Et si Dieu avait créé l’homme et la femme en même temps ? C’est ce que révèle la cosmogonie diola, une tradition spirituelle d’Afrique de l’Ouest, où la création du monde est racontée autrement que dans la Bible ou le Coran.
Dans cette interview exclusive, le Dr Paul Diedhiou, anthropologue et enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor, revient sur la vision diola de la création, le rôle central de la femme dans les religions ancestrales et le culte d’Aline Sitoé Diatta, figure emblématique de la spiritualité féminine en Casamance. Interview réalisée à Dakar, en marge du colloque international Munto 2025 au Musée des Civilisations Noires.
Les récits de la création du monde sont légion et varient d’une culture à une autre, d’une croyance à une autre. Les versions les plus connues sont probablement celles de la Bible et du Coran, selon lesquelles Dieu créa Adam, puis Ève, tirée de la côte d’Adam, afin qu’ils puissent peupler la Terre et jouir de tout ce que Dieu y avait mis.
Mais dans la cosmogonie diola, la conception de la création diffère profondément. Dieu n’a pas d’abord créé Adam, puis Ève ensuite : les deux ont été créés ensemble. Et avant même qu’ils n’acceptent de former un foyer, des tensions seraient apparues entre eux, selon le Dr Paul Diedhiou, anthropologue et enseignant-chercheur à l’Université Assane Seck de Ziguinchor. Il s’exprimait dans une interview accordée à Seneplus.
« La femme occupe une place centrale dans les religions africaines »
Le Dr Diedhiou a été interviewé à Dakar, en marge du colloque international Munto, tenu au Musée des Civilisations Noires.
L’un des panels, intitulé « Femmes et spiritualité en Afrique », réunissait Rémi Sipi (Guinée équatoriale), Wanjeri Gakuru (Kenya) et Paul Diedhiou (Sénégal).
Les intervenants ont mis en lumière la centralité du rôle de la femme dans les religions ancestrales africaines.
Une position privilégiée que la colonisation, la christianisation, l’islamisation et le patriarcat ont progressivement affaiblie, reléguant la femme au second plan dans la spiritualité.
Les femmes, piliers du sacré
Les exposés des trois panélistes ont convergé sur un même point : dans les religions endogènes, les femmes occupaient un rôle spirituel majeur.
Chez les Bubi de Guinée équatoriale, par exemple, elles détenaient un grand pouvoir social et religieux.
De même, chez les Joola, comme l’a expliqué Paul Diedhiou, la femme est perçue comme gardienne du lien entre le monde visible et invisible, pilier de la continuité spirituelle et sociale.
Le culte d’Aline Sitoé Diatta, symbole de la spiritualité féminine
Paul Diedhiou, qui est aussi un spécialiste de la culture joola, évoque également dans cette interview le culte de la résistante Aline Sitoé Diatta, figure emblématique de la Casamance.
Selon lui, cette héroïne nationale incarne à la fois la résistance politique et la puissance spirituelle des femmes dans la tradition joola.
Son culte, encore vivace aujourd’hui, illustre le rôle essentiel des femmes dans la préservation de la spiritualité et de la cohésion communautaire en Casamance.