me revient. Il est élève au Lycée Vanvo (actuel Lamine Guèye) à Dakar. Cet élève, que Momar trouve dans cette même chambre du pavillon A, est mon cousin Pape Doudou, aujourd’hui Dr Mamadou Touré, expert maritime reconnu. 

LE JOURNALISTE ET LA DIRECTRICE DE CAMPAGNE ELECTORALE. 

Souvenirs, souvenirs. Un jour de 1982, l’APS m’informe qu’un stagiaire dont la demande venait d’être acceptée, souhaitait passer cette période, à mes côtés. C’était Momar Wade. J’étais déjà en poste à Louga où il me rejoignit, conformément au vœu qu’il émit. Quelques semaines plus tard, je l’envoie à Linguère pour la couverture d’une activité, sans grand intérêt journalistique. Il fallait l’éprouver. Rien ne fut jamais reçu de cette tentative d’imprégnation. Plutôt la surprise : « ton stagiaire est à Dakar, je l’ai vu ». Celui qui m’appelle pour me donner cette information, est le regretté Amadou Mbaye Loum (4ème promotion du Cesti), journaliste émérite perdu il y a quelques années et par la corporation et par l’Armée nationale. Loum avait fini par s’imposer comme reporter spécialiste des questions militaires. Mon ancien « déserteur » Momar avait, plus tard, déjà intégré une rédaction à Dakar, mais si discrètement, que je n’en avais quasi plus entendu parler

Au milieu des années 90, une mission de la Caisse de Sécurité sociale me remet tout à fait par hasard, sur ses traces. Les 2 ou 3 agents de la Sécu qui étaient avec moi dans la mission, étaient retournés à Dakar. Momar était à Ouagadougou, où son épouse, fonctionnaire des Nations-Unies, travaillait pour le FNUAP. J’avais choisi de prolonger mon séjour, -à mes frais - après que l’information m’était parvenue, d’un guérisseur pas comme on n’entend pas parler couramment, dans nos rues et foyers. L’homme de la science occulte était dit traiter des malades venant de partout, Afrique de l’Ouest notamment. Qu’il en venait même de la diaspora. Réflexe de reporter, j’informe Momar qui, la veille, s’était débrouillé pour me localiser dans la capitale burkinabé. Il accepte de venir avec moi. Vague localisation de là où nous devons aller. Un voyage journalistique, à ma charge. Le Reportage qui en sortira plus tard, en septembre 1995, sera appelé en première page de Sud Quotidien sous le titre « Voir Hocoulorou et mourir ». Rien d’exagéré dans cet appel. Pas de statistiques, certes, mais factuellement, Hocoulorou connu des malades dont certains n’eurent jamais l’heur de retourner chez eux, après qu’eux-mêmes et leurs familles avaient rêvé de guérison. 

UNE THERAPIE, EN RIEN ORDINAIRE

Le bouche-à-oreille avait balayé le Sahel, de la nouvelle d’un faiseur de miracles. Un célèbre communicateur traditionnel sénégalais, en est rentré, dans une caisse. Le guérisseur avait son style. Il ne touchait aucun malade, ne distribuait aucune potion. Le diagnostic se lisait dans le geste. A droite ceux qui étaient présumés « cas non pathologiques » donc libres de rentrer, immédiatement. Ceux de gauche devaient rester pour la séance publique de « traitement », devant des centaines de désespérés, venus de divers pays et régions. Momar et moi avions, en immersion, fait la queue comme tout le monde. Nous ne nous sommes pas retrouvés du même côté, une fois arrivés devant le guérisseur. Sans conséquence sur notre agenda. Chez le guérisseur, nous avons voulu comprendre. Puis, la tête à Ouaga.

Les consultations débutent quand le soleil a fini d’étaler sa lumière, sur la vaste étendue de terrain nu. Une seule bâtisse à des centaines de mètres, tient lieu de domicile pour l’homme des ténèbres. Momar et moi étions arrivés à Hocoulorou, la nuit précédente, après une nuit de voyage qui a laissé le nom de Djibo, dans nos bloc-notes. Un contrôle et des tracasseries à un poste de police, avec ce que cela implique d’explications et autres apartés entre voyageurs et agents de sécurité. Nous avions pris le bus à Ouagadougou, sans aucune idée précise de là où nous nous allions. C’est en cours de route que, les conversations nous ont rassurés. Nous n’étions pas les seuls ignorants de, où nous allions, en pleine nuit. Nous sommes bien sur le chemin pour Djibo, commune rurale dans la région du Sahel.

 A Hocoulorou, aucune maison visible nulle part, donc sommeil où l’on peut trouver de l’espace, sur des herbes qui n’ont manifestement pas vu de pluie depuis un temps suffisamment long, pour en assécher une bonne partie. Personne ne connait personnes sauf des malades et leurs accompagnants. La nuit pas assez étoilée nous a mis côte-à-côte, avec des inconnus dont la présence était attestée par des ronflements et quelques gémissements. J’avais entendu parler de Djibo quelques jours auparavant à Ouaga. Il me fallait constater de visu. Je revins à Dakar, Momar Wade était resté au Burkina, avant que la mobilité des fonctionnaires ne repositionne son épouse à Abidjan d’où il envoyait des articles dans la presse sénégalaise. Il n’avait jamais cessé d’être journaliste, tant que les conditions lui permettaient d’écrire. Repose en paix, pro.

 

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