Le président colombien, Gustavo Petro, a fait preuve d’une témérité extraordinaire lors de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations unies, cette semaine, dans son discours. Il n’a ménagé ni Donald Trump ni Benyamin Netanyahou. Un ton qui n’a pas du tout plu à Washington, qui va le déclarer persona non grata.
À la tribune, il s’est attaqué frontalement et nommément à Donald Trump, sans détour, l’accusant de crimes contre les migrants. Il a évoqué l’assassinat récent de migrants latino-américains dans la mer des Caraïbes, crime qu’il impute directement à l’ancien président américain, lequel avait présenté ces victimes comme de simples trafiquants de drogue. Petro n’a pas non plus épargné Benyamin Netanyahou, qu’il a accusé de crimes à Gaza, commis avec la complicité totale de Trump.
Alors que d’autres dirigeants latino-américains, comme le Chilien Gabriel Boric, se sont contentés de dénoncer la situation à Gaza, Petro est allé bien plus loin. Dans une charge d’une rare violence, il a mis en cause les injustices que les puissances occidentales – États-Unis et pays européens – infligent au reste du monde, tout en continuant de le piller pour leurs propres intérêts.
Le chef de l’État colombien a même affirmé que les véritables trafiquants de drogue ne se trouvent pas en Amérique latine, mais à New York, « à deux pas de l’ONU », et à Miami. Il a exigé que les exécutants comme les commanditaires de l’assassinat des migrants latinos soient poursuivis. Il a défendu avec force sa région, accusant Trump de racisme, de suprémacisme et d’être obsédé par le capital. Petro a dénoncé la barbarie, notamment à Gaza. Alors que Trump assassine au nom de la lutte contre le trafic de drogue, Petro a rappelé que son propre gouvernement avait mené des actions efficaces contre ce fléau sans verser de sang, contrairement aux méthodes brutales de l’ex-président américain. Il a enfin pointé du doigt une alliance mondiale de l’extrême droite qui, selon lui, opprime les peuples.
Comme si cela ne suffisait pas, Petro a participé, sur le sol américain, à une marche pro-palestinienne. Pour l’administration Trump, ce fut la goutte de trop : Gustavo Petro a été déclaré persona non grata. Mais loin de se laisser intimider, il est rentré honorablement dans son pays, convaincu d’avoir accompli un geste fort.
Déjà, son style vestimentaire avait donné le ton : pas de costume-cravate, mais une simple chemise et un pantalon blancs, décontractés. Une image en rupture avec le protocole onusien.
Les dirigeants latino-américains sont coutumiers de cette audace face à Washington, là où les chefs d’État africains apparaissent souvent trop sages, obséquieux et incapables d’indignation. On se souvient encore des prises de position tranchées de l’ancien président vénézuélien Hugo Chávez Frías ou du Bolivien Evo Morales, entre autres.