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Tout ce qui se fait sans le peuple trahit le peuple, alerte AAR Sunu Constitution
La coalition citoyenne réunissant quinze organisations a tenu une conférence de presse ce samedi à Dakar pour exiger la suspension du calendrier parlementaire et un référendum sur la réforme constitutionnelle en cours
 
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(SenePlus) - La coalition citoyenne réunissant quinze organisations a tenu une conférence de presse ce samedi à Dakar pour exiger la suspension du calendrier parlementaire et un référendum sur la réforme constitutionnelle en cours.

C'est un avertissement solennel que la plateforme citoyenne AAR Sunu Constitution — « Protégeons notre Constitution » en wolof — a lancé ce samedi 27 juin à Dakar. Dans un pays où le calendrier institutionnel s'emballe, le collectif a choisi de faire entendre la voix de ceux que les textes convoquent en théorie, mais que les procédures ignorent en pratique : les citoyens.

Le déclencheur est précis. Le 20 juin 2026, la conférence des présidents de l'Assemblée nationale enclenche la procédure d'adoption de la proposition de loi constitutionnelle n°17/2026, déposée par le groupe parlementaire Pastef. Le texte est adopté en première lecture le 22 juin. L'examen en commission des lois se tient le 24 juin. Le vote en séance plénière est programmé pour le lundi 29 juin. En neuf jours, une réforme fondamentale aura traversé toutes les étapes parlementaires, sans que le public n'ait accès à la mouture finale du texte, ni à la position officielle du chef de l'État.

Une crise institutionnelle en toile de fond

Pour la plateforme, cette précipitation ne peut se lire indépendamment du contexte politique. La rupture consommée entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, limogé de la primature le 22 mai 2026 avant de prendre la présidence de l'Assemblée nationale, place le Sénégal dans une situation inédite : deux institutions majeures de la République — l'exécutif et le législatif — se trouvent en opposition ouverte, sans arbitre opérationnel. Le Conseil constitutionnel s'étant déclaré incompétent sur la modification de certains articles de la Constitution, AAR Sunu Constitution considère que l'arbitre ultime ne peut être que le peuple lui-même.

« Quand moins de 2 millions de personnes donnent une majorité absolue à 130 députés, alors qu'il y a près de 10 millions de citoyens en âge de voter dans ce pays, on doit se poser des questions sur l'absolutisme de cette majorité », a déclaré le coordonnateur de la plateforme, lors de la conférence de presse. Une formule qui remet en cause non pas la légalité du processus, mais sa légitimité démocratique.

La plateforme s'est dotée de deux missions fondamentales. La première : consolider l'État de droit par le consensus, en exigeant que toute modification touchant aux piliers de la République soit soumise à la volonté populaire. La seconde : anticiper et prévenir, en se positionnant comme une force citoyenne d'alerte et de proposition, capable de mobiliser les forces vives de la nation avant que l'irréparable ne soit accompli.

Sur le plan opérationnel, AAR Sunu Constitution a lancé une pétition dans la nuit du 24 au 25 juin qui a déjà recueilli plus de 1 500 signatures. Le collectif a également saisi formellement le président de la République, lui demandant de privilégier la voie référendaire, ainsi que le président de l'Assemblée nationale, à qui il demande de surseoir au calendrier parlementaire en cours afin qu'un débat national large puisse précéder tout vote.

"Tout ce qui se fait sans le peuple trahit le peuple"

La déclaration liminaire lue lors de la conférence de presse résume la philosophie de la démarche en une sentence appelée à circuler : « Tout ce qui se fait sans le peuple trahit le peuple. Tout ce qui se fait au nom du peuple engage le peuple. » Un appel à la nation a également été lu, enjoignant le chef de l'État, gardien de la Constitution, et les députés à garantir que l'écriture de la charte fondamentale du pays se fasse « dans l'écoute des citoyens, le respect des équilibres et la recherche de la paix durable ».

Parmi les points de fond sur lesquels la plateforme réclame un débat national ouvert figurent notamment l'hyper-présidentialisme, la fragilité de la séparation des pouvoirs, la modernisation du cadre électoral et l'indépendance de la justice. La réforme parlementaire elle-même porte sur plusieurs innovations significatives : la création d'une Cour constitutionnelle en remplacement du Conseil constitutionnel, l'incompatibilité entre la présidence de la République et la direction d'un parti politique, le renforcement des attributions du Premier ministre et l'élargissement des prérogatives de l'Assemblée nationale.

La plateforme a annoncé la publication prochaine de ses premières grilles de lecture et une tournée vers l'ensemble des acteurs de la vie nationale. Le message à destination des élus est sans ambiguïté : « Ce n'est pas encore trop tard pour bien faire. »

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