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26 avril 2025
LEOPOLD SENGHOR
REMETTRE LES ASSISES NATIONALES AU CENTRE DE LA PRÉSIDENTIELLE
EXCLUSIF SENEPLUS - Un séminaire citoyen d'experts et de militants veut souligner l'actualité des Assises et des recommandations de la CNRI face au péril démocratique. Leur esprit de consensus représente une boussole pour une meilleure gouvernance
À trois mois de l'élection présidentielle sénégalaise de février 2024, la société civile s'empare des Assises nationales de 2009 et des conclusions de la Commission Nationale de Réforme des Institutions (CNRI) pour alimenter le débat politique, dans un contexte national tendu marqué par des entraves à la liberté, la répression des voix dissidentes, les arrestations de militants, le refus d’exécution des décisions de justice.
C'est l'objet du séminaire citoyen d’une journée organisé ce samedi 25 novembre 2024 dans les locaux de l’éditeur L’Harmattan, à l’entrée de la VDN à Dakar par le site d’information SenePlus, les organisations de la société civile Sursaut Citoyen et Demain Sénégal. Ces acteurs entendent notamment mettre en lumière les conclusions issues d'un processus participatif et consensuel qui a réuni de manière tout à fait historique l'ensemble des forces vives du pays.
Au programme, des sessions animées par d'éminentes personnalités telles que l'ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum, la juge Dior Fall Sow, l’économiste Jean-Louis Corréa, l’universitaire Abdoulaye Dieye et le leader de la société civile Moussa Mbaye. Il s'agira d'analyser en profondeur la méthodologie, les approches et le contenu des Assises et du travail remarquable de la CNRI, afin d'en diffuser une compréhension commune au sein des forces vives de la société.
Cette initiative se propose ainsi de réactiver l'esprit et la lettre des Assises face aux défis actuels de l'État de droit, en fournissant aux citoyens des éléments permettant d'exiger des engagements concrets des prétendants à la magistrature suprême sur ces questions cruciales.
Au-delà de la présidentielle à venir, les organisateurs du séminaire entendent promouvoir dans la durée, les valeurs démocratiques de consultation, de participation et de redevabilité mises en avant par cet acquis majeur du débat national sénégalais.
En un mot, il s’agit de mettre la démocratie participative au centre de la gouvernance au Sénégal. Certainement le meilleur moyen pour sortir le pays d’un hyperprésidentialisme décrié depuis plus de six décennies par de bien nombreux acteurs de la vie publique.
LES ANNÉES NOIRES DE LA DISSIDENCE SOUS SENGHOR
De la dissolution du PAI à la mort en détention du philosophe Omar Blondin Diop, retour sur les méthodes implacables déployées par le régime du président-poète pour museler toute opposition politique au Sénégal entre 1960 et 1976
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 10/11/2023
La période allant de 1960 à 1976 au Sénégal a été marquée par une répression formidable de l'opposition politique orchestrée par le régime du président Léopold Sédar Senghor. Pourtant, ce pan méconnu de l'histoire du pays commence seulement à être étudié de manière approfondie, à la faveur de témoignages récents mais aussi d'un travail publié dans la nouvelle édition de la Revue d'Histoire Contemporaine de l'Afrique.
Son auteur, Florian Bobin, y explore à travers différents "fragments" plusieurs épisodes marquants qui éclairent la manière dont le nouvel Etat sénégalais a cherché à museler toute voix dissidente. De la dissolution du parti d'opposition PAI dès 1960 aux arrestations massives de militants pendant la période dite des "années 1968", en passant par la crise politique de 1962 et la répression du mouvement étudiant, l'article offre une première synthèse rare sur le sujet.
Le Parti Africain de l'Indépendance, principal opposant au régime, fait les frais de l'autoritarisme naissant dès les premières élections. "La police a commencé à massacrer les gens", témoigne Ismaïla Traoré, ancien militant du PAI. Le lendemain, le parti est dissous et ses leaders emprisonnés. Une répression qui inaugure selon l'auteur la politique d'intimidation menée par l'État durant cette période.
Les syndicats étudiants comme l'UGEAO ne sont pas davantage épargnés, subissant dissolutions et interdictions de manifestation. En décembre 1962, la crise atteint son paroxysme avec l'arrestation spectaculaire du Premier ministre Mamadou Dia, condamné à la prison à vie. Cet épisode marque un tournant vers un régime de plus en plus présidentialiste.
À partir de 1966, toute opposition se retrouve reléguée dans la clandestinité avec l'instauration de l'État-parti. Le mouvement de mai 68 est durement maté plusieurs opposants sont condamnés à des peines de prison, comme les membres du groupe des "incendiaires" ou du parti And Jëf dans les années 1970.
En combinant analyses historiques et témoignages inédits, l'article de Florian Bobin contribue ainsi à lever un coin du voile sur cette période longtemps passée sous silence. Elle invite à poursuivre l'exploration de ce pan méconnu mais révélateur de l'histoire politique du Sénégal.
par Texte Collectif
AFFAIRE OMAR BLONDIN DIOP, L’HEURE DE VÉRITÉ
50 ans après la mort en détention du philosophe, une cinquantaine de personnalités politiques, intellectuelles et artistiques, dont Boris Diop, Felwine Sarr, Mohamed Mbougar Sarr entre autres, exhortent à réouvrir le dossier judiciaire
50 ans après la mort en détention du philosophe Omar Blondin Diop, une cinquantaine de personnalités politiques, intellectuelles et artistiques exhortent les autorités sénégalaises à réouvrir le dossier judiciaire. Un appel renforcé par le témoignage du juge à l’époque chargé de l’enquête, une nouvelle reconstitution 3D des dernières heures du détenu ainsi que la révélation inédite d’un ancien collaborateur du président Senghor.
La tragique disparition d’Omar Blondin Diop le 11 mai 1973 à la prison de Gorée n’est toujours pas élucidée 50 ans après. Selon la version officielle, il se serait suicidé dans sa cellule.
Le 6 juin 1973, le père d’Omar, feu le Dr Ibrahima Blondin Diop, a déposé une plainte pour « coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner » et « non-assistance à personne en danger », qui s’est soldée par une ordonnance d’incompétence prise par le Tribunal Correctionnel de Dakar le 12 juin 1975.
Aujourd’hui, plusieurs éléments nouveaux viennent renforcer cette exigence de vérité et la nécessité d’une réouverture du dossier judiciaire.
D’abord, la récente apparition de feu le Juge Moustapha Touré dans le film documentaire intitulé Omar Blondin Diop, un révolté du réalisateur Djeydi Djigo, qui affirme, après reconstitution sur site, son intime conviction de l’impossibilité matérielle pour Omar de commettre un tel suicide. Une reconstitution que tout un chacun peut visualiser grâce à la modélisation 3D inédite proposée par Le Monde dans son reportage vidéo du 27 octobre 2023 intitulé « Affaire Omar Blondin Diop : enquête sur la mort suspecte du célèbre opposant sénégalais » et réalisée par la journaliste Laureline Savoye.
Ensuite, le témoignage de Jean-Pierre Biondi, ancien conseiller audiovisuel au cabinet du président Léopold Sédar Senghor, dans la série podcast du 18 septembre 2023 intitulée « Omar Blondin Diop, plutôt la mort que l’esclavage » et réalisée par les journalistes Clémentine Méténier et Florence Morice pour Radio France Internationale, qui qualifie la version officielle de la mort d’Omar de « mensonge d’État », révélant que la version circulant à la présidence parmi les proches du président Senghor était bien celle d’un homicide commis par les gardiens de la prison.
Nous, Sénégalais-e-s, Africain-e-s, citoyen-ne-s du monde épris de justice, aux côtés de la famille, des amis et des camarades d’Omar, exigeons vérité et justice pour Omar Blondin Diop.
50 ans après, nous disons toujours, à l’instar du proverbe africain : « Quelle que soit la longueur de la nuit, le soleil finit toujours par se lever ».
Ont signé :
Abdoulaye Diallo, ingénieur (Mali) ;
Adama Samassekou, ancien ministre de l’éducation nationale (Mali) ;
Aguibou Diarrah, diplomate, ancien ambassadeur (Mali) ;
Alioune Nouhoum Diallo, ancien président du Parlement de la CEDEAO, ancien président de l’Assemblée nationale (Mali) ;
Alioune Sall dit Paloma, sociologue (Sénégal) ;
Alioune Sall, député à l’Assemblée nationale (Sénégal) ;
Alioune Tine, militant des droits humains (Sénégal) ;
Alymana Bathily, sociologue des médias (Sénégal) ;
Amadou Tidiane Wone, ancien ambassadeur et ministre (Sénégal) ;
Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la culture et du tourisme, essayiste (Mali) ;
Aminata Fall, juriste, présidente de l’Association des juristes sénégalaises (Sénégal) ;
La présente pétition est une initiative de la Fondation Omar Blondin Diop, établie par la famille, les camarades et les amis du philosophe révolutionnaire dans le sillage du 50ème anniversaire de sa mort, commémorée à Dakar en mai 2023. Pour toute question, veuillez contacter : info@omarblondindiop.com
Omar Blondin Diop, plutôt la mort que l'esclavage
VIDEO
LE POINT DE NON RETOUR
Face à un pouvoir de plus en plus répressif, Omar Blondin Diop part se former à la lutte armée en Syrie et se rapproche du mouvement des Black Panthers, à Alger. Il franchit un à un les paliers de la violence révolutionnaire (3/5)
Cofondateur du mouvement des jeunes marxistes-léninistes du Sénégal, Omar Blondin Diop devient une figure des milieux universitaires et contestataires de Dakar. Alors que le Sénégal de Léopold Sédar Senghor s’apprête à accueillir le président français Georges Pompidou, des actions visant les symboles de l’impérialisme français sont organisées.
Face à un pouvoir de plus en plus répressif, Omar Blondin Diop part se former à la lutte armée dans un camp d’entraînement palestinien en Syrie et se rapproche du mouvement des Black Panthers, à Alger. Il franchit un à un les paliers de la violence révolutionnaire.
Mais comment un étudiant de 24 ans, promis à un avenir brillant, se retrouve-t-il arme à la main dans la froideur de l’hiver syrien ?
Avec Alioune Sall, dit Paloma, ami d’Omar Blondin Diop ; Dialo Diop, frère d’Omar ; Florian Bobin, biographe d’Omar.
LA THÈSE DU SUICIDE D'OMAR BLONDIN DIOP MISE À MAL PAR DE NOUVELLES RÉVÉLATIONS
La vérité sur la mort du célèbre militant est-elle encore possible ? 50 ans après son décès, le 11 mai 1973, sur l’île de Gorée, des documents, des témoignages et une modélisation 3D inédite soulignent aujourd’hui les failles de la version officielle
La vérité sur la mort d’Omar Blondin Diop est-elle encore possible ? Cinquante ans après son décès, le 11 mai 1973, sur l’île de Gorée, au Sénégal, la thèse officielle du suicide semble plus fragile que jamais. Enquête.
Omar Blondin Diop est resté célèbre au Sénégal. Jeune philosophe, premier Sénégalais admis à Normale-Sup, cofondateur aux côtés de Daniel Cohn-Bendit du mouvement du 22-mars, qui a lancé mai 1968 et militant formé à la lutte armée, Omar Blondin Diop a marqué les années 1960.
Les conditions de sa mort, en détention, n’ont jamais été clarifiées. Le gouvernement affirme alors qu’il s’est « suicidé par pendaison », thèse confirmée par l’autopsie publiée par le quotidien Le Soleil. La thèse du « pendu », pourtant, les proches d’Omar Blond Diop, des médecins et un juge n’y ont jamais cru.
Que s’est-il passé dans cette prison, le 11 mai 1973 ? Et comment Omar Blondin Diop est-il mort ? Des documents, des témoignages et une modélisation 3D inédite soulignent aujourd’hui les failles de la thèse officielle. Une enquête du « Monde Afrique ».
Parmi les sources et images utilisées dans cette enquête :
- Rapports d'autopsie
- Presse et photographies de l'époque
- Registre de la main courante de la prison de Gorée
- "Omar Blondin Diop, un révolté sénégalais", documentaire de Djeydi Djigo
- "Nous voir nous-mêmes du dehors. Réflexions politiques d’Omar Blondin Diop (1967-1970)", de Florian Bobin
ET SI SENGHOR AVAIT DÉSHÉRITÉ LE SÉNÉGAL ?
Si les négociations entre l’État du Sénégal et la commissaire-priseuse n’aboutissent pas, les biens de Senghor seront vendus aux enchères en décembre. Il s’agit là du respect de la volonté de l'ancien président et de ses ayants droit
Si les négociations entre l’État du Sénégal et la commissaire-priseuse n’aboutissent pas dans les jours à venir, les biens de Senghor seront vendus aux enchères au mois de décembre. Loin de la problématique de la restitution des biens culturels, il s’agit là du respect de la volonté de Senghor et de ses ayants droit qui n’ont pas œuvré pour le retour de ces biens au pays d’origine du président-poète.
L’annonce de la vente aux enchères d’objets ayant appartenu au président Léopold Sédar Senghor a suscité l’émoi en fin de la semaine dernière. Poussant l’État à prendre en main la question pour négocier une suspension de la procédure. Commissaire-priseur à l’hôtel des ventes de Caen, Mme Solène Lainé confirme à l’Agence française de presse : ‘’Nous avons été contactés par l'ambassadeur du Sénégal en France et le ministère des Affaires étrangères français pour nous présenter la demande de médiation de l'État sénégalais autour des lots issus de la succession de Léopold Sédar Senghor et de son épouse…’’
Selon la commissaire, cette collection appartient à une particulière et n’a rien à voir avec le fonds que les Senghor avaient légué à la mairie de Verson, comme certains pouvaient le penser. L’État du Sénégal, reconnait-elle, est en négociation pour acquérir la totalité de la collection.
Revenant sur les raisons de la suspension qui a fait suite aux protestations, elle déclare : ‘’Ma vendeuse et moi-même comprenons parfaitement l'émoi suscité par cette vente auprès des Sénégalais et des senghoristes. Nous avons donc décidé de sursoir à la vente dans un objectif de dialogue.’’
Avec cette suspension, le Sénégal se donne une chance d’acquérir ces biens culturels, mais il reste encore beaucoup à faire pour traduire cette volonté en réalité. De l’avis de la commissaire-priseuse, la négociation est une question de semaines. ‘’L’objectif de toutes les parties est de trouver un terrain d’entente. Si la négociation aboutit, cela signifierait l’annulation de la vente. En cas d’échec, les lots seront remis aux enchères en décembre’’, avertit Solène Lainé qui se dit toutefois optimiste.
Il convient de rappeler que ce n’est pas la première fois que des biens ayant appartenu au président Léopold Sédar Senghor ou à son épouse fassent l’objet de ventes aux enchères en France. Dans son communiqué rendu public en fin de semaine dernière, le ministère de la Culture rappelle que l’État avait déjà réagi pour empêcher la vente d’un véhicule de l’ancien président. ‘’Par devoir patriotique et pour préserver la mémoire et le patrimoine que constitue le président Léopold Sédar Senghor, le chef de l’État Macky Sall a demandé au ministre de la Culture et du Patrimoine historique, en relation avec l’ambassadeur du Sénégal à Paris, d’engager des discussions avec le commissaire-priseur, en vue de permettre l’acquisition, par l’État du Sénégal, des objets mis en vente’’, lit-on dans le communiqué qui rappelle que la même mesure a été prise par le chef de l’État, quand le véhicule de l’ancien président était sur le point d’être vendu.
Le tableau de Pierre Soulages a eu, en revanche, moins de chance. Il a été vendu à prix d’or : 1,5 million d’euros, soit près d’un milliard de francs CFA, en janvier 2021.
La logique mercantiliste des ayants droit de Senghor
Ces ventes interviennent dans un contexte où la restitution des biens culturels est au cœur de la politique africaine de la France. Auteur d’un livre sur cette problématique de la restitution des biens, Fatoumata Sissi Ngom invite à faire la part entre ce noble combat et le cas d’espèce où l’ancien président lui-même ou ses ayants droit n’ont pas souhaité le retour de ces biens au pays d’origine.
‘’Au niveau personnel, l’annonce de la vente de ces objets n’a suscité en moi aucune émotion, positive ou négative. L’intention de l’État sénégalais est différente de celle de Senghor (avec son épouse, dans le cadre d’un testament par exemple) et de ses ayants droit qui, eux, n’ont pas œuvré à faire entrer ces reliques ou souvenirs dans le patrimoine du pays d’origine du président-poète. Mais il faut respecter les choix et la liberté de chaque partie’’, analyse-t-elle.
En l’espèce, la logique mercantiliste du marché semble prendre le dessus sur les autres considérations. Fatoumata Sissi : ‘’Nous sommes dans une économie de marché et non dans un contexte de drame culturel imaginaire. Si l’État du Sénégal peut faire une offre pour certains objets de cette vente qu’il le fasse. Nous ne sommes bien entendu pas dans un contexte de retour d’objets et encore moins de restitution, mais on entrevoit bien (à travers cette affaire) la grande complexité de ces discussions sur ce qu’on appelle le ‘patrimoine historique national’.’’
Pour rappel, une bonne partie du patrimoine de Senghor et de son épouse a été légué à la commune de Verson, à Caen. Dans ce patrimoine, il y a l’importante demeure où vivait l’ancien président et son épouse, mais également près de 2 000 biens mobiliers. Si l’on en croit la commissaire-priseuse, les biens dont la vente était projetée le samedi passé ne font pas partie de ce fonds légué à la commune normande. Nous sommes toujours sans réponse à propos de l’identité de la vendeuse.
Me Bara Diokhané et les violations sur le patrimoine de Senghor
Engagé dans le combat pour la préservation du patrimoine, en particulier le patrimoine bâti de Dakar-Plateau, Maitre Bara Diokhané a saisi cette opportunité pour réitérer son combat pour la préservation du patrimoine. L’avocat estime qu’il est ‘’paradoxal’’ que l’État déploie autant d’énergie et de ressources pour préserver la mémoire de Senghor ; ce qui est louable certes, mais qu’en même temps de rester passif face aux violations sur le patrimoine situé sur le territoire même. ‘’On est effectivement tenté de croire en une politique émotionnelle et opportuniste’’, peste le défenseur du patrimoine de Dakar-Plateau.
Du côté de l’État du Sénégal, on continue de manœuvrer ferme pour empêcher définitivement la vente des reliques de Senghor, préserver la mémoire du premier président du Sénégal. Dans ce cadre, une importante délégation a été dépêchée à Paris pour assister à une exposition sur l’ancien président au musée du Quai Branly. Mieux, l’État du Sénégal, à travers le ministre de la Culture, souhaiterait faire profiter les Sénégalais de cette belle exposition sur les présidents Senghor et Sall.
‘’Pour prolonger ce voyage immersif à travers le temps et l’espace, le Sénégal se propose d’abriter ces deux expositions à partir du mois de janvier 2024. Ces expositions offriront aux jeunes générations une opportunité d’apprendre de deux présidents ayant façonné le Sénégal, les incitant à la réflexion pour leur propre rôle dans l’avenir du pays’’, lit-on dans le communiqué.
DES BIJOUX ET DÉCORATIONS APPARTENANT À SENGHOR MIS AUX ENCHÈRES EN FRANCE
Les objets proposés à la vente ont été reçus par l'ancien président sénégalais en tant que cadeaux diplomatiques durant son mandat. On y trouve un collier égyptien en or 18 carats orné des symboles de l'Égypte antique estimé entre 10 000 et 15 000 euros
Brice Folarinwa de SenePlus |
Publication 19/10/2023
Un événement unique se prépare à Caen (Calvados) ce samedi 21 octobre 2023, selon les informations rapportées par Actu.fr. Plus de 200 lots comprenant des bijoux et des décorations militaires ayant appartenu à l'ancien président du Sénégal, Léopold Sedar Senghor, seront mis aux enchères. Cette vente exceptionnelle fait suite à celle qui a eu lieu en début d'année, au cours de laquelle un tableau de Pierre Soulages, acquis par Senghor en 1956, a été vendu pour 1,5 million d'euros.
Selon Actu.fr, les bijoux et décorations militaires proposés à la vente ont été reçus par Léopold Sedar Senghor en tant que cadeaux diplomatiques durant son mandat présidentiel. Solène Lainé, commissaire-priseur à Caen, a déclaré à Actu.fr que ces objets étaient exceptionnels d'un point de vue historique. Parmi les pièces les plus remarquables, on trouve un collier égyptien en or 18 carats orné des symboles de l'Égypte antique, offert à Senghor lorsqu'il a été décoré de l'Ordre du Nil en 1967. Sa mise à prix est estimée entre 10 000 et 15 000€.
Actu.fr rapporte également qu'une boîte ronde couverte en vermeil, gravée du nom de V. Giscard d'Estaing sur le couvercle, sera mise en vente. Cette boîte illustre l'amitié entre les deux présidents. La mise à prix de cette pièce est estimée entre 400 et 600€. La commissaire-priseur souligne la diversité des prix proposés lors de cette vente, avec des bagues en vermeil à partir de 30€ et un collier de perles estimé entre 40 et 60€.
Selon Actu.fr, cette vente exceptionnelle ne sera pas la dernière occasion de se procurer des objets ayant appartenu à Léopold Sedar Senghor. Une autre vente, prévue en janvier 2024, proposera une partie des livres de la bibliothèque personnelle de l'ancien président.
Cette vente aux enchères offre ainsi une opportunité unique de posséder des objets chargés d'histoire ayant appartenu à une figure majeure de la politique sénégalaise et de la francophonie, selon les informations rapportées par Actu.fr.
Omar Blondin Diop, plutôt la mort que l'esclavage
UN RÉVOLUTIONNAIRE ENCOMBRANT
Du plateau d’un film de Jean-Luc Godard à l’avant-garde de Mai-68 aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Omar Blondin Diop délaisse peu à peu les bancs de l'École normale supérieure de Saint-Cloud pour les mouvements révolutionnaires de l'époque (2/5)
Du plateau d’un film de Jean-Luc Godard à l’avant-garde de la révolte étudiante de Mai-68 aux côtés de Daniel Cohn-Bendit, Omar Blondin Diop délaisse peu à peu les bancs de l'École normale supérieure de Saint-Cloud pour s'inscrire dans les mouvements révolutionnaires de l'époque.
Florence Morice et Clémentine Méténier racontent les premières années du parcours militant de ce jeune intellectuel sénégalais.
C'était un fervent opposant à la politique menée par le président Léopold Sédar Senghor, ami du président français Georges Pompidou, dans un contexte post-indépendance. 50 ans ont passé et pourtant la figure d’Omar Blondin Diop ressurgit (1/5)
Le 11 mai 1973, Omar Blondin Diop, 26 ans, est retrouvé mort dans sa cellule de la prison de l’île de Gorée. Cet intellectuel et militant sénégalais était un fervent opposant à la politique menée par le président Léopold Sédar Senghor, ami du président français Georges Pompidou, dans un contexte post-indépendance. 50 ans ont passé et pourtant la figure d’Omar Blondin Diop ressurgit.
A travers cette biographie, Elara Bertho, chargée de recherches au CNRS, retrace le parcours improbable d’un homme, dont les trois noms, comme une manifestation destinale, « déclinent les différentes facettes d’une identité complexe
A travers cette biographie, Elara Bertho, chargée de recherches au CNRS, retrace le parcours improbable d’un homme, dont les trois noms, comme une manifestation destinale, « déclinent les différentes facettes d’une identité complexe, faite de croisements et de superpositions de culture ». Léopold, un prénom chrétien dans un environnement majoritairement musulman, suivi de Sédar, de son ethnie sérère, dont il dit avoir hérité de sa mère, qui voulait ainsi " moquer sa fragilité de nourrisson, osant apparaître si laid à la lumière du jour". Senghor enfin, un nom de famille dont l’origine remonterait aux comptoirs portugais du XVIe siècle. Alors que son rêve de devenir prêtre sera contrarié, le " fils du traitant", Basile Diogaye, et de Gnylane Bakhoum, fille du chef de village de Djilor, va dérouler d'autres opportunités. Brillant élève, il se retrouvera à Paris, une ville qu’il rêvait de visiter mais qui va se révéler aux antipodes de ses attentes. Hormis le désenchantement né de la grisaille, du froid et de la solitude, Paris sera aussi pour Senghor l’occasion de baigner notamment avec son ami Césaire, dans « un univers d'intense activité intellectuelle et d’exaltation de la diversité, au milieu d'un océan d'indifférence par le sort des colonisés ".
On en apprend sur l'évolution et la transformation d'un homme qui se projetait dans l'intellectualité et dont la trajectoire va bifurquer à travers les sentiers sinueux de la politique. Il y développera pourtant des capacités insoupçonnées structurées autour du viatique : "Assimiler, ne pas être assimilé ". Voilà ce qui va l’animer dans son désir d’élaborer un partenariat gagnant-gagnant qui se meut au rythme du "donner et recevoir", en contestation d'un centre hégémonique. Tout cela porté par un désir de négritude, une sensibilité panafricaine, au service d'une perspective socialiste revisitée, non pas à l'aune du marxisme, mais des réalités endogènes. Face à l'ancienne puissance impériale, l’option senghorienne de se battre pour une unité forte avec l'émergence d'une fédération d'Etats africains ne va pas se matérialiser, laissant place à une fragmentation qui va contribuer à la fragilisation du continent. Poète dans l'âme, tombé en politique, comme enserré dans les mailles de l'inéluctable, il sera confronté à l'exercice du pouvoir.
Avec Mamadou Dia, il va constituer « un tandem de choc » au service d'une vision partagée, le socialisme africain. Toutefois, les mourides qui contrôlaient la monoculture arachidière voient d'un mauvais oeil l’amorce d’une politique de diversification et d’autonomie, avec la multiplication de coopératives paysannes, qui toutes visaient à se distancier de l’économie de traite qui mettait le Sénégal à la merci de l’ancienne puissance coloniale. Les grandes lignées maraboutiques, les élites sénégalaises, les grands groupes d'exports français qui se sentaient sous la menace d'une politique volontariste centrée sur les intérêts de la grande majorité, à savoir la paysannerie, seront à la manoeuvre. Le tandem Dia/Senghor va alors se fissurer, mis à mal par la levée de boucliers de ces derniers. En décembre 1962 Dia sera défait de manière brutale et inattendue, victime d’une naïveté qui se donnait sous la forme d’une loyauté absolue en amitié. Avec quatre de ses ministres, ils sont embastillés, soumis à de rudes conditions de détention. Les intérêts français et maraboutiques vont en profiter pour reprendre des couleurs. La voie étant désormais libre, Senghor qui s’est révélé un calculateur froid, politicien aguerri, dira-t-on aujourd’hui, va se livrer à un exercice solitaire et autoritaire du pouvoir organisé autour du parti unique, avec une opposition muselée, une liberté d’expression comprimée, sur fond de reniement des actions amorcées au plan économique. Paradoxalement, une ouverture se fait en 1966, par le biais de la culture, avec l'organisation du retentissant Festival mondial des Arts nègres. Les retombées seront de courte durée. En 1968, le pays est secoué par une forte contestation estudiantine suivie d'une répression musclée. Senghor va bénéficier du soutien de l'armée et des confréries, de l'aide du contingent militaire français. Bien qu’ébranlé, il arrive à conserver le pouvoir. Une ouverture s’en suit, desserrant la concentration présidentielle du pouvoir avec la nomination d’un Premier ministre.
Bien qu'il soit comptable d’un bilan quelque peu contrasté, Senghor qui annonce publiquement, le 31 décembre 1980, sa démission en faveur d’Abdou Diouf, aura participé à poser des fondations solides dans l'œuvre d'édification et de construction de la nation sénégalaise. Il a jeté les bases dune société enracinée dans ses valeurs, capable de faire monde ensemble, dans un dialogue fécond ; contribué à l’élaboration d’une administration et d’une armée républicaine, sans oublier la mise en oeuvre d’une laïcité tempérée adaptée au mode d'être et de faire local.
Tout sobrement intitulé « Senghor », l’ouvrage écrit par Elara Bertho, tombe donc à pic, en ce 63 anniversaire de l’indépendance.
Loin de l’hagiograhie et des anathèmes, Elara Bertho s’est essayée avec bonheur à la manifestation d’un destin singulier en évitant de réduire une pensée complexe à une sommation de formules toutes faites qui n’en disent rien sinon que de la caricaturer. A travers son ouvrage, elle invite à « prendre le temps de lire et de comprendre » Senghor , aussi bien que la brûlante actualité de sa pensée.