Au moment où notre continent prend de l'envol et se prépare à affronter, à armes égales, la compétition avec le reste du monde et faire face aux mutations dues entre autres aux avancées scientifiques et technologiques et aux innovations dans les pratiques des affaires, modes d'organisation de l'économie et de gestion des affaires de la cité, notre enseignement supérieur (ES) se trouve confronté à un défi de taille, celui de former les compétences qui détermineront la compétitivité à long terme de notre économie et sa capacité d'adaptation, des hommes de lettres et de culture qui sauront rassembler et transmettre aux générations futures notre mémoire collective pour que l'âme et l'histoire du Sénégal et sa culture ancienne qui fait le ciment de notre cohésion et unité nationale soient l'aliment dont se nourrit notre jeunesse, que ce que d'aucuns appellent “être sénégalais” représente une symbolique dont nous sommes tous fiers. Le Sénégal, pays des poètes ne se nourrit pas uniquement de pain, mais aussi des nourritures de l'esprit. Cet enseignement supérieur doit créer du savoir sous ses différentes déclinaisons : savoir scientifique, technologique, artistique et littéraire.
Les jeunes générations qui n’auront connu notre enseignement supérieur qu’à travers le prisme des crises syndicales et universitaires à répétition ne sauront pas (ou ignorent sans doute) que l’université de Dakar fut en son temps le fleuron de l’enseignement supérieur en Afrique. Elle accueillait dans ses facultés les meilleurs élèves du continent. Cette université incarnait d’abord des valeurs : une éthique académique et déontologique avec la passion pour les choses de l’esprit. Les recherches et publications de l’Institut d’Afrique Noire étaient citées parmi les meilleures du monde. La réputation de Cheikh Anta Diop dont le nom a été conféré à juste titre à l’université de Dakar, transcende les frontières. Cette université produisait des diplômés dont la qualité était reconnue dans les meilleures universités du monde et accueillait dans ses laboratoires des chercheurs de réputation mondiale. La création des écoles de renommée telles que l’Ecole Polytechnique de Thiès, l’Institut national de développement rural dans les années 70 marquait la détermination du gouvernement du Sénégal d’alors de créer un paysage d’enseignement supérieur pluriel et doter la nation des cadres qui correspondaient aux stratégies de développement que l’Etat avait choisi dans le cadre d’une planification volontariste.
J’ai connu cette époque des années glorieuses de l’enseignement supérieur au Sénégal. Mais j’ai également vu la descente lente vers la situation actuelle. J’ai assisté à la multiplication des grèves et l’apparition du phénomène assez inédit où le mot université et plus tard enseignement supérieur est devenu synonyme de crise, glissement sémantique lourd de sens. J’ai observé avec impuissance ce glissement terrible et affligeant des pouvoirs publics vers ce que j’appellerai la démission vis-à-vis de la réflexion sur les questions de l’avenir et la perte totale d’intérêt pour l’enseignement supérieur et la conviction que l’enseignement supérieur n’est pas réformable et que ce qui est important, c’est de préserver la paix sociale. Lorsque cette croyance est partagée par l’opinion publique, il faut s’inquiéter.
L’Etat s’est désintéressé de la chose universitaire, il a oublié de financer ce qu’il y a de plus important dans un enseignement supérieur de qualité, c’est à dire les formateurs. Il finance des bâtiments et des dépenses sociales pour avoir la paix. Face à cette perte de pertinence du système sénégalais d’enseignement supérieur, on assiste, depuis quelques décennies à la pratique du chacun pour soi. Ceux qui ont les moyens envoient leurs enfants étudier à l’étranger. On assiste également à une prolifération des écoles d’enseignement supérieur privé de qualité variable. Le caractère à but lucratif de la plupart de ces établissements et l’absence de financements stables les confinent dans la seule dimension formation.
Je m’interroge parce que je suis angoissé et partagé en même temps par la conviction que notre enseignement supérieur peut être revitalisé. Je tire cette conviction de l’observation de ce qui se passe ailleurs, dans les pays qui ont choisi de bâtir la compétitivité de leur économie sur la connaissance. Je tire cette conviction également de l’école du bon sens : l’éducation est, partout dans le monde, le sujet qui intéresse unanimement tous les citoyens. Tout parent veut transmettre la meilleure éducation possible à ses enfants, éducation au sens plein du terme, incluant les valeurs et les comportements. Je suis enfin convaincu parce qu’il existe encore des ilots où l’esprit universitaire prévaut toujours, où les meilleurs enseignants ne doivent pas s’exiler à l’étranger pour poursuivre une carrière universitaire et de recherche enrichissante. Le cas de la faculté de médecine illustre ce qu’il est possible de faire si on en a la volonté et qu’on aborde donc les problèmes sans faux fuyants. Mais il faut pour cela une masse critique d’enseignants habités par la même éthique, un rapport équilibré entre les jeunes et les anciens qui transfèrent cette culture maison, et enfin des effectifs maîtrisés.
La concertation sur l’ES doit permettre de définir, de façon non réductrice, la nature des problèmes auxquels l’enseignement supérieur est confronté et de parvenir à un consensus sur la manière la plus efficace et la plus pertinente pour les résoudre. Pour ne pas dépenser une énergie inutile dans des querelles inutiles, la concertation doit établir un principe de base qui est celui de savoir ce qu’elle est et donc ce qu’elle n’est pas, en procédant par exclusion. Est-elle une plateforme pour régler les problèmes corporatistes? Non car il y a d’autres cadres de concertation sur le sujet. Ce type de concertation est mené entre l’Etat et les différentes corporations, elle n’implique pas les citoyens. Elle n’est pas non plus le lieu pour définir les questions institutionnelles telles que celle du rattachement de l’une ou l’autre structure à une tutelle. Evitons les distractions qui faussent le débat : la recherche de boucs émissaires ne nous avance pas, on peut interroger l’histoire certes et il faut le faire pour en tirer les leçons, mais on ne peut pas la réécrire. Le cadre de la concertation doit inspirer le courage et la lucidité qu’exige la situation pour renverser la tendance et remettre le système sur la bonne voie.
Je voudrais, en vue de cette prochaine concertation, faire une modeste contribution dans la réflexion qui est engagée. L’intention est de faire ressortir ici quelques aspects des problèmes auxquels l’ES fait face et le débat de fond qui vaut la peine d’être mené pour le sortir de la situation de détérioration continue que nous observons depuis des décennies maintenant. L’enjeu est de repositionner l’Enseignement Supérieur à la place qui lui revient pour jouer le rôle qui est le sien dans le processus de développement du pays.
A mon avis, le Système d’ES souffre de plusieurs problèmes parmi lesquels on peut citer : un manque de vision, une absence de clarté dans l’orientation pédagogique, une faible qualité de l’enseignement, une insuffisante offre de formation, un manque de flexibilité et d’anticipation dans le pilotage et un modèle de financement non porteur qui est accessoirement une des sources de crises répétitives. Ces éléments ont concouru à produire un système inopérant.
Si ces problèmes sont connus, les différentes tentatives pour les résoudre n’ont pas connu les succès espérés, pour les raisons que nous développerons ici.
Il y a d’abord le manque de courage qui a caractérisé les différents gouvernements qui ont perverti le système en définissant les problèmes en termes de risque politique associé aux grèves et aux revendications qui ont un impact budgétaire. Perversion qui a résulté en la croyance véhiculée par les différents gouvernements selon laquelle l'enseignement supérieur est un centre de coût en lieu et place d’une institution ayant une mission. Missions de production du savoir, de création de valeurs, d’émergence de nouvelles idées et de formation de comportements. Le comportement des syndicats a encouragé la cristallisation de cette croyance.
Les différents gouvernements ne s’intéressent à l’enseignement supérieur que lorsqu’il y a une crise qui peut compromettre la paix sociale. Manque de vision donc puisqu’aucun document de politique de développement n'est arrivé à articuler de façon cohérente, en quoi un enseignement supérieur de qualité était un des ingrédients manquant pour que le Sénégal puisse avoir une économie dont la valeur ajoutée reflète un niveau élevé d'intelligence.
En ce qui concerne l’Orientation pédagogique, l’ES a été, pendant longtemps, défini autour de la seule UCAD. Créée dans le but d’élargir les capacités d’offre tout en évitant le modèle de Dakar, l’UGB n’a pas été la réponse que l’on attendait, en l’occurrence, une alternative de diversification et d’élargissement de cette offre. Vingt ans après sa création, les effectifs d’étudiants inscrits à l’UGB n’ont toujours pas atteint 6000 étudiants et l’UCAD ploie toujours sous le poids d’un effectif pléthorique. La création des nouvelles universités régionales n’a pas encore d’effet significatif sur le désengorgement de l’UCAD. En ce qui concerne les écoles et autres établissements d’enseignement supérieur, le système n’a pas connu de création de grandes écoles d’envergure depuis l’EPT et l’INDR, bien qu’il y ait des domaines tels que les mines, le tourisme où il y a des besoins de structures d’offre de formation. Nous avons assisté a une timide suppléance du privé par endroit. Cette évolution ne dénote pas toutefois une démarche guidée par une politique définie d’expansion maîtrisée de l’ES.
Cet élargissement non articulé du système a focalisé la gestion de l’ES autour de l’UCAD et ses problèmes. Ainsi toutes les crises et les mesures prises pour résoudre les problèmes de l’UCAD -il faudrait dire plutôt apaiser le climat social à l’UCAD- ont finalement déteint sur le système d’ES dans son ensemble. Plutôt que d’inscrire la communauté universitaire dans une dynamique de performance et d’éthique et déontologie universitaire, les réponses du gouvernement créeront plutôt une incitation à la revendication et négociation permanente qui crée un climat peu propice à l’excellence universitaire qui ne figure même plus dans les critères d’évolution des carrières. On peut citer à titre d’illustration du changement de perspective induite par une décision du gouvernement dans son souci de maintenir la paix sociale à tout prix, la titularisation des assistants qui est allée de pair avec l’introduction de pratiques qui ont perverti l’esprit universitaire. Les voyages d’études accordés sans obligation de rendre des comptes sont un cas, parmi d’autres de pratiques qui inhibent l’émergence d’une culture de l’excellence.
Les duplications actuelles occasionnées par la création de nouvelles universités sont coûteuses. Les mêmes cours sont dispensés par les mêmes professeurs dans ces nouvelles universités mal et sous équipées. Le surcroît de charge horaire d’enseignement que représentent ces vacations dans les nouvelles universités auquel il faut ajouter les heures complémentaires limitent fortement la propension à mener des activités de recherche. Il est désolant que l’Etat décide de créer des universités sans résoudre la question préalable de l’encadrement. Le système éducatif est mal préparé pour faire face à la demande d’enseignement supérieur associée à l’expansion de l’enseignement secondaire.
La qualité de l’ES, dont certaines de ses manifestations sont : un taux d’abandon d’environ 30% en première année, un taux élevé de redoublement -25% des étudiants de la même année redoublent- et un faible taux d’achèvement, connaît une détérioration continue(1 ) La maitrise des effectifs sous forme de contrôle de flux d’entrée pour que les recrutements soient en rapport avec les capacités d’accueil sera donc difficile à réaliser si le taux de succès n’est pas également amélioré.
Enfin, le faible pilotage du secteur résultant de l’insuffisance de ressources humaines nécessaires réduit les capacités d’anticipation et rend difficile l’élaboration d’une vision et la mise en œuvre de la politique du Gouvernement.
Suggestions et recommandations
Dès lors qu’il n’y a pas débat sur le fait que l’enseignement supérieur revêt un caractère stratégique pour le devenir de la nation, il incombe au Gouvernement de formuler une vision claire qui met en exergue ses ambitions pour le secteur et la traduction de cette vision en objectifs suffisamment clairs pour que leur compréhension soit à la portée de tous.
Il faudra donc se poser la question de savoir, s’il est judicieux dans ce contexte de continuer à créer des universités tous azimuts ou si au contraire il faudrait marquer une pause et donner la priorité à la rénovation de l’existant (UCAD et ST-Louis) pour en faire des Universités comme en rêve le Pr Bachir Diagne (cf. interview qu’il a accordé à Sud Quotidien ), et repenser l’orientation des Universités naissantes en trouvant un équilibre entre la création d’Universités nouvelles et les « Community collèges » par exemple dont l’idée a été avancée il fut un moment, cette orientation allant de pair avec un programme résolu de développement de nouvelles filières et de création de grandes écoles, tout en définissant des passerelles entre ces Etablissements d’enseignement supérieur.
Il faut imaginer des voies nouvelles pour diversifier l’offre de formation et définir à cette occasion une politique de promotion de l’ES privé. Le développement d’un partenariat public-privé pourrait être une piste à explorer. Le moment est opportun pour forger ce partenariat puisque certaines Universités et établissements d’Enseignement Supérieur privés ayant fait leur preuve explorent les voies d’expansion. L’Etat pourrait intervenir à ce niveau par la mise à disposition de terrain, de constructions et d’équipement, de formation des enseignants ainsi que l’octroi de bourses selon des modalités à définir. Ce partenariat aura le mérite de contribuer à disposer de suffisamment de capacités d’accueil qui permettraient de revoir le mode d’orientation actuelle des candidats à l’enseignement supérieur. Il consacrera une diversification des possibilités de choix aux nouveaux bacheliers et une mobilité des étudiants au cours de leur parcours universitaire grâce à la flexibilité que permet le système LMD.
Enfin, il serait souhaitable de promouvoir un programme renforcé de bourses d’études à l’étranger dans les domaines ciblés et insuffisamment offerts au Sénégal; en attendant de créer les conditions d’attirer des étudiants étrangers dans nos Universités, y compris pourquoi pas, ceux des pays du nord et d’Asie, afin de créer un cadre d’échanges dans les deux sens. Il est dommage, qu’aujourd’hui comme hier, des boursiers du gouvernement soient envoyés à l’étranger pour faire des études supérieures offertes dans les écoles et facultés du Sénégal. C’est clairement un indicateur du peu de crédit que l’Etat accorde à la qualité de son enseignement supérieur. Mais c’est en même temps un signe qui ne trompe pas sur le manque de volonté de l’Etat de réformer son enseignement supérieur ou pire, son défaitisme vis-à-vis de la situation.
C’est l’occasion de mettre en évidence ici certains mythes et d’en démontrer la vacuité, mythes qui à force d’être répétés ont acquis une valeur explicative. Prenez le mythe de la formation des bacheliers et diplômés chômeurs parce qu'ils ont fait des études de lettres. Une telle formulation infère que si les 30 ou 40000 diplômés de l’enseignement supérieur sénégalais étaient des ingénieurs, ils trouveraient tous du travail. Cela évidemment ne résiste pas à l’analyse. Combien d'ingénieurs, pourrait absorber l'économie sénégalaise dans sa structure présente? Les usines qui ferment dans les pays du nord mettent au chômage ingénieurs et autres corps de métiers sans distinction. Sans compter que dans une entreprise, y compris à dominante technologique, la répartition des effectifs entre personnel technique et autres professions est déséquilibrée en faveur des métiers non techniques. Toute économie, qu’elle soit développée comme en développement, a besoin de toutes les compétences. Le vrai problème est plutôt celui du dynamisme économique et de formation de qualité.
La réalité est que l'économie sénégalaise manque de dynamisme pour créer des emplois et que les diplômés ont un niveau de qualification notoirement insuffisant. L’autre réalité est que, pour paraphraser un grand professeur, la formation en sciences humaines au Sénégal n’en est pas une. D’après cet éminent professeur, on a des étudiants qui n’ont pas appris à lire pendant leur parcours pré-universitaire et qui rentrent à l’université sans être préparés. Les écoles et facultés ne sont pas organisées pour combler cette lacune, considérant dans une posture typiquement bureaucratique, que le baccalauréat est conféré, suivant les textes, à celui qui a un niveau permettant d’accéder aux études universitaires et que s’il y a complaisance et dévalorisation du baccalauréat, la solution de ce problème incombe à l’Etat qui a dévalorisé le baccalauréat pour des considérations de populisme politique. Le rattrapage et la mise à niveau ne sont pas leur problème.
Et pourtant il s’agit d’un problème urgent qui est en même temps simple à résoudre. Des pays comme les Etats-Unis et le Canada ont créé les Community College pour faire face à ce genre de situation. C’est une formule qui a fait ses preuves et créé des émules. Pour revenir à la situation de l’enseignement supérieur au Sénégal, même ceux des étudiants qui obtiennent leurs diplômes après 4 années d’études souffrent du handicap de ne pas savoir écrire et de ne pas avoir développé l’esprit critique. Les sureffectifs rendent impossibles le contrôle continu des connaissances, l’interaction étudiants/enseignants et l’entrainement à la rédaction sous forme de devoir de composition “paper essays en anglais”.
En ce qui concerne le financement de l’enseignement supérieur, nous éviterons de tomber dans le piège du débat classique entre d’une part, les défenseurs d’une forte contribution de l’Etat, donc mettant tout le poids financier sur le dos du contribuable, et d’autre part, ceux qui préconisent que le poids du financement de l’Enseignement supérieur doit être porté directement et individuellement par celui qui en bénéficie le plus, à savoir l’étudiant et ses parents. Nous privilégions le réalisme.
La problématique du financement doit être placée dans un contexte plus large et aller au-delà du débat sur des budgets actuels pris comme repères. L’éclairage qui est porté actuellement sur la question n’est pas pertinent. L’emphase sur la mauvaise allocation des ressources n’apporte pas de réponse durable. Car même dans une hypothèse où il n'y aurait pas de système d’œuvres universitaires et de bourses, le budget serait notoirement insuffisant pour un enseignement supérieur de qualité.
Question : au nom de quoi l'enseignement supérieur ne serait-il pas un investissement au même titre que les infrastructures physiques? Même à son niveau actuel de développement qui est notoirement insuffisant, le capital humain est un atout qui procure au Sénégal des avantages importants. Le développement du secteur des services et des TICs est le plus grand pourvoyeur d’emplois valorisants ces dernières années, c’est également un secteur où le Sénégal s’est taillé une place sur le continent. Le développement du capital humain exigera beaucoup d’investissements si on veut continuer d’en jouir et passer à une phase plus avancée. Il ne faudrait donc pas hésiter à emprunter pour investir dans l’ES. Il faudra chercher des financements innovants comme on le fait dans d’autres secteurs. Pourquoi ne dépenserions-nous pas la même énergie pour obtenir un financement conséquent de l’enseignement supérieur pour les 10-15 ans à venir au même titre que nous l’avons fait pour mobiliser le financement de l’autoroute à péage, l’aéroport Blaise Diagne et le secteur de l’électricité ? Cela permettrait de régler la question cruciale de l’encadrement sachant que le marché du talent est internationalisé, d’équiper correctement nos bibliothèques et nos laboratoires et de développer une recherche de qualité. Sachant qu'entre temps, la croissance économique associée avec un enseignement supérieur de qualité permettra de faire face aux échéances et que les universités auront entre temps développé des produits permettant de réduire la dépendance vis-à-vis du financement public.
Le financement des Universités passe aussi par une bonne politique de maîtrise de leurs coûts partout où cela est possible. Au demeurant un effort doit être fait pour une plus grande transparence et meilleure rationalisation dans l’utilisation des ressources mises à disposition des Universités et Etablissements d’Enseignement Supérieur et accroitre leur productivité.
Tels me paraissent être certains des axes de la problématique de l’ES au Sénégal.
Un début de réponse à certains de ces problèmes est apporté dans les programmes en cours en direction des universités avec comme levier les Contrats de performance, mais ces contrats méritent d’être soutenus par des réformes hardies dans les domaines ci-dessus mentionnés.
Il faudrait penser d’ores et déjà aux dispositions à prendre pour garantir le succès de cette concertation, succès qui serait concrétisé par la traduction en mesures opérationnelles des recommandations de la concertation et la définition des chantiers à mettre en place dans le cadre d'un programme volontariste de développement de l’enseignement supérieur, à la réalisation duquel le secteur privé, les partenaires au développement, les parents d'élèves et amis de l'école sénégalaise seront sollicités.
Pour ce travail, les recommandations réalisables dans le court terme auront pour objectif de créer un climat propice au fonctionnement d'un enseignement supérieur de qualité. Un plan de développement stratégique sera préparé pour le moyen et long terme. Ce plan doit pouvoir répondre à l'augmentation de la demande liée à la croissance démographique, aux demandes de qualifications d'une économie dont la compétitivité repose sur l'intelligence, au besoin de diversification des structures d'offre d'enseignement supérieur et de compétition dans la création du savoir, au recrutement des étudiants, des enseignants et des chercheurs. Ce plan doit aussi être compatible avec les réalités macro-économiques du pays qui ne devraient pas exclure le recours au grand emprunt pour réaliser une vision ambitieuse d’un enseignement supérieur de qualité. La préparation d’une carte de l’Enseignement supérieur sera un outil utile de planification et de mise en œuvre de la vision du Gouvernement et de certaines recommandations de la concertation.
Si cette concertation doit nous conduire à disposer de l’université moderne de notre rêve, que nous nous engagerons à bâtir pour la jeunesse actuelle qui aspire à bénéficier d’un enseignement supérieur qui réponde à ses aspirations et pour les générations futures, donnons-nous le temps et les moyens de le faire.
La concertation nationale ne doit pas être une négociation entre le gouvernement et les syndicats, les instances appropriées pour cela existent et sont connues. Le problème crucial du corps enseignant sera abordé dans une perspective nationale et en rapport avec les ambitions de construire l’université du 21ème siècle qui attire les meilleurs. Cette stratégie de formation de l’encadrement devra tenir compte évidemment de l'enseignement public et privé et des choix que le gouvernement aura fait sur les filières prioritaires que ce soit dans le domaine de l'enseignement ou de la recherche. Mais elle devra se projeter surtout sur un horizon à 20-25 ans. Il est évident qu’il n’y a pas de place pour des considérations corporatistes dans ce schéma. Nous parlons de l’avenir de nos enfants et de nos petits enfants.
La logique de confrontation qui a prévalu jusqu'à présent dans ce secteur a fait oublier que les différents acteurs du système poursuivent les mêmes intérêts. A force de ne pas trouver de solutions véritables en raison de la logique de négociation qui guide les rapports entre les différents partenaires, on assiste a une détérioration continue du système, les problèmes s’amplifient. La concertation doit s’inscrire dans une logique de rupture avec la psychologie de la négociation, il s’agit de rechercher en commun des solutions aux problèmes qui nous interpellent.
Il est temps de mettre les choses à plat pour créer les conditions d’un redémarrage prometteur de l’Enseignement supérieur. Si la mise en place de ce redémarrage rencontre des oppositions de nature corporatistes et nécessite une année blanche pour un redémarrage sur une base consensuelle de réformes, de plan d’actions et d’un programme d’investissement pour sa mise en œuvre, décidons d’une année blanche en continuant de payer les salaires et les bourses. Comparé aux années académiques connues ces dernières années ponctuées de multiples arrêts de cours ; retards de démarrage, d’années scolaires achevées au forceps avec les résultats que nous connaissons, on ne perd rien. L’année blanche convenue aura le mérite de faire réfléchir les acteurs dans la sérénité et de repartir du « bon pied ». Dans ce nouvel état d’esprit, convenons d’une charte - sans arrière-pensée partisane avec la seule motivation de restaurer l’Enseignement supérieur du pays - qui garantirait la paix dans le secteur pour les cinq à six prochaines années.
Ceux qui tirent profit du système actuel seront réticents à tout changement. Ceux qui attendent avec impatience le développement futur de l’Enseignement Supérieur, et ils sont nombreux, seront des alliés sûrs. La réforme n’est une menace pour personne, elle ne se fait pas contre un groupe ou une catégorie particulière, elle est une opportunité pour préparer un meilleur avenir pour nos enfants et petits enfants.
Le mot de la fin: on éduque pour demain ; et l'éducation ne doit pas être perçue dans sa seule dimension utilitariste, mais avant tout pour former l'homme dans sa totalité.
Par Alassane Diawara - Ancien Fonctionnaire de la Banque Mondiale
Directeur Général de la Société Education pour le Développement et l'Excellence en Sciences,
Techniques et Innovations en Afrique - EDESTIA - SA - Email : [email protected]
Source Document d’Evaluation du Projet Enseignement supérieur IDA Mai 2011