Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire.
Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Comme on le sait, la poésie est un genre littéraire très ancien, une composition littéraire primordiale qui signifie faire-créer. Elle présente des formes variées, écrites généralement en vers mais qui admettent aussi la prose, et qui privilégient l'expressivité de la forme, les mots disant plus qu'eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style). Sa définition se révèle difficile et varie selon les époques, au point que chaque siècle a pu lui trouver une fonction et une expression différente, à quoi s'ajoute l'approche propre à la personnalité de chaque poète. Ainsi la poésie est aussi composite que le nombre d'œuvres et de créateurs dont elle a marqué l’histoire littéraire.
L’oeuvre poétique de Meïssa Maty Ndiaye est résonnante et ressemble à un triptyque poétique qui se décline en couleurs - vert, jaune et rouge - comme autant de forces symboliques des valeurs africaines. La langue y est foudroyante et instantanée et il y a peu de place pour l’hésitation. Il n’y a pas d'effets de style, ni circonlocution, comme un art brut sans détour :
Chez lui
Tout est cher
Tout est agréable
Son cartable de diplomate
Son ballon de coupe du monde
Son vélo de grand champion
Ses gros gâteaux croustillants
Ici le poète s’arme des mots pour dénoncer les injustices qui sévissent, comme autant de joutes verbales qui donnent la réplique :
Lourde brute ignorante des règles de vie
Un échec et une grande humiliation !
J’ai tout compris maintenant
Je t’ai tout donné sauf une éducation
Et le poète semble nous dire que de l’autre côté du décor, il y a ceux et celles pour qui la route est longue et sinueuse et qu’un océan abyssal sépare les êtres selon leur naissance, avec la fulgurance d’images immédiates :
Les petits jonchent le sol
Les grands remplissent les lits
C’est le mélange des genres
C’est le mélange des âges
Comme une charge électrique, la parole se rebiffe et déclame des vérités sans soleil, aveuglées par l’ardeur des hostilités de la vie :
Calebasse de mendiant le jour
Hébergement chez le mécanicien
Accueil au petit lycée vétuste
Vêtements sales toujours rapiécés
Ventre entre les tenailles de la faim
La langue est rapide et sèche, conjuguée à l’impératif majeur de la survie. Mais au détour d’un poème, une question, celle du langage primordial oublié :
Les mots de nos langues nationales
Enlevés du langage de nos fils
Tout le reste est emprunt
Et la mémoire historique surgit pour faire taire l’occupation du mensonge qui ne sert qu’à dépouiller la délicatesse de l’unité, à la lumière des Femmes de Nder et à celle d’Aline Sitoë Jaata :
Je me rends avec courage
Pour l’exil comme ceux qui ont lutté avant moi
Pour de lointaines prisons et sans jugement préalable
Parce que j’ai simplement osé lutter
Tout comme le poète s’insurge contre le mal de l’argent et du pouvoir qui éloigne l’unité culturelle et humaine. Le poème devient alors un mantra qui martèle les esprits pour changer de paradigme :
Les nouveaux princes ont élevé des barrières
Quand construire la grande Afrique Unie était possible
Et devait être le seul destin et l’unique dessein
Un grand continent noir un et indivisible
Les masques de l’imposture sont des contre-vérités de ce qui assure l’harmonie, celle de la mémoire et de l’identité primordiale :
Je ne te reconnais plus
Tu es devenu le reflet de l’occident
Tu as rejeté la vie de groupe
Tu as abandonné les temples
Tu as détruit les symboles de la tradition
La plénitude poétique se trouve aussi dans la fécondité des mots qui trouvent leurs sens avec simplicité mais sans concession :
Sois avec l’enfant
L’avenir du monde
Sois avec la femme
La porteuse de l’humanité
Sois avec l’homme
Le maître de la nature
Et de dire aussi combien il importe de soulager les corps de l’épuisement, des tâches répétées qui n’engendrent que le désert du vide :
Je suis fatigué de ce voile noir
Qui me cache le monde
Tu es fatigué de voir
Sans entendre la nature
Les paroles les chants les comptines et les prières des hommes
Ainsi peu à peu, la poésie devient le seul remède à la conscience qui surplombe les beautés qui ne demandent qu’à être célébrées :
Les cieux si sublimes sont sept du sol au siège suprême
La terre tapis roulant toute tempétueuse tinte
Le soleil si serein surplombe les silhouettes sèches
La lune liant lueurs et lumières lessive les lampions
Ainsi le poète devient marcheur pour retrouver l’ampleur et la profondeur de ce qui doit être dit :
Par les sentiers boueux
Par les sentiers rocailleux
Je cherche le chemin
Par les pistes sablonneuses
Par les pistes tortueuses
Je cherche le chemin
Ainsi, la poésie de Meïssa Maty Ndiaye ressemble à une longue échappée stylistique à travers l’expérience des mots, à la recherche d’une structure polyphonique qui fonctionne en écho, interrogeant ici la métonymie de la langue.
Poète mais aussi enseignant, Meïssa Maty Ndiaye est lauréat de plusieurs prix de poésie, notamment du Prix Amadou Hampathé BA en 2024. Il est l’auteur de onze recueils de poésie dont trois ont été publiés en langue nationale wolof.
La poésie de Meïssa Maty Ndiaye est une ode aux couleurs esthétiques et aux passages qui s’ouvrent sur les mots sans déviation, sans artifice. L’expression poétique forme ici une communion de l’engagement, de la mémoire culturelle et d’un verbe en accord avec la fertilité de la terre et de la présence humaine.
Amadou Elimane Kane est écrivain poète.
Meïssa Maty Ndiaye, Lumières jaunes suivi de Lumières rouges, poésie, éditions Feu de Brousse, 2013.
LE SILENCE DU TOTEM OU LA RESTITUTION DE L’ESTHÉTIQUE AFRICAINE
CHEIKH HAMIDOU KANE OU LE BÂTISSEUR DES TEMPLES DE NOTRE MÉMOIRE
LES BONS RESSENTIMENTS D’ELGAS OU LES VAGUES ÉMANCIPATRICES DE LA DÉCOLONISATION
UN DÉTOURNEMENT LITTÉRAIRE EN FAVEUR DES LETTRES AFRICAINES
BATTEZ, BATTEZ LE TAM-TAM DE LUMIÈRE, LE TAM-TAM DE NOTRE HISTOIRE
VEILLÉES AFRICAINES DE NDÈYE ASTOU NDIAYE OU L’ART DU RÉCIT INITIATIQUE
SAISONS DE FEMMES DE RABY SEYDOU DIALLO OU L’HÉRITAGE MATRILINÉAIRE AFRICAIN
ANNETTE MBAYE D’ERNEVILLE, UNE PHARAONNE BÂTISSEUSE
LA RÉSISTANCE DES FEMMES DANS L’ŒUVRE THÉÂTRALE DE MAROUBA FALL
LANDING SAVANE OU LA POÉSIE EN LETTRES RÉVOLUTIONNAIRES
MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS OU LE RÉCIT HISTORIQUE D’UN MASSACRE
AFROTOPIA OU LA CIVILISATION POÉTIQUE AFRICAINE
AMINATA SOW FALL, LA VOLONTÉ ET L’ESPOIR
ROUGES SILENCES DE FATIMATA DIALLO BA OU L'INTENSITÉ D’UN RÉALISME MAGIQUE
DE LA DÉCOLONISATION DE LA PENSÉE CRITIQUE AU RÉCIT AFRICAIN
ABDOULAYE ELIMANE KANE OU LA MÉMOIRE DENSE DE BEAUTÉ
TANGANA SUR TEFES, UNE BALADE LITTÉRAIRE ENTRE NOSTALGIE ET FANTAISIE
ISSA SAMB DIT JOE OUAKAM, UNE ICÔNE DU MONDE DES ARTS SÉNÉGALAIS
LA PLAIE DE MALICK FALL OU LE RÉCIT EMBLÉMATIQUE DU MASQUE
ABDOULAYE SADJI, ALLIANCE PLURIELLE ET RENAISSANCE
SABARU JINNE, LES TAM-TAMS DU DIABLE OU L’EXPRESSION D’UNE LITTÉRATURE CINÉMATOGRAPHIQUE
LE DERNIER DES ARTS DE FARY NDAO OU LA CONQUÊTE DES RÊVES
LE COLLIER DE PAILLE DE KHADI HANE OU LE TAM-TAM DE ROMANCE
LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR OU LA SONORITÉ PLURIELLE DU CHANT AFRICAIN
UNIVERSALISER PAR SOULEYMANE BACHIR DIAGNE OU COMMENT DIFFUSER LA CULTURE HUMAINE DANS SA PLURALITÉ
LÉOPOLD SÉDAR SENGHOR OU LE GESTE POÉTIQUE, PAR ABOU BAKR MOREAU
SOKHNA BENGA, UNE POÉSIE DÉLICATE ET BELLE
NAFISSATOU DIA DIOUF, UNE POÉSIE ÉPRISE DE DOUCEUR ET DE JUSTESSE
FATOUMATA BERNADETTE SONKO OU LE REFUS DU SILENCE
BABACAR SALL OU L’INCARNATION D’UNE POÉSIE OMNISCIENTE
MANKEUR NDIAYE OU LA DIPLOMATIE AU CŒUR
MAHAMADOU LAMINE SAGNA RÉVÈLE LA RUPTURE ÉPISTÉMOLOGIQUE DE L’ŒUVRE DE CORNEL WEST
CÉSAIRE : FONDATION D’UNE POÉTIQUE, DE MAMADOU SOULEY BA
AMY NIANG OU LA POÉSIE D’UN MONDE
FADEL DIA OU LA VEILLÉE DU PAYS DE L’ENFANCE
ABDOULAYE RACINE SENGHOR OU LE REGARD D’UNE ESTHÉTIQUE LUMINEUSE
BAABA MAAL, UN ARTISTE VOYAGEUR SUR LES TERRES AFRICAINES
MAKHILY GASSAMA OU UNE VOIX MAJEURE DE LA LITTÉRATURE AFRICAINE
UN RENVERSEMENT DE L’ÉPISTÉMOLOGIE OCCIDENTAL
L’AUTRE VISION D’UNE ILLUSION DOMINANTE
LE MALHEUR DE VIVRE, UN ROMAN DENSE D’ESTHÉTISME
LA MALÉDICTION DE RAABI DE MOUMAR GUÈYE OU LE RÉCIT D’UN CONTE CRUEL
BAL D’AFRIQUE DE MAMADOU DIALLO OU UN ART LITTÉRAIRE À L’OEUVRE
LA FILEUSE DE RÉCITS OU L’INSCRIPTION ROMANESQUE DU RÉEL
LA TENTATIVE DE CESSER LE CONFLIT PAR LE DIALOGUE
SOUVENIRS D'UN ENFANT DU TERROIR DE SALIOU MBAYE OU L’EXPRESSION SCIENTIFIQUE, HISTORIQUE ET INTIME
Dans la main de Dieu d’Annie Coly Sané ou le pacte autobiographique
Le crépuscule des vanités d'Amadou Tidiane Wone ou la fiction au service du réel
L’imaginaire Saint-Louisien à l’épreuve du temps par Alpha Amadou Sy
Les chroniques de Maaba Yero de Rassoul Ba ou le récit d’une histoire symbolique et collective
Mille ans de contes de Souleymane Mbodj ou les allégories du récit Africain
Khady Fall Faye-Diagne ou une poésie sensible à la douceur de la terre historique
L’enfant de Balacoss de Malick Diarra ou l’expression d’un récit historique et romanesque
La libéralisation des masques de la pseudo-démocratie
L’ouvrage fondamental de la civilisation africaine
Le fils de Papa Samba Badji, un roman étonnant à l’intensité dramatique
El Hadj Hamidou Kassé, une poésie à la densité lyrique exceptionnelle
Habib Demba Fall ou les trésors d’un récit fondamental
Force-Bonté de Bakary Diallo ou le récit singulier d’un autodidacte
Anna Ly Ngaye ou l’expression d’une poésie libre et moderne
Mame Ngoné Faye ou une poésie à la liberté prodigieuse
Aoua Bocar Ly-Tall ou la mise en lumière des femmes africaines dans l’histoire de l’Humanité
Fatou Warkha Sambe ou la justice en bandoulière
Les syndicats dans l'Histoire sous le regard de Babacar Diop Buuba