Le Musée des civilisations noires de Dakar accueille pour trois ans une exposition majeure consacrée au génie du sculpteur sénégalais. Ousmane Sow intemporel est une invitation à l’appropriation africaine de la grandeur.
Il y a des soirs où un musée cesse d’être un bâtiment pour devenir une expérience. Le vernissage de l’exposition Ousmane Sow intemporel, au Musée des civilisations noires de Dakar, est de ceux-là. Pendant trois ans, les œuvres du sculpteur sénégalais prendront possession des salles de ce temple du patrimoine africain. Et le directeur de l’institution, dans un discours aussi précis que lyrique, a expliqué pourquoi ces retrouvailles tiennent de l’évidence. «Ousmane Sow appartient à cette catégorie d’artistes qui transforment l’art en matière, en pensée visible», a déclaré le professeur Mouhamed Abdoullah Ly devant un parterre d’autorités, de diplomates et d’amis de la culture. «Chez Sow, la sculpture ne façonne pas des formes, a-t-il affirmé, elle fait surgir des présences. Au silence du bronze, au silence de la terre, à celui des textures, l’artiste a su donner la parole, pour parler de mémoire, de lutte, de noblesse, de dépassement», a-t-il ajouté.
Ce qui frappe d’abord le visiteur qui entre dans la salle, c’est la puissance plastique des œuvres. L’ampleur des volumes, la tension des muscles, la densité des postures, la gravité des visages ne manqueront pas d’être remarquées. Mais ce qui saisit plus profondément encore, selon le professeur Ly, c’est la monumentalité et surtout sa charge. Car cette monumentalité, souligne le directeur, n’est ni décorative ni naïve. Elle est «brûlante», portée par un message que les œuvres adressent directement au visiteur. «Hissez-vous à la hauteur de l’histoire qui est vôtre. En un temps où l’injonction à la docilité reste tenace, l’œuvre de Sow dit tout le contraire. Nous sommes capables de grandir», a-t-il commenté.
ux œuvres ouvrent la méditation. La première, un héros sculpté, est une interrogation sur la liberté et la capacité des corps à se défendre. La seconde, Nelson Mandela, transcende le portrait historique pour devenir, selon le directeur, «une pédagogie de la patience, de la résistance et de la réconciliation». Plus loin, les séries Nuba, Masaï, Zulu et Little Big Horn ne sont pas de simples évocations ethnographiques. «Elles sont des méditations sur la cohésion collective, la beauté des héritages, la noblesse de peuples dont la mémoire touche à l’humain dans sa dimension la plus vaste», a précisé le directeur du Musée des civilisations noires
Kinésithérapeute de formation, Ousmane Sow connaissait le corps de l’intérieur. Mais le corps qu’il sculpte est tout autre chose qu’une anatomie. Il est «archivé par les traces du combat, de la fatigue, de la persévérance, de l’honneur». Par l’échelle qu’il lui donne, il restitue à des figures et à des histoires souvent marginalisées, une centralité neuve. «Son œuvre est africaine sans enfermement, sénégalaise sans provincialisme, mondiale sans déracinement», a noté le professeur Ly.
Accueillir Sow au Musée des civilisations noires n’est donc pas un acte anodin. Ce musée, rappelle son directeur, «n’est pas un lieu neutre : il est une affirmation intellectuelle». Il rappelle que l’Afrique ne vient pas seulement compléter l’histoire des autres. Elle pense la sienne, l’expose, l’interprète, la transmet.