Malgré l’hégémonie persistante des épistémologies occidentales dans les espaces académiques africains, la tradition orale continue de jouer un rôle essentiel dans la transmission des savoirs. Loin d’avoir disparu sous l’influence croissante de l’écrit, elle demeure un socle vivant, dynamique et structurant. « La mémoire de la tradition orale est vivante », rappelle le philosophe et anthropologue Yopoussouph Mbargane Guisse, soulignant que cette forme de savoir n’est pas un vestige du passé, mais une réalité toujours active.
Selon lui, de nombreuses pratiques perpétuent encore cette oralité : des écoles initiatiques aux familles détentrices de connaissances, en passant par des cercles communautaires et des espaces de socialisation où la parole conserve une puissance pédagogique inégalée. Ces lieux constituent autant de réservoirs de savoirs endogènes, souvent méconnus ou marginalisés par les cadres académiques modernes.
Mbargane Guisse s’exprimait lors d’une discussion tenue à l’EBAD, au Musée des Civilisations Noires, il y a quelques semaines. Il y a rappelé que « le génie des civilisations africaines, c’est de savoir combiner l’oralité à l’écrit », une complémentarité qui permet d’enrichir la transmission sans renier les fondements culturels africains. Pour lui, la véritable force des sociétés africaines réside dans cette capacité à articuler mémoire vivante, savoirs traditionnels et production intellectuelle contemporaine, ouvrant ainsi la voie à une réappropriation critique des héritages civilisationnels.