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Par M. El Hadji Amadou Niang
Quand le tumulte du Moyen-Orient pourrait ébranler l’Afrique
EXCLUSIF SENEPLUS - Flambée de l'énergie, inflation et fragilisation géopolitique... Plongée dans les répercussions inévitables d'une guerre lointaine sur les équilibres macroéconomiques du continent
 
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1002851
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Perspectives économiques et géopolitiques

Le 28 février 2026 pourrait rester dans les mémoires comme le jour où le Proche-Orient a vu s’embraser une confrontation ouverte entre Israël, les États-Unis et l’Iran. Bien que le conflit en soit à ses premiers stades, il est déjà possible d’en percevoir les répercussions, qui pourraient dépasser largement le théâtre régional et atteindre l’Afrique, frappant ses économies et ses aspirations de stabilité. Dans un monde profondément interconnecté, aucune nation ne peut demeurer isolée face aux tensions internationales, et il n’est pas improbable que la flambée des prix de l’énergie, la volatilité des devises et les perturbations des flux commerciaux affectent directement les équilibres macroéconomiques africains. Il apparaît donc nécessaire de considérer avec prudence, mais aussi avec lucidité, les impacts immédiats et ceux qui pourraient s’avérer structurels et durables sur le continent.

Des impacts économiques immédiats et directs sur les économies africaines

Parmi les premières conséquences que l’on pourrait observer figure une grande instabilité sur les marchés de l’énergie. La crainte d’une perturbation de l’approvisionnement, notamment par le détroit d’Ormuz, pourrait alimenter une hausse rapide des prix du pétrole. Pour de nombreux pays africains importateurs nets de produits pétroliers, cette évolution pourrait se traduire par un alourdissement du coût des carburants, une pression accrue sur les budgets publics et, en cascade, une augmentation du prix des biens essentiels. L’inflation importée, bien que dépendant de la durée et de l’intensité du conflit, pourrait peser sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la capacité des entreprises à maintenir leurs investissements et leurs activités économiques.

Les routes commerciales, vitales pour le continent, pourraient également connaître des tensions inédites. La hausse des coûts logistiques, des primes d’assurance et la possibilité de retards dans l’acheminement des marchandises pourraient affecter la compétitivité des économies africaines, déjà vulnérables aux fluctuations extérieures. Si le conflit se prolonge ou s’intensifie, il n’est pas exclu que ces effets s’accentuent, rendant les ajustements conjoncturels plus difficiles à gérer et augmentant l’incertitude sur la croissance économique.

 

Des conséquences structurelles et durables sur les trajectoires africaines

Au-delà des effets immédiats, le conflit pourrait également générer des conséquences structurelles plus profondes. La simple incertitude géopolitique est susceptible d’accroître l’aversion au risque des investisseurs internationaux. Les flux de capitaux vers le continent pourraient se ralentir, affectant la réalisation de projets d’infrastructure et de développement industriel. Cette situation pourrait, à terme, exercer une pression sur les monnaies locales et renchérir le coût du service de la dette extérieure. Les États africains, confrontés à ce double défi, pourraient être contraints de réajuster leurs priorités budgétaires, avec des implications possibles sur l’éducation, la santé et les politiques sociales.

Le conflit pourrait également entraîner des répercussions géopolitiques et sécuritaires. L’attention internationale, détournée vers le Proche-Orient, pourrait réduire le soutien extérieur consacré à la sécurité, au développement et aux crises humanitaires en Afrique. Les corridors stratégiques comme la mer Rouge ou le golfe d’Aden pourraient devenir plus vulnérables, augmentant les coûts logistiques et compliquant la circulation des marchandises. Il est même concevable que la recomposition des alliances internationales mette certains États africains dans des positions diplomatiques délicates, les obligeant à naviguer entre intérêts divergents et choix stratégiques complexes.

Conclusion

Ainsi, le conflit débuté le 28 février 2026 pourrait rapidement démontrer que les tensions régionales ne restent jamais confinées à leur zone d’origine. Les économies africaines pourraient subir des pressions directes et indirectes, qu’il s’agisse de la flambée des prix de l’énergie, de l’inflation importée, de la contraction des investissements ou de la fragilisation des monnaies. Les effets potentiels sur le long terme pourraient redessiner les trajectoires économiques et stratégiques du continent, affectant sa souveraineté, sa sécurité et ses perspectives de développement.

Mais au-delà de l’économie, c’est le respect du droit international qui se trouve en jeu. Le recours à la force, hors d’un cadre validé par le Conseil de sécurité des Nations unies, pourrait fragiliser l’ordre mondial et les principes qui régissent les relations entre États. Pour l’Afrique, attachée au multilatéralisme et à la primauté des normes internationales, cette dérive constitue une inquiétude profonde. La logique de puissance pourrait primer sur la justice, et les plus vulnérables risqueraient d’en être les premières victimes.

Face à cette réalité, il est légitime de s’interroger : la communauté internationale pourra-t-elle préserver la paix, la stabilité et la prospérité partagée si le respect du droit international et l’autorité des institutions chargées de le garantir cessent d’être la boussole universelle guidant les décisions des puissances et protégeant les plus vulnérables ? Cette interrogation, à la fois économique, morale et humaine, résonne comme un appel à la lucidité et à la responsabilité collective, afin que la tempête actuelle ne se transforme pas en catastrophe globale.

M. El Hadji Amadou Niang est ancien fonctionnaire international à l’Organisation de l’Unité Africaine et au secrétariat général de l’ONU, ancien Ambassadeur du Sénégal et consultant international de haut niveau.

 

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