Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire.
Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
La poésie, qui signifie création, est un genre littéraire dont la façon d’écrire repose sur des sonorités, un rythme et des images, pour surprendre ou émouvoir. En maniant l’art du langage, le poète peut exprimer ses sentiments, ses doutes et ses révoltes à travers des textes poétiques qui exploitent toutes les ressources de la langue.
Le pouvoir évocateur des mots choisis, la musicalité, l’harmonie, ainsi que la forme du poème, permettent de toucher au sublime par la beauté du texte.
La poésie est un genre littéraire qui souvent respecte des contraintes formelles et qui utilise des règles techniques, appelées versification ou figures de style, avec lesquelles le poète crée des effets liés au sens du texte. Dans la poésie contemporaine, la stylistique est plus libre et l’on peut trouver des récits poétiques en prose mais qui conservent des battements sonores métaphoriques.
La poésie d’Assaïtou Diop répond amplement à la liberté poétique dans une forme aux fréquences sonores mais qui puise aux sources du merveilleux pour embrasser les images symboliques des valeurs africaines. La langue y est très imagée, toute en pulsations allégoriques pour orchestrer la danse des mots. Il y a des effets stylistiques qui ondulent sur les paysages et les caractéristiques mouvants du Sine Saloum :
Sous le vent de Foundiougne
Qui joue de la mandoline dans les feuillées
Un cocotier secoue sa chevelure hirsute
Qui joue du riiti violoncelle des aisselles.
La langue y est métissée, comme une hybridation naturelle qui, par ses mouvements, confère à la signification culturelle :
Les étoiles dansent, dansent
Comme les filles belles de Ndangâne
Et Saloum Dieng le maître du Ndaga,
Rythme le chant
Ndaga Ndiaye Ô Ndaga.
Aïssatou Diop est une poétesse conteuse qui nous transporte dans son univers mâtiné de récits aux vibrations féériques qui nous rappellent le royaume de l’enfance et le commencement de l’émerveillement :
Maman ! Où se trouve la lune
Qui plonge en riant dans le Sine
Et au fond du canari rempli ?
Elle n’est pas heureuse, la Guelwar.
Pour oublier son malheur,
Elle va se noyer dans la mer étale
Où la baleine en fera sa poupée.
Mais en filigrane aussi se dessine notre histoire qui, par touches subtiles, nous reconnecte à notre passé dans un phrasé ample et généreux :
Cheval blanc taché de noir,
Viens-tu de Maalaw la monture de Lat-Dior
Que chantent encore les griots du Cayor !
Descends-tu de Keuyitt, le Mbayar
Du roi Samba Laobé Fall qui a dit non
Aux blancs venus de la mer ?
Tout comme retentissent des chants sobres et sincères, sans se départir du poétique salvateur qui appelle à l’unité humaine et à la concordance des savoirs universels :
Que nul ne soit fusillé à Gaza,
Ou assassiné en Irak en flamme
Que la paix soit en Afghanistan et Somalie !
Qu’aucun corps délabré ne saigne !
[...]
Je veux des livres, de beaux livres
Où l’enfant noir, l’enfant blanc et l’enfant jaune
Danseront en rond
Quand les armes se tairont en Irak
Quand le sang ne coulera plus en Afghanistan
Je veux des livres qui chantent l’amour,
La fraternité dans un monde de paix et de solidarité !
Ou plus loin quand l’appel du sacré se fait entendre et que la rythmique poétique est à l’unisson avec la symbolique de la langue :
Dans le bois sacré du Sine
Des Gelwars, ces hauts princes,
Sine de Bour Koumba Ndoffène Fâmak
De Mahécor aux dioundougs de bronze
Pour toi, pour la beauté de ton avenir,
J’ai rempli de lait frais fumant
Trois gourdes, trois canaris rouges.
La langue y est retentissante et ses figures poétiques sont des symphonies lyriques qui épousent harmonieusement notre imaginaire :
Une Maurane voilée de litham bleu
Jouera pour nous de la flûte ou du luth
Jusqu’à l’extinction des étoiles.
Et c’est la beauté qui envahit les pages du recueil dans une connexion aux éléments terrestres qui à eux seuls font la poésie :
Qui donc a égorgé le soleil,
Rougi de son sang le couchant ?
Qui donc envoie les moineaux à leurs nids,
Réveille le hibou pour qu’il hulule
Alors que les contes envahissent les cours ?
Qui donc a égorgé le soleil ?
Et la mélodie poétique se poursuit par quelques très belles anaphores qui appellent aux refrains avec l’alliance de mesures symboliques :
Sur ma tablette de bois,
Bois blanc dur de la forêt de Kounguel,
Baye Malamine le Maître du Dara
A écrit un verset à l’aube,
[...]
Sur ma tablette de bois,
Sous le ciel chamarré d’étoiles
Qui se préparent à mourir encore,
Baye Malamine a écrit un verset
La poésie d’Aïssatou Diop est semblable à un hymne poétique, aux notes esthétiques enchanteresses qui convoquent l’héritage culturel africain et le sacré du verbe. Sa parole poétique incarne des tableaux prodigieux, qu’ils soient paysagers, ou dépeints en harmonies animales, en rituels ancestraux, teintés des murmures de l’enfance et de ses totems, tout en déployant des mirages aux parfums de poésie de réalisme magique.
Amadou Elimane Kane, écrivain poète.
Aïssatou Diop, Senteurs et fleurs de terroir, poésie, les éditions MAGUILEN, 2009.
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