Derrière la fumée blanche que l’on a tant scrutée, une liste noire, d’avoirs évalués à un milliard. Mais ça c’est en euros car en monnaie locale, cela culmine à quelque 694 milliards de FCfa. Si l’avocat de Karim Wade, Me El Hadj Amadou Sall reste plutôt évasif sur les « supposés » biens de son client et affirme que « Karim Wade ne possède aucun franc à l’étranger et les accusations ne reposent sur rien », la liste détaillée de ses « supposés » biens que par ailleurs nous avons pu nous procurer de sources très proches du dossier, donne en tout cas le vertige.
D’abord, des versements en espèces dans ses deux comptes de la SGBS et de la CBAO d'un montant de 910 millions de FCfa, hors revenus. Des sources proches de l’enquête révèlent que Karim Wade a, lui-même, financé la création d’une kyrielle de sociétés, par l’intermédiaire de son chauffeur, Victor Tendeng et qui, l'aurait reconnu devant les enquêteurs : D’abord ISTAR CAPITAL S.A et ISTAR IMMOBILIER. Cette société ISTAR est aussi propriétaire de deux terrains sur la VDN à coté du hangar des pèlerins. Vérification faite, la première dont le siège social se situe à Ouest Foire à la Villa N°3 à Dakar, a été constituée le 17 août 2008, avec comme objet social l’intermédiation financière et technique, les études de projets de développement des entreprises, entre autres. Quant à la deuxième, une SA dont le siège social se situe à Yoff Tonghor à Dakar, elle a été créé le 10 juin 2009. Elle s’occupe de toutes opérations de promotion immobilière, de l’acquisition à la vente en passant par la construction, l'administration et l'exploitation par bail; ainsi que la réalisation de tous travaux relatifs aux domaines du bâtiment...
Les deux sociétés ont cependant un même dénominateur : le même gérant qui répond au nom de Patrick Ady Joseph William. Dédale vertigineux Vient ensuite sur la liste, la société ATLANTIQUE HANDLING ou AHS. Les mêmes sources établissent que la société AHS a été créée par un notaire qui aurait « avoué » avoir agi sur ordre de karim wade. Ce dernier serait du reste celui qui a trouvé l'appellation AHS. Mieux, cette même société AHS gèrerait le terminal de Malabo en guinée équatoriale…
Restons dans le domaine aéroportuaire où même les bus assurant les navettes entre l’aérogare et les avions seraient également la propriété du fils de Wade, avec comme prête-nom, un certain Alioune Samba Diassé. Le gros morceau du gâteau de Karim Wade se trouve en mer, à Dakar et se nomme DPWORLD DAKAR S.A. Celle-ci, selon les résultats de l’enquête, appartient à une société dénommée DPWORLD SENEGAL LIMITED et installée dans les iles vierges britanniques.
Les limiers semblent notamment s’appuyer sur des mouvements suspects notés sur le compte de Karim et basé à Monte Carlo (Monaco) et, à la banque ING BERING ,1 avenue du citronnier. Les mêmes sources parlent d’un premier versement de près de 2 milliards de FCfa, le 4 avril 2007 puis, un autre versement du même montant le 23 avril 2007. Des sommes versées a partir de HSBC International, une banque située à Saint-helier a channel island (paradis fiscal), selon les mêmes sources.
Quant à DAPORT qui est une filiale de FRAPPORT et détenue à 99 % par AFRIPORT, société de droit luxembourgeois, Karim Wade s’y cacherait derrière le prête-nom : Coumba Diagne. Rappelons qu’en 2012, une mission de l’Inspection général d’Etat (Ige) dépêchée à l’Aéroport de Dakar avait été intriguée de remarquer que les derniers paiements effectués en faveur de cette société pour des "consultances" à la limite « fictives », avaient été effectués la veille de la Présidentielle et entre les deux tours. On parlait d’une facture de 96 millions de FCfa payée le 21 février 2012 et qui avait été interceptée.
Le compteur tourne : Karim Wade a été actionnaire du cabinet d'ingénierie financière BMCE avant de racheter les parts et de transformer le nom qui devient MEDINVEST et DECROSA .Toutes deux des sociétés de droit luxembourgeois ; Black Pearl Finance est aussi un cabinet d'ingénierie financière appartenant a Karim Wade et là, on s’arrête net car, ce qui semble retenir l’attention des enquêteurs c'est que, « c’est cette société qui a effectué le montage de l'aéroport de Diass (AIBD) ». Mieux, ce cabinet a aussi gagné le marché de la restructuration de la Senelec y compris le plan takkal.
Dans la saga, on change de registre pour atterrir dans les medias et on tombe non pas sur une découverte, mais une confirmation l’appartenance de C.D MEDIA GROUP qui édite le journal LE PAYS et LESENEGALAIS.NET, à Karim Wade, ce que les enquêteurs auraient prouvé. Dans un dédale de ramifications internationales qui vont notamment de la France aux Etats unis en passant par Monaco, Luxembourg ou encore Dubaï, ajoutons enfin à ce patrimoine vertigineux, un parc automobile impressionnant : Une Porsche Cayenne, une Bmw série5, 3 GMC denali,1 Chevrolet,1 Ford pickup,1 GMC Yukon.
La stratégie étant de racheter des franchises et de les faire gérer par des sociétés Off shore. Si l’on considère que les secteurs clé de l'économie sont aux mains de sociétés Offshore, les enquêteurs eux, ont fait fort d’établir le lien avec Karim Wade qui pèserait ainsi lourd de 694 milliards de FCfa. Ce n’est pas loin de ce que le Burkina faso doit mobiliser d’ici à 2022 dans le cadre de la « nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle ». Et, quand on sait que 73 milliards de francs CFA sont nécessaires pour résorber le déficit en tables-bancs au niveau des quatre vingt dix mille (90 000) écoles élémentaires que compte le Sénégal…