Hamidou Anne compte désormais parmi les éminences grises de l’Alliance pour la République et de son leader Macky Sall. Après des années de production de chroniques incisives contre le Pastef et son leader, il choisit en février 2025 de rejoindre l’Alliance pour la République (APR). Dans cet entretien exclusif, il revient sur cette jonction de l’analyse à l’action, critique sévèrement la gouvernance d’Ousmane Sonko et alerte sur les fragilités institutionnelles du pays. Entre refondation intellectuelle de l’APR, opposition idéologique assumée au Pastef et le travail pour l’horizon 2029, il dévoile sa stratégie pour reconstruire une alternative républicaine crédible.
Politiste, écrivain et consultant en communication, Hamidou Anne fut l’un des analystes les plus réguliers de la vie politique sénégalaise de ces dernières années. Ses chroniques, souvent percutantes, ont longuement ciblé le Pastef et son leader. En février 2025, Hamidou passe de l’observation à l’action en rejoignant l’Alliance pour la République (APR), avec la volonté affichée de contribuer à la refondation idéologique et stratégique du parti. Dans cet entretien exclusif, il revient sur les raisons de ce choix, pose un regard critique sur la gouvernance actuelle et expose sa vision pour la reconquête du pouvoir.
Du rôle d’observateur engagé au choix d’un camp politique
Hamidou Anne a toujours articulé pensée intellectuelle et intervention publique. Pendant des années, il s’est défini comme un analyste engagé, publiant des chroniques, des essais, intervenant dans les médias et produisant des analyses fouillées sur les enjeux politiques, géopolitiques, sociaux et institutionnels du Sénégal. Cette posture ne lui interdisait pas l’action politique ; elle préparait au contraire un passage qu’il savait inévitable. Longtemps, il hésitait entre créer son propre mouvement ou rejoindre une formation politique existante. L’accélération de l’histoire politique récente a tranché pour lui et il compte aller à fond pour faire face à l’affront du pouvoir de Pastef qu’il ne ménage aucunement.
Le 24 mars 2024 comme point de bascule
La victoire nette et incontestable du Pastef à la présidentielle de mars 2024 a, en lui, agi comme un choc. Il la considère comme un moment de bascule, où les fragilités institutionnelles du pays ont été mises à nu. Pour lui, l’arrivée au pouvoir d’un mouvement qu’il juge comme porteur d’une vision institutionnelle instable imposait un engagement plus direct. En février 2025, il rejoint donc l’APR, un parti qu’il observe depuis sa naissance en 2008 et dont il connaît peu ou prou les dynamiques internes. Après son adhésion, il y a quelques mois, il se voit confier rapidement la Cellule Analyses et Prospective, un rôle qui lui permet de conjuguer son goût pour la réflexion et son désir d’agir. Il devient de facto théoricien et en même temps praticien de la chose politique.
Une critique frontale du style et de la gouvernance d’Ousmane Sonko
Depuis 4 ans, Hamidou Anne n’a de cesse de s’opposer intellectuellement aux méthodes d’Ousmane Sonko. Dans cette interview encore, il ne s’abstient pas, surtout dans un contexte de tension entre le Président Diomaye et M. Sonko. Selon Hamidou, le chef du gouvernement s’exprime trop souvent en priorité pour ses partisans, dans un registre combattif, autocentré, sans jamais valoriser « le Sénégal, sa beauté, son histoire ou son âme républicaine ». Il estime que Sonko parle d’abord à lui-même, puis à ses cercles militants, et très rarement à la Nation sénégalaise. Il reproche également à Sonko et à des militants du Pastef leur propension à considérer que le président de la République devrait être placé sous la tutelle politique du Premier ministre. Cette conception, qu’il juge dangereuse et contraire à l’esprit de la Constitution, créerait un déséquilibre institutionnel inédit. Une telle vision révèle une compréhension erronée du régime politique sénégalais. Dans la même logique, il critique sévèrement le Tera Meeting du 8 mars de M. Sonko, au cours duquel on a assisté à une attaque frontale contre la justice, les institutions et l’ensemble des contre-pouvoirs. Face à cette situation, toute l’opposition doit s’organiser, à commencer par l’APR, qui a négligé la pensée depuis sa création.
Rebâtir l’APR par la pensée : le déficit intellectuel comme erreur stratégique majeure Pour Hamidou Anne, l’une des raisons de l’affaiblissement de l’APR réside dans l’absence d’investissements soutenus dans la pensée politique. Le parti, selon lui, a longtemps reposé sur un leadership charismatique et une efficacité électorale indéniable, mais a négligé l’élaboration doctrinale, la prospective, la réflexion sur le long terme. Il estime qu’aucune force politique ne peut durer sans une vision théorique solide, nourrie par la recherche, l’expertise et l’analyse critique. Coordonnateur de la Cellule Analyses et Prospective de l’APR, son objectif, désormais, est de contribuer à reconstruire une infrastructure intellectuelle crédible, capable d’articuler un récit politique national et d’offrir une alternative au Pastef.
Une opposition idéologique assumée au Pastef
Hamidou Anne revendique pleinement son opposition aux fondements idéologiques du Pastef. Il qualifie l’avènement du mouvement de « maldonne démocratique », estimant que Bassirou Diomaye Faye est arrivé au pouvoir dans des conditions exceptionnelles qui rendent sa légitimité politique fragile. Il dénonce également une « bordélisation de l’État » par le Premier ministre, une remise en cause progressive de l’État de droit, de la laïcité, ainsi qu’une pression directe ou indirecte exercée selon lui sur une partie de la presse et des institutions indépendantes. Pour lui, l’enjeu dépasse l’opposition partisane : il s’agit de défendre une conception de la République.
L’APR face à 2029 : unité, modernisation et travail idéologique
Malgré la défaite de 2024, Hamidou Anne considère que l’APR possède encore des atouts importants : un groupe parlementaire organisé, une base militante solide, des élus locaux aguerris et une implantation territoriale significative. La reconquête du pouvoir en 2029 passe cependant, selon lui, par une refondation complète : clarification idéologique, aggiornamento stratégique, modernisation des méthodes et réconciliation des différentes sensibilités internes et au-delà. Il met également en garde contre les alliances fondées uniquement sur les figures charismatiques, qui finissent toujours par s’effondrer. Il appelle plutôt à un programme commun de l’opposition, fondé sur des priorités nationales : la dette, l’emploi des jeunes, la fiscalité, la sécurité, la condition féminine et la transformation économique.
Vers une plateforme républicaine élargie
Hamidou Anne plaide pour une coalition républicaine large, inspirée de l’esprit de Takku Wallu Sénégal, mais capable d’intégrer des forces diverses, au-delà de la famille libérale. Pour lui, l’écriture d’un nouveau projet national est la seule voie pour proposer une alternative crédible au Pastef lors de la prochaine présidentielle. Voir son interview exclusive en images dans la vidéo ci-dessus.