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Aoua Bocar Ly-Tall ou la mise en lumière des femmes africaines dans l’histoire de l’Humanité
EXCLUSIF SENEPLUS - L'écrivaine utilise, dans son dernier ouvrage, les travaux fondamentaux de Cheikh Anta Diop comme boussole pour éclairer les trajectoires révolutionnaires des figures féminines du continent et de sa diaspora
 
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1003657
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Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire. 

Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.

L’impérialisme, tel le chasseur de la préhistoire, tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’éliminer physiquement. La négation de l’histoire et des réalisations intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel, mental, qui a déjà précédé et préparé le génocide ici et là dans le monde - Cheikh Anta Diop, Civilisation ou barbarie, Présence Africaine, Paris, 1981, p.10 

En littérature, un essai est une œuvre de réflexion portant sur les sujets les plus larges et exposés par l'auteur. Contrairement à l'étude, l'essai peut être polémique ou partisan. C’est également un examen minutieux des faits et des données pour fournir une compréhension détaillée des questions sociétales et où l’auteur exprime ses propres opinions et positions sur les sujets abordés. Le langage est soigné, minutieux et réfléchi pour transmettre des idées complexes, qui peuvent s’entrechoquer, mais toujours de manière accessible.

Venant du latin exagium, qui signifie à la fois pesée exacte et, par extension, épreuve, puis examen, le terme permet de désigner à la fois une épreuve (expérimentale, morale, physique), un examen (de conscience), mais aussi un exercice, et même une épreuve sportive. C'est donc, en même temps, mettre à l'essai, mais aussi faire l'essai (l'expérience), éprouver, subir. On ne s'étonnera donc pas de voir ce terme qualifier des « œuvres » hétérogènes : pour commettre un essai, il suffit d'éviter un ton docte, de faire « court » et de se proposer de mettre quelque chose (idée, corps, chose) à l'épreuve de sa propre réflexion.

Un essai historique est un exemple classique de travail académique qui cherche à considérer une problématique et à répondre à des questions sur des événements factuels révolus et leurs conséquences. Contrairement à un simple récit ou à une description, un essai historique exige une approche critique du passé, où l’auteur utilise des preuves historiques pour défendre sa position. Ainsi, celui-ci est un type de texte caractérisé par sa profondeur et son souci d’explorer divers aspects de l’histoire, des idéologies et de les relier aux événements actuels. 

L’impressionnant ouvrage de Aoua Bocar Ly-Tall, intitulé De la reine de Saba à Michelle Obama, Africaines, héroïnes d’hier et d’aujourd’hui - À la lumière de l'oeuvre de Cheikh Anta Diop, répond simultanément à cet exercice complexe qui consiste à embrasser l’histoire africaine à travers le prisme de figures féminines dans un cadre spatio-temporel élargi et détonnant. 

En effet, l’ouvrage répond ici à une double réhabilitation, celle de l’histoire africaine dans son ensemble, occultée par des siècles d’oppression et de domination par l’Occident, et par celle de la trajectoire d’héroïnes mémorables et signifiantes, à travers un espace géographique démultiplié par les courbes transhumantes de l'épopée africaine. 

De cet assemblage ambitieux et minutieux, Aoua Bocar Ly-Tall s’attache également à éclairer ces récits par l’immense héritage laissé par le chercheur Cheikh Anta Diop qui a beaucoup oeuvré, d’un point de vue scientifique et culturel, à la restauration historique de la culture africaine, comme une ode à l'Humanité, et à en souligner la place majeure des femmes dans l’écriture du récit africain. 

Ainsi, l’ouvrage se propose de faire une plongée historique, depuis la création de l’espèce humaine, le berceau de l’Humanité situé en Éthiopie, en passant par l’Afrique antique et la dynastie de l’ère pharaonique et de ses héroïnes, de la période de l’Afrique noire précoloniale avec ses reines résistantes et émancipées, jusqu'à la période contemporaine qui s’étend de la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours. Vaste chantier historique que nous propose Aoua Bocar Ly-Tall ! 

Et pour parfaire son propos et notre culture mémorielle, en préambule, Aoua Bocar Ly-Tall s’appuie sur les travaux colossaux de Cheikh Anta Diop qui, déjà, avait placé la figure féminine comme révolutionnaire et au centre du récit historique africain. De ce socle solide, Aoua Bocar Ly-Tall remonte le temps à la lumière de son prédécesseur pour renforcer le motif historique et l’enrichir par les mouvements féministes et humanistes contemporains. 

Ainsi, on peut se saisir, avec une amplitude incroyable, d’abord en terre africaine, des destins de Hatshepsout, la reine-pharaon, de Makéda, la reine de Saba, de la reine Candace, impératrice de l'Éthiopie (332 av.J.C.) puis des reines et résistantes du Maghreb médiéval, de Anna Zingha de l’Angola (1582-1664), des Amazones du royaume d’Abomey (1708-1894), de la reine Pokou du peuple baoulé en Côte d’Ivoire (1760), de la reine Ndatté Yalla, brack du Waalo au Sénégal (1810-1856), des femmes de Talatay Nder et de la reine Djeumbeut Mbodj puis de la destinée de Winnie Mandela en Afrique du Sud, de Wangari Maathai, née au Kenya, première femme africaine à obtenir le prix Nobel de la paix en 2004, de Aminata Traoré au Mali qui lutte, dans l’espace africain de l’Ouest francophone, pour endiguer la domination occidentale qui appauvrit et humilie les peuples, de la sénégalaise Tamaro Touré qui se bat pour l’enfance déshéritée, autant d’engagements féminins sans concession pour la cause humaine. 

Et de l’autre côté de l’Atlantique, ce sont des femmes qui luttent contre les conséquences dévastatrices de la déportation, de l’esclavage et de la ségrégation : Marie-Josephe-Angélique (1710-1734), déportée au Québec, Luiza Mazin, cheffe de la révolte des hommes pour la libération des africains-brésiliens (1838), Harriet Tubman, la “Moïse noire” (1820-1913), libératrice du peuple africain-américain avec l’oragnisation de l’Underground Railroad, le chemin de fer souterrain qui a permis l’évasion de plus de 30 000 esclaves, la célèbre désobéissance de Rosa Parks (1913-2005) pour la lutte pour des droits civiques aux États-Unis ou encore sa compatriote Dorothy Height (1912-2010), militante politique en faveur de l’égalité des africains-américains dans l’éducation et dans les institutions. 

Pour finir, Aoua Bocar Ly-Tall évoque la vocation sans faille de femmes engagées, nos contemporaines, Juanita Westmoreland-Traoré, africaine-québécoise, défenseuse des droits humains, Michaëlle Jean, nièce du poète haïtien René Depestre, enseignante, militante, engagée en politique et devenue Gouverneure du Canada, la bataille de Christiane Taubira, née en Guyane, qui parvient à faire promulguer en France la première loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’Humanité et enfin la présence emblématique de Michelle Obama, première dame africaine-américaine à la Maison Blanche qui, par sa formation supérieure, sa culture et ses engagements, a su offrir à la nation noire une image à la fois forte et pacifique. 

Ainsi l’étude de Aoua Bocar Ly-Tall est un ouvrage fondamental de la littérature essayiste africaine contemporaine car, de par sa précision historique très documentée, elle parvient à relier à la fois les âges de l’histoire africaine et ses territoires multiples, tout en convoquant les épisodes fondateurs de la diaspora africaine qui éclairent tous les horizons de notre héritage chronologique et narratif. Par-delà la question féministe, mettre en lumière les existences de ces femmes illustres, depuis l’antiquité africaine jusqu’à notre période moderne, de plus en plus rassemblée et éclairée autour des valeurs humaines à défendre, permet de reconstruire les ponts culturels, largement effacés durant des siècles, et de bâtir un corpus historique nécessaire à la justesse du récit africain dans ses dimensions ontologiques. 

Dans le même temps, on peut dire sans conteste que l’ouvrage possède une véritable voix stylistique et littéraire, harmonisant ainsi les enjeux scientifiques, historiques et documentaires qui répondent aux exigences des contraintes de l’essai historique. 

Amadou Elimane Kane, écrivain poète.

De la reine de Saba à Michelle Obama, Africaines, héroïnes d’hier et d’aujourd’hui - À la lumière de l'œuvre de Cheikh Anta Diop, Aoua Bocar Ly-Tall, éditions de l’Harmattan Sénégal, Dakar, 2017.

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