(SenePlus) - Diamniadio, 6 juin 2026. Devant des milliers de délégués venus des 553 communes du Sénégal et de la diaspora, Ousmane Sonko a prononcé un discours-fleuve à l'occasion du premier congrès ordinaire de Pastef-Les Patriotes, dont il vient d'être reconduit à la présidence à l'unanimité. Une prise de parole hautement politique, qui va bien au-delà du rituel congressiste, pour tracer des lignes rouges et lancer de sévères avertissements.
Le président de l'Assemblée nationale a consacré une partie significative de son allocution à ce qu'il a qualifié d'« interventions extérieures » menaçant directement le projet politique de Pastef. « Notre révolution est guettée aujourd'hui justement par ces interventions extérieures. Tout ce qui se passe actuellement au Sénégal ne relève pas seulement de considérations endogènes », a-t-il déclaré, sans nommer explicitement les acteurs visés, mais promettant d'y revenir « dans d'autres développements ».
Loin de verser dans l'alarmisme, Sonko a tenu à rassurer ses militants : « Aucun projet de sabotage de cette révolution n'aboutira, parce que le peuple debout à côté de Pastef donnera les garanties qu'il faut pour qu'enfin nous puissions libérer notre pays. » Il a également expliqué pourquoi le projet Pastef cristallise autant d'hostilités au-delà des frontières : « On se bat contre Pastef, on déploie énormément d'énergie contre le projet Pastef parce qu'on voit au-delà de Pastef, on voit l'inspiration que Pastef peut produire à travers l'Afrique. » Une preuve de rayonnement, à ses yeux : dans plusieurs pays africains, des mouvements se sont déjà réclamés du modèle Pastef en l'adaptant à leur contexte.
Une flèche décochée vers le sommet de l'État
Mais c'est sans doute la charge contre « certains au sommet de l'État » qui constitue le moment le plus politiquement chargé du discours. Sans prononcer le nom du président Bassirou Diomaye Faye — qui l'a limogé de la primature le 22 mai dernier —, Sonko a clairement visé la tête de l'exécutif. « Il arrive parfois que certains au sommet de l'État soient tentés de prendre leurs distances avec la dynamique populaire qui les a portés, au nom de la stabilité, des équilibres institutionnels ou des contraintes du moment, et souvent pour des raisons beaucoup plus obscures », a-t-il lâché.
Pour lui, ce risque de dérive existe dans toute révolution, et « ce qui se passe sous nos yeux en est une confirmation ». Il a alors posé un principe doctrinal fondamental : « La révolution sénégalaise ne repose pas sur des trajectoires individuelles. Tout ce qui se trouvera en dehors de ce socle ne peut en aucune manière représenter Pastef-Les Patriotes. » Un acte de délimitation politique aux allures d'ultimatum.
Sonko a également salué ceux qui, au sein de l'appareil d'État, ont choisi de rester fidèles à la ligne du parti, évoquant « ces dignes ministres qui ont préféré garder la ligne du parti plutôt que de se compromettre », ainsi que des directeurs généraux « démis dans les jours et mois à venir simplement parce qu'ils ont refusé de dire oui à la trahison de leur peuple ».
Un parti qui se mue en force de transformation
Au-delà de ces mises en garde, Sonko a fixé la nouvelle ambition de Pastef : ne plus être un simple mouvement de rupture, mais devenir « le parti de transformation historique », autrement dit, selon ses propres termes, « le parti révolutionnaire ». Sa matrice idéologique repose sur un « panafricanisme souverainiste de transformation démocratique », puisant dans la pensée de Cheikh Anta Diop, Amilcar Cabral et Thomas Sankara.
La souveraineté, fil conducteur du congrès dont elle est la thématique principale, est définie non comme un slogan mais comme une exigence concrète, à organiser méthodiquement. « La souveraineté ne se décrète pas, elle s'organise », a martelé Sonko. Ce qui implique, selon lui, un État stratège, un parti discipliné et formateur, et un bloc populaire en construction permanente autour des travailleurs, des femmes, des paysans, des jeunes et de la diaspora.
Sonko a également adressé un hommage vibrant aux plus de 80 morts recensés par les organisations de défense des droits humains lors des manifestations de 2021 à 2024, aux centaines de militants emprisonnés, blessés ou humiliés. « Leur mémoire doit nous obliger. Aucune logique politique ou politicienne ne doit justifier qu'on piétine aujourd'hui la mémoire de ces jeunes », a-t-il déclaré, avant de prévenir : « Une révolution qui oublie ses martyrs finit toujours par oublier son peuple. »
Un message destiné tout autant à ses troupes qu'aux occupants actuels du palais présidentiel.