Notre patrimoine littéraire est un espace dense de créativité et de beauté. La littérature est un art qui trouve sa place dans une époque, un contexte historique, un espace culturel, tout en révélant des vérités cachées de la réalité. La littérature est une alchimie entre esthétique et idées. C’est par la littérature que nous construisons notre récit qui s’inscrit dans la mémoire.
Ainsi, la littérature africaine existe par sa singularité, son histoire et sa narration particulière. Les belles feuilles de notre littérature ont pour vocation de nous donner rendez-vous avec les créateurs du verbe et de leurs œuvres qui entrent en fusion avec nos talents et nos intelligences.
Selon la définition classique, la poésie est le genre littéraire qui se conjugue comme "l'art de combiner les sonorités, les rythmes, les mots d'une langue pour évoquer des images, suggérer des sensations, des émotions, des idées". Les textes poétiques recouvrent les poèmes en vers ou en prose, mais également d'autres textes comme des récits, des nouvelles, marqués par les caractéristiques de la poésie. La poésie se situe au croisement de deux champs : celui du langage, de la langue, et celui de la création ; étymologiquement, le mot "poésie" est issu du grec poiêsis, qui signifie "création". La poésie cherche sans cesse à inventer, à dépasser, à transgresser les formes langagières créées pour exprimer le monde qu'elle donne à voir. Elle transcende le langage fonctionnel pour dire autre chose, autrement. La poésie est donc mouvante, elle nous échappe, elle nous surprend par ses formes variées, par ses ruptures stylistiques. La poésie déroute, elle ne comble pas des vides, elle les fabrique. Avec elle, impossible de se situer dans le rationnel, de rechercher un sens juste, unique. La poésie n'est pas faite pour être "expliquée". Pour que nous en tirions une signification, la poésie doit d'abord être vécue, ressentie, être un lieu d'expérience de notre propre rapport au monde. La poésie cherche plutôt à éveiller la sensibilité du lecteur. On reconnaît principalement la poésie par sa forme différente qui témoigne d'une utilisation créative du langage.
La poésie d’Elie-Charles Moreau est une longue mélopée qui déterre les ombres pour clamer la beauté des origines et la splendeur du peuple africain. Son credo poétique est celui de la parole sacrée et de la mémoire réhabilitée.
La langue est dense, ampoulée, comme avide de traduire les « affres » de l’Afrique, pour mieux les transcender, les dépasser dans un souffle rythmé de mots épris de loyauté.
De cette dichotomie surprenante, le poète parvient à une belle alchimie entre la puissance du verbe, une esthétique recherchée et une vive émotion. Il déroule un récit où se mêlent la vérité antique, la valeur des temps traditionnels, l’harmonie d’une civilisation puis le chaos des disparus sur les chemins du monde, l’errance d’un peuple, des peuples, sa propre incertitude sur les trottoirs de l’exil, la cruauté d’une modernité crasseuse, loin de la dignité du regard nouveau et la sauvagerie perpétuée.
Ainsi le poète est en transhumance pour écouter la savane, le vent, les eaux du fleuve, de l’océan, la clameur des terres africaines. Il harangue les hommes, les femmes, la jeunesse à se souvenir et à soulever la poussière, « les poings levés », comme un oiseau migrateur qui se pose sur ses terres originelles.
Les textes d’Elie-Charles Moreau racontent minutieusement la longue histoire de l’Afrique, celle qui a fondé la civilisation des hommes. Il le fait avec exactitude, générosité et une vraie fraternité dénuée de tout misérabilisme. Il appelle chaque être conscient à rejoindre sa ronde poétique vibrante pour se relever du trouble de l’humiliation, des siècles de sang, de la douleur qui ondule sur les rives africaines.
Elie-Charles Moreau possède une voix poétique au service d’une histoire authentique, d’une vérité qui surgit dans un éclat tourmenté mais déterminé. Le poète hisse les voiles de l’espérance pour atteindre les terres baignées de soleil et irriguées de justice, avec une vision libératrice.
Ce grand cri de feu étouffe les ombres du silence et signe une page de la mémoire africaine et de sa force à renaître.
Écoutez la voix plurielle de cette populace, exsangue,
Rescapée, de nuits ruineuses aussi folles
Vos lacunes et laïus de marchands de tapis.
Écoutez ! Entendez, faussaires, écoutez !
La complainte éclatée d’un monde qui,
Ardemment, désire n’être, que confluence
La plus fleurie du verbe aimer.
Elie-Charles Moreau est un poète virtuose dont l’acte poétique est transcendé par une esthétique entre la tourmente et la beauté. Il exprime une ardeur stylistique qui produit une littérature établie et reconnue pour son implication intérieure. Directeur Général de la maison d’édition Le Nègre International, il s’impose par une poétique essentielle, tout en ouvrant la création aux autres dont les voix se répondent en écho. Son amour de la parole poétique ne se dément pas depuis plusieurs années.
Ainsi, la création littéraire d’Elie-Charles Moreau symbolise une promesse poétique aux tonalités vibrantes, une prose langagière éprise de recherches artistiques entre l’élégance et un soulèvement de résistance. L’écoute et le regard portés sur sa terre natale, et toutes ses blessures, est une supplication dense à la recherche de la justesse des mots, avec une verve poétique inaliénable. Sa contribution à l’horizon littéraire africain contemporain est incontestable et constante, produisant une œuvre éveillée entre grandeur et dissidence.
Pour Juguler nos affres, poésie, éditions Le Nègre International, 2003.
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